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Agrippa d'Aubigné, Je veux peindre la France une mère affligée...

Tout à fait. Ce poème peut être qualifié de baroque.

Agrippa d'Aubigné, Je veux peindre la France une mère affligée...

Quel texte ! Sublime plus qu'il n'est beau...
"Fait dégât du doux lait qui doit nourrir les deux" est tout de même osé, du point de vue musical 

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Agrippa d'Aubigné, Je veux peindre la France une mère affligée...

je ne vois rien de baroque .. o_O
Si quelqu'un pouvait m'éclairer ...

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Agrippa d'Aubigné, Je veux peindre la France une mère affligée...

As-tu consulté cette Fiche
sur la littérature baroque ?

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Agrippa d'Aubigné, Je veux peindre la France une mère affligée...

ah non j'avais pas vu .. Merci

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Agrippa d'Aubigné, Je veux peindre la France une mère affligée...

Bonjour à tous  ! Je dois faire un commentaire sur le texte "Je veux peindre la France" d'Agrippa d'Aubigné, Les tragiques, I, v. 97-130 et pour ceci j'aurais besoin d'un peu d'aide ! En effet, je dois trouver le plus de figures de style possibles et comme je n'en connais que très peu, un peu d'aide me ferait le plus grand bien  ! Voici le texte en question :

Je veux peindre la France une mère affligée,
Qui est, entre ses bras, de deux enfants chargée.
Le plus fort, orgueilleux, empoigne les deux bouts
Des tétins nourriciers ; puis, à force de coups
D'ongles, de poings, de pieds, il brise le partage
Dont nature donnait à son besson l'usage ;
Ce voleur acharné, cet Esaü malheureux,
Fait dégât du doux lait qui doit nourrir les deux,
Si que, pour arracher à son frère la vie,
Il méprise la sienne et n'en a plus d'envie.
Mais son Jacob, pressé d'avoir jeûné meshui,
Ayant dompté longtemps en son cœur son ennui,
À la fin se défend, et sa juste colère
Rend à l'autre un combat dont le champ et la mère.
Ni les soupirs ardents, les pitoyables cris,
Ni les pleurs réchauffés ne calment leurs esprits ;
Mais leur rage les guide et leur poison les trouble,
Si bien que leur courroux par leurs coups se redouble.
Leur conflit se rallume et fait si furieux
Que d'un gauche malheur ils se crèvent les yeux.
Cette femme éplorée, en sa douleur plus forte,
Succombe à la douleur, mi-vivante, mi-morte ;
Elle voit les mutins tout déchirés, sanglants,
Qui, ainsi que du cœur, des mains se vont cherchant.
Quand, pressant à son sein d'une amour maternelle
Celui qui a le droit et la juste querelle,
Elle veut le sauver, l'autre qui n'est pas las
Viole en poursuivant l'asile de ses bras.
Adonc se perd le lait, le suc de sa poitrine ;
Puis, aux derniers abois de sa proche ruine,
Elle dit : « Vous avez, félons, ensanglanté
Le sein qui vous nourrit et qui vous a porté ;
Or vivez de venin, sanglante géniture,
Je n'ai plus que du sang pour votre nourriture !


Merci à tous ceux qui prendront la peine de me répondre !

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Agrippa d'Aubigné, Je veux peindre la France une mère affligée...

Mon analyse du poème :

Les vers sont en alexandrins, c'est à dire 12 syllabes.

en minuscule : rime féminine
en majuscule : rime masculine

// = césure à l'hémistiche

Je veux peindre la France une mère affligée,                a   rime suffisante
Qui est, entre ses bras,// de deux enfants chargée.        a
Le plus fort, orgueilleux,// empoigne les deux bouts         B    rime pauvre
Des tétins nourriciers ;// puis, à force de coups              B
D'ongles, de poings, de pieds, il brise le partage            c   rime suffisante
Dont nature donnait à son besson l'usage ;                  c
Ce voleur acharné,// cet Esaü malheureux,                     D   rime pauvre
Fait dégât du doux lait qui doit nourrir les deux,            D
Si que, pour arracher à son frère la vie,                       e    rime suffisante
Il méprise la sienne et n'en a plus d'envie.                    e
                 
Mais son Jacob, pressé d'avoir jeûné meshui,                F   rime suffisante
Ayant dompté longtemps en son cœur son ennui,          F
À la fin se défend,// et sa juste colère                           g    rime suffisante
Rend à l'autre un combat dont le champ et la mère.       g
Ni les soupirs ardents,// les pitoyables cris,                     H    rime suffisante
Ni les pleurs réchauffés ne calment leurs esprits ;          H
Mais leur rage les guide et leur poison les trouble,          i     rime riche
Si bien que leur courroux par leurs coups se redouble.     i
Leur conflit se rallume et fait si furieux                         J    rime suffisante
Que d'un gauche malheur ils se crèvent les yeux.           J
           
Cette femme éplorée,// en sa douleur plus forte,              k    rime riche
Succombe à la douleur,// mi-vivante, mi-morte ;              k
Elle voit les mutins tout déchirés, sanglants,                 L    rime pauvre
Qui, ainsi que du cœur,// des mains se vont cherchant.     L
Quand, pressant à son sein d'une amour maternelle         m   rime suffisante
Celui qui a le droit et la juste querelle,                          m
Elle veut le sauver, l'autre qui n'est pas las                    N   rime pauvre
Viole en poursuivant l'asile de ses bras.                         N
Adonc se perd le lait,// le suc de sa poitrine ;                   o   rime suffisante
Puis, aux derniers abois de sa proche ruine,                    o
Elle dit : « Vous avez, félons, ensanglanté                      P   rime suffisante
Le sein qui vous nourrit et qui vous a porté ;                   P
Or vivez de venin,// sanglante géniture,                            q    rime riche
Je n'ai plus que du sang pour votre nourriture !                q

Je pensais diviser le poème en trois parties (donnant à chacune un nom) puis les analyser une à une et ensuite dans un ensemble cependant je peine à trouver une spéaration équitable..  Je pensais peut-être à :

1. Description des jumeaux
2. La guerre des jumeaux
3. La mère déchirée

D'ailleurs pour les titres je ne sais pas si il est mieux de parler de "jumeaux" ou directement de catholicisme et protestantisme ? En tous cas si vous avez d'autres idées de séparation en trois partie et de "sous-titres" vos idées sont les bien-venues !

Et si par hasard vous trouvez également des figures de style, c'est encore mieux

PS: Je précise que j'étudie en Suisse, je suis en première année du lycée

Agrippa d'Aubigné, Je veux peindre la France une mère affligée...

Ton analyse de la métrique et des rimes me semble correcte, même si elle ne me semble pas mériter une exposition si détaillée, à moins qu'on ne te l'ait expressément demandé. Il ne me paraît pas primordial de signaler les hémistiches, par exemple.
Tu peux résumer en disant que le poème est composé  de trois dizains en alexandrins, avec alternance de  rimes suivies masculines et de rimes suivies féminines, les rimes étant le plus souvent suffisantes ou pauvres.

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La figure de style incontournable c'est quand même la "France" cette "mère affligée" et ses deux enfants qui comme tu l'as dit représentent le protestantisme et le catholicisme. Si tu dois commenter quelquechose c'est ça. Le reste est moins fondamental dans les figures de style.

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Agrippa d'Aubigné, Je veux peindre la France une mère affligée...

Salut R. !

Alors, j'ai moi-même travaillé sur ce texte cette année, et je n'y ai presque rien trouvé de commun entre ton analyse et la mienne.

J'ai fait un commentaire en trois axes personnellement:

I La personnification de la France
- Hypotypose : « peindre » + présent de narration et de description.
- 1ere personne singulier = artiste témoin de son temps.
- Personnification : « mère » ; « enfants » ;  « tétins nourriciers »…  Lexique maternité.
- Figure protectrice et féconde.
- Répétition de « deux » : même amour pour les 2 enfants  champ lexical de la douleur.
- Anaphore : insensibilité des enfants. Allitération en « p » =  gémissements de la mère.
- Gradation de la douleur de la mère. Agonie soulignée par antithèse. La violence des enfants, par le biais d’une attitude mimétive, est reproduite par la mère qui devient vindicative.

II La violence de la mère
- Allégorie = ambivalente, témoin d’une France aimante et violente  opposition qui crée la dimension tragique de l’épisode.
- « lait » et « sang » =  horrible union connotée par le blanc et le rouge.
- Prosopopée (faire parler une entité muette ou morte.). La prise de parole de la mère crée un grand effet oratoire qui donne de la force à l’imprécation finale.

III La responsabilité de tous
- Rassemblement de Jacob et Esaü dans la même responsabilité. Les deux frères sont responsables.
- Effet d’attente en qualifiant le personnage biblique avant de le nommer. Périphrase péjorative. Esaü représente les catholiques, il est violent et destructeur.
- Allitérations en « d » et en « p », ce qui connote la violence.
- Irrespect des valeurs chrétiennes, le portrait moral d’Esaü est négatif, cela met son frère Jacob en valeur. L’auteur rend la colère de Jacob légitime.

    Ce texte rappelle les guerres de religions du 16e siècle. Malgré son soutien pour les protestants, le poète accuse et condamne les deux forces antagonistes comme l’avait fait Ronsard qui était catholique en 1562 dans Continuation des discours des misères de ce temps :

    « Je veux malgré les ans, au monde publier,
       D’une plume de fer sur un papier d’acier,
           Que ses propres enfants l’ont prise et dévêtue,
       Et jusques à la mort violemment battue. »

J'ai eu 19 (j'ai dû relire trois fois la note pour être sûr, j'avais jamais eu cette note ^^') mais comme chaque texte, il n'y a pas UN plan particulier.