Dissertation sur la tragédie / le héros tragique

Bonjour à tous,
J'ai ici un sujet de dissertation qui consiste en une citation. Comme je n'ai jamais étudié la tragédie, et que la citation est longue, un petit coup de pouce pour m'aider à décortiquer la citation serait le bienvenu !
La voici :

"Le héros tragique entend s´affirmer dans le présent d´une action, fût-elle désespérée. Il n´existe que dans la mesure où il refuse d´être condamné seulement parce qu´il est homme, et veut mériter sa mort ou sa grâce par un acte libre. Il n´est jamais une victime, s´il consent parfois à être un vaincu : Oedipe lui-même accepte la responsabilité du crime qu´il a commis sans le savoir, bravant et reconnaissant à la fois les dieux qui l´écrasent. De fait, le conflit tragique est toujours celui de l´humain et du divin, l´un tendant à rejoindre l´autre dans un dépassement héroïque qui lui permet de s´affirmer dans le refus, la soumission, ou l´adhésion enthousiaste. Crise décisive, au cours de laquelle le héros passe de l´existence à l´être, et se fixe à jamais dans une attitude exemplaire." -J.Morel, La Tragédie

Voici mes bribes d'interprétations :
_ la thèse de J.MOREL est-elle que toute tragédie a comme schéma : Homme VS Dieu ?
_ l'homme tend à rejoindre Dieu par le dépassement héroïque, donc finit-il par devenir Dieu par son refus de soumission ?
_ "le héros passe de l'existence à l'être" => Je n'ai aucune idée de ce que cela peut bien vouloir signifier ...

Quelle est donc la réelle thèse de MOREL à discuter ? Le problème, en ce qui me concerne, vient surtout du fait que je ne distingue pas "ce qui va de soi" dans une tragédie, et le paradoxe, ou du moins la façon de penser de Morel.

Merci infiniment à quiconque tentera de se pencher sur ce problème

Dissertation sur la tragédie / le héros tragique

Bonsoir GFan,

Peut-être pourrais-tu considérer que le héros tragique ne tend pas toujours à réaliser ses actions par rapport à un "dieu" extérieur. Peut-être peut-il le faire par rapport à la sensation qu'il possède lui-même une partie "divine", ce qui peut conférer à ses actes et prises de position une certaine "noblesse", une attitude visant l'idéal... En conformité avec ce qu'il "est" plutôt que pour satisfaire les"dieux" ? C'est sans doute ce qui est toujours poignant dans les tragédies... le dépassement de la condition simplement "humaine"...

_ "le héros passe de l'existence à l'être" => Je n'ai aucune idée de ce que cela peut bien vouloir signifier ...

Agir,  pouvoir dire « oui ou non » (liberté), permet beaucoup plus "d'être" que de simplement "exister"...

Tu peux noter aussi la transition de "exister" à "être":

Il n´existe que dans la mesure où il refuse d´être condamné seulement parce qu´il est homme,

Crise décisive, au cours de laquelle le héros passe de l´existence à l´être,

Il n'"est" que quand il a dit « oui » ou « non », avec engagement personnel, même si cela doit conduire à sa mort.

Muriel

Dissertation sur la tragédie / le héros tragique

Merci beaucoup pour ces éléments Muriel !
Quand j'aurai trouvé une problématique à donner à ma dissertation ainsi qu'un plan, je mettrai le tout ici pour voir si je suis dans la bonne voie.

CordialementJe rappelle donc ma consigne en ce qui concerne cette dissertation : Commentez et discutez cette citations on vous aidant d'exemples précis :

"Le héros tragique entend s´affirmer dans le présent d´une action, fût-elle désespérée. Il n´existe que dans la mesure où il refuse d´être condamné seulement parce qu´il est homme, et veut mériter sa mort ou sa grâce par un acte libre. Il n´est jamais une victime, s´il consent parfois à être un vaincu : Oedipe lui-même accepte la responsabilité du crime qu´il a commis sans le savoir, bravant et reconnaissant à la fois les dieux qui l´écrasent. De fait, le conflit tragique est toujours celui de l´humain et du divin, l´un tendant à rejoindre l´autre dans un dépassement héroïque qui lui permet de s´affirmer dans le refus, la soumission, ou l´adhésion enthousiaste. Crise décisive, au cours de laquelle le héros passe de l´existence à l´être, et se fixe à jamais dans une attitude exemplaire." -J.Morel, La Tragédie

Deux stratégies s'offrent donc à moi : 1) Essayer de condenser cette citation pour en tirer une problématique, ce qui me permettra de structurer un plan selon cette problématique.
2) Découper la citation et commenter, discuter celle-ci à l'aide d'exemples précis ....

Or pour le 1), je n'ai pas du tout réussi à condenser cette citation et j'en suis même parvenu à déduire qu'il ne fallait pas faire ça, tant la citation, en plus qu'être longue, est dense.
Donc j'opte pour le 2) et le plan que je me suis proposé est le suivant :

I) Le héros tragique, condamné, s'affirme dans sa liberté
=> Je pèse le pour et le contre bien sûr (si j'arrive à trouver des arguments, malgré ma très maigre connaissance de la tragédie...)

II) Le héros tragique se rapproche du divin au cours de la tragédie.

III) Le héros tragique : de l'existence à l'être.


Ce plan parait très bancal. Néanmoins, après longue réflexion, il m'a semblé que l'enjeu de cette dissertation n'était point de problématiser, mais surtout de comprendre la citation, de l'illustrer et de l'argumenter/réfuter en la décortiquant.

Experts en tragédie, quels sont donc votre conseils ?

J'espère que vous pourrez m'éclairer quelque peu, merci d'avance

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Dissertation sur la tragédie / le héros tragique

Bonjour Gfan,

Cette citation de Morel brasse quelques concepts comme divin, sacré, homme, condamnation, agir, passivité, faute, fatalité, homme écrasé, héros, dépassement, conscience, révolte, crise, paroxysme, mort.

La difficulté est bien de voir les liens entre ces concepts.

Première évidence, cette citation sera difficilement contestable tant la tragédie est liée au combat inégal entre un homme condamné et une surnature qui l'écrase, tant la tragédie est liée à la condition humaine finie, à une expérience du sacré ou des perspectives métaphysiques. Sans sacré, la tragédie vire au drame. Les passions qui conduisent à la perdition (voir Phèdre de Racine) viennent de plus loin que l'homme.

Ce sujet te conduit sans doute autant à définir la tragédie que le héros tragique.
Pour te faire mieux comprendre, je te renvoie à Giraudoux qui affirmait en substance que la tragédie était la chaîne qui redresse l'homme sur ses deux pattes. Ma citation est approximative hélas. Giraudoux voit dans la tragédie le lien par lequel les dieux humanisent l'homme en l'obligeant à quitter son état animal de quadrupède pour le redresser sur ses deux pattes arrière.

La tragédie est quand même une chaîne, une liberté limitée. L'homme est prisonnier. La tragédie serait la prise de conscience de cette nature bornée, vouée à l'écrasement, puis la révolte conséquente et enfin l'accomplissement héroïque résultant.

Je verrais bien une problématique telle que la tragédie réside-t-elle dans une révolte de l'homme face à la fatalité ? La tragédie est-elle le refus héroïque assumé d'une défaite inéluctable ?

Dissertation sur la tragédie / le héros tragique

Merci pour ces éléments.
Tout d'abord, j'ai recherché dans plusieurs sources (préfaces d'oeuvres, manuels, internet...) la conception de la tragédie par Giraudoux, mais je ne trouve pas la citation exacte de ce dernier, à propos de la chaîne qui redresse l'homme... Faute de pouvoir me la fournir, pourrais-tu orienter mes recherches ? 

Je vais essayer dans les prochaines minutes d'élaborer un plan précis, suivant tes conseils et je le posterai ici.

Merci infiniment encore Jean-Luc  Je retire illico ce que j'ai dit. J'ai en effet trouvé la citation, qui est la suivante : "Qu'est-ce la tragédie? C'est l'affirmation d'un lien horrible entre l'humanité et un destin plus grand que le destin humain; c'est l'homme arraché à sa position horizontale de quadrupède par une laisse qui le retient debout, mais dont il sait toute la tyrannie et dont il ignore la volonté. (..) Qu'est-ce que le héros tragique? C'est un être particulièrement résigné à la cohabitation avec toutes les formes et tous les monstres de la fatalité." 

Je vais donc avaler tout ça  "La tragédie est la représentation d'une action noble, menée jusqu'à son terme et ayant une certaine étendue […] ; la représentation est mise en oeuvre par les personnages du drame et n'a pas recours à la narration ; et, en représentant la pitié et la frayeur, elle réalise une épuration de ce genre d'émotions." La tragédie mène, chez le spectateur, à la catharsis, décrite dans la Poétique, par Aristote. L'aboutissement à une catharsis doit-il passer par la révolte de l'homme face à son destin, à sa fatalité ? Si le destin du héros tragique est liée à la surnature, à "l'affrontement de l'humain et du divin", la tragédie réside-t-elle dans le refus héroïque d'un destin inéluctable ?

I) La tragédie : une lutte d'un héros contre son destin.


II) La tragédie est cependant aussi un espoir de liberté chez le héros tragique


III) La catharsis : la purgation des émotions due à la lutte progressivement intense de l'homme de du divin

Je suis encore beaucoup dans le flou, j'ai seulement la durée d'un weekend pour savoir tout sur le tragique, à partir de rien.

A(ux) la (les) bienveilllante(s) personne(s) qui regardera(ont) ce plan, j'aimerais demander dans quelles mesures j'utilise la Poétique d'Aristote ?

Merci à ceux qui s'y pencheront 

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Dissertation sur la tragédie / le héros tragique

Bonsoir Gfan,

Je pense que ton plan s'éloigne de la problématique.
Tu n'as pas besoin de dériver vers la catharsis ou purgation des passions.

Je verrais plutôt un plan comme
1 - la tragédie (ou plutôt le tragique) ne peut se concevoir sans héros et sans fatalité.
N'oublie pas que l'origine de la tragédie se situe dans l'hybris ou la démesure.
En quoi la révolte du héros contre sa condition mortelle, contre le destin est-elle source du tragique ?
Quelles formes prend cette révolte ?
2 - La tragédie ne peut se concevoir sans l'irruption d'une transcendance barbare dans la vie humaine.
3 - La tragédie est une révélation aiguë de la condition humaine au moyen de la crise.
La mécanique infernale, la mort inéluctable. L'expérience de la liberté impossible. La conscience de l'impuissance, de la finitude. L'échec assumé, nié ou transcendé ?
Un détour chez Pascal avec le roseau pensant, image possible du héros tragique dans Les Pensées : « L'homme n'est qu'un roseau le plus faible de la nature ; mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser. Une vapeur, une goutte d'eau suffit pour le tuer. Mais quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue ; parce qu'il sait qu'il meurt ; et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien.».

Je te joins quelques considérations complémentaires pour faire mûrir en un week-end la conscience du tragique de ta situation. 

« Et puis, surtout, c’est reposant, la tragédie, parce qu’on sait qu’il n’y a plus d’espoir, le sale espoir ; qu’on est pris, qu’on est enfin pris comme un rat, avec tout le ciel sur le dos, et qu’on n’a plus qu’à crier, – pas à gémir, non, pas se plaindre, – à gueuler à pleine voix ce qu’on avait à dire, qu’on n’avait jamais dit et qu’on ne savait peut-être même pas encore. Et pour rien : pour se le dire à soi, pour l’apprendre, soi. Dans le drame, on se débat parce qu’on espère en sortir. C’est ignoble, c’est utilitaire. Là, c’est gratuit. C’est pour les rois. Et il n’y a plus rien à tenter, enfin ! » Anouilh

La tragédie a souvent été considérée comme le plus grand genre dramatique, le plus noble, par opposition à la comédie. Ce jugement un peu facile et injuste peut s'expliquer par une impression que la tragédie donne toujours au spectateur (et au lecteur), celle d'un éloignement. Il s'agit d'un des traits fondamentaux de la tragédie: elle élabore en effet un monde textuel (" s'incarnant " par la suite dans une mise en scène) qui crée une distance par rapport à la réalité quotidienne, prosaïque. Cet effet de distance s'obtient de plusieurs façons: par le choix du sujet, emprunté soit à l'Histoire, soit à la légende (mythologie gréco-romaine ou chrétienne); par le choix des personnages (lié évidemment à celui du sujet), qui sont toujours illustres, nobles (rois, princes, héros, etc.); par le choix de grands thèmes: le pouvoir (problème de sa légitimité), la justice, l'honneur, l'amour-passion, etc.; par le recours à un langage châtié, à un style élevé (noblesse de l'alexandrin, beauté des images, etc.). Le fait que la tragédie se joue à distance a pour conséquence d'agrandir, d'amplifier, de sacraliser même ce qui y est représenté.
L'action que représente la tragédie est toujours pathétique et tragique (le tragique n'est pas inséparable de la tragédie): elle est propre à émouvoir le spectateur, à susciter chez lui la pitié ou la terreur (c'est la " catharsis " d'Aristote, concept que du reste l'on n'a jamais réussi à définir clairement). Mais cette action a ceci de particulier qu'elle est toujours liée à la présence d'une transcendance, d'une puissance qui domine le personnage tragique et sur laquelle celui-ci n'a pas de contrôle. Cette transcendance peut être figurée par une divinité (v.Eschyle et Sophocle), par une passion (v.Euripide, Shakespeare et Racine) ou par des valeurs imposées par un ordre social (v.Corneille). Elle provoque la perte, la déchéance du héros; elle le condamne à une existence fermée, sans d'autre issue que la mort. S'il veut combattre, c'est en pure perte: il n'a pas de prise sur les événements, il ne peut agir sur eux; ce sont plutôt eux qui agissent sur lui, révélant par le fait même son impuissance et sa misère (dans les tragédies grecques, les personnages sont punis pour avoir commis une faute, à cause de leur " hybris ", leur orgueil, leur démesure; dans les tragédies anglaises et françaises, la faute semble plutôt originelle, les personnages sont condamnés de naissance). La tragédie met donc à nu la vanité, la misère irrémédiable de l'homme, tout en cherchant à sacraliser cette misère selon une esthétique de la distance.
Dans la tragédie, il n'est pas permis d'espérer, les jeux sont faits, tout est sous le signe de la fatalité. C'est là une des caractéristiques qui la distingue du drame (historique ou romantique). Dans l'univers du drame, le héros a la possibilité de modifier le cours de son existence, il y a une ouverture, un espoir; son combat n'est pas inutile; il n'agit pas sous l'emprise d'une instance supérieure, mais selon sa volonté, son désir. L'Antigone de Sophocle n'agit pas pour elle, mais pour faire respecter les lois archaïques des dieux; par comparaison, Hernani, héros romantique, lutte pour lui-même, non pour être fidèle à des principes, des valeurs qui lui ont été imposés de l'extérieur.

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