Infinitif dans "Je me sentais troubler de ses transports"

Bonsoir Edy,

Vous n'allez être qu'à moitié content : je me sens convaincre par vos arguments ! même si j'ai plus de difficultés à l'écrire qu'à le reconnaître...
Je ne peux pas encore vous dire : « Je me sens convaincue par vos arguments ! » Ce qui prouve que j'ai compris la nuance...

C'est sans doute l'emploi du verbe "se sentir" qui appelle (peut-être inconsciemment) un état (être convaincu) et non une action.

Par contre :
- je me laisserai convaincre par vos arguments. 
- je me ferai convaincre par vos arguments.
- Je me verrai convaincre par vos arguments
(pourtant ambigu quant au sens...).
ne me posent pas de problèmes de compréhension.

Muriel

Infinitif dans "Je me sentais troubler de ses transports"

Bonsoir, Muriel !

Vous me laissez donc seul avec Rousseau, malgré les exemples que j'ai trouvés chez Grevisse et chez Riegel.

J'espère que Jean-Luc se manifestera.
Est-ce que quelqu'un d'autre a un avis sur cette question ?

Cordialement vôtre,
Edy

Infinitif dans "Je me sentais troubler de ses transports"

Ah ! vous en avez de la chance ! J'aurais bien aimé me balader seule avec lui...

Non, vous n'êtes pas seul ! j'ai fait quelques pas vers vos exemples : j'en suis à "convaincre en cours d'action" !

Bonne soirée à vous !

Muriel

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Infinitif dans "Je me sentais troubler de ses transports"

Cher Edy
J'apprécie beaucoup ces formulations qui déplacent nos certitudes ! Comme quoi, nos auteurs et notre langue nous surprendront toujours et encore
Bonne balade
avec Rousseau 

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Infinitif dans "Je me sentais troubler de ses transports"

Edy a écrit :

Je trouve d’ailleurs dans le Grevisse :
* Il SE SENTAIT ENVAHIR PAR une tristesse mortelle.
Lorsque le verbe de perception est à la forme pronominale, l’agent de l’infinitif est introduit par une des prépositions PAR ou DE. (Tiens, voilà le DE de notre ami Rousseau !)
Vous aurez noté l’emploi d’un infinitif d’action en cours, suivi d’un complément d’agent. Comme chez Rousseau !

Dans la toute dernière édition du Bon Usage, Goosse a décrit de façon plus précise ce cas :

Quand le sujet du verbe régisseur [ici je] est aussi objet direct de l'infinitif [ici me], celui-ci peut prendre deux formes.
- Ou bien […]
- Ou bien la forme d'un pronom réfléchi placé devant le verbe régisseur [donc me sentais] ; l'agent de l'infinitif est précédé d'une préposition.
Odinairement par […] Il se sentait envahir par une profonde tristesse.
De est possible pour les verbes qui, au passif, acceptent cette préposition […] - Sinon, cette construction est très littéraire.

Je rejoins donc Edy et traduirais ainsi la phrase de Rousseau :
"Je sentais que ses transports me troublaient"
S'il avait écrit "Je me sentais troublée de ses transports", ont aurait traduit par :
"Je sentais que ses transports m'avaient troublée"

En espérant avoir apporté une petite pierre à l'édifice d'Edy pour achever de vous convaincre...

  Avez-vous remarqué que la "tristesse mortelle" s'est transformée en "profonde tristesse" ?

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Infinitif dans "Je me sentais troubler de ses transports"

Bonjour Edy,

Votre démonstration est très claire. Elle a l'appui de grammairiens patentés. De plus il serait iconoclaste de mettre en doute le talent de Rousseau.
Pourtant je nourris encore quelques réticences.
Elles ne viennent pas de la substitution du De au PAR. Je sais que le complément d'agent peut être introduit par l'un ou l'autre. Ici nous avons bien affaire à un tel complément. Julie sent qu'elle est troublée par ces transports.
De même je fais bien la distinction entre l'emploi de l'infinitif (action en cours) et celui du participe (action achevée ou résultante).
Finalement ce qui me dérange est l'emploi de la forme pronominale qui introduit un biais.
Si Rousseau avait écrit "je sentais ses transports me troubler", il n'y aurait pas eu discussion.
J'ai l'impression que dans la forme pronominale le pronom réfléchi est attiré indûment vers une fonction de "sujet" de l'infinitif.
Dans l'exemple que vous citez : Elles ne SE SONT pas ENTENDU APPELER, il existe une lourde ambiguïté. Pour ma part je comprends que ces personnes ne se sont pas rendu compte qu'elles appelaient. Si c'est une tierce personne qui les appelle, j'écrirais "elles ne se sont pas ENTENDUES APPELEES. J'espère ne pas avoir commis de fautes d'accord sur les participes passés.
Dans l'exemple suivant "Elle S’EST VU OFFRIR le premier rôle." Je raisonnerais de même, sauf qu'à la réflexion, comme peut-être pour l'exemple précédent, l'accord serait discriminant.
Elle S’EST VU OFFRIR le premier rôle. On lui offre le premier rôle.
Elle S’EST VUE OFFRIR le premier rôle. C'est elle qui offre le premier rôle.

Amicalement, cher Edy, en ces temps de doute pour votre pays !

Infinitif dans "Je me sentais troubler de ses transports"

Bonsoir à tout le monde !

Merci à vous, Loupyestu, d’avoir appuyé mon opinion sur la tournure syntaxique et d’avoir cité Grevisse dans sa nouvelle version.
Décidément, il faudra que j’achète cette nouvelle édition. Mais je vais me trouver dépaysé : ma bonne vieille version de 1986 contient tellement d’annotations et de renvois ! Et pourtant :
* Ne crayonnez pas dans les marges d’un livre les bêtises que l’auteur a oubliées dans le texte. (Léonce Bourliaguet)
J’espère que nous aurons le plaisir de vous lire souvent.

Merci à vous, Jean-Luc, d’avoir reconnu quelque qualité à mon argumentation. Je n’espérais pas vous convaincre sur la totalité des termes du raisonnement, mais je crois pouvoir déduire que vous ne condamnez pas la forme à laquelle Rousseau a eu recours, forme qui, je le concède, ne ressortit pas au langage courant, ni au niveau littéraire. La preuve en est que, parmi mes grammaires, le Grevisse est le seul à avoir évoqué la question ; Riegel n’est pas si explicite, et j’aurais été mieux inspiré de m’en tenir au seul Grevisse : la présence du complément d’agent évacue l’équivoque que vous sentez au niveau du verbe pronominal.
Merci aussi d’avoir une pensée pour les Belges, qui sont menacés de perdre leur unité et leur identité en raison de ce qui divise les Flamands et les Wallons.

Merci enfin à mes collègues Léah et Muriel, qui, chacune à sa manière, m’ont donné l'assurance que je ne parlais pas dans le désert.

Cordialement,
Edy