Montaigne, Essais, II, chapitre 18

Salut, ce texte (p. 300 "littérature 1re" HATIER) fait partie de mon ensemble de texte à réviser pour l'oral... (séquence sur l'autobiographie) pour être clair, j'ai rien compris à ce texte :s

Les axes d'études dégagés par notre prof sont :

I) Quel est le profit de l'examen de soi ?
II) L'écriture de soi se définit à travers une série d'actions réfléchies

Quelqu'un peut juste m'éxpliquer en gros le texte ci-dessous ?



Et quand personne ne me lira, ay-je perdu mon temps, de m'estre entretenu tant d'heures oisives, à pensements si utiles et aggreables ? Moulant sur moy cette figure, il m'a fallu si souvent me testonner et composer, pour m'extraire, que le patron s'en est fermy, et aucunement formé soy-mesme. Me peignant pour autruy, je me suis peint en moy, de couleurs plus nettes, que n'estoyent les miennes premieres. Je n'ay pas plus faict mon livre, que mon livre m'a faict. Livre consubstantiel à son autheur : D'une occupation propre : Membre de ma vie : Non d'une occupation et fin, tierce et estrangere, comme tous autres livres.

Ay-je perdu mon temps, de m'estre rendu compte de moy, si continuellement ; si curieusement ? Car ceux qui se repassent par fantasie seulement, et par langue, quelque heure, ne s'examinent pas si primement, ny ne se penetrent, comme celuy, qui en fait son estude, son ouvrage, et son mestier : qui s'engage à un registre de durée, de toute sa foy, de toute sa force.

Les plus delicieux plaisirs, si se digerent ils au dedans : fuyent à laisser trace de soy : et fuyent la veuë, non seulement du peuple, mais d'un autre.

Combien de fois m'a cette besongne diverty de cogitations ennuieuses ? (et doivent estre comptées pour ennuyeuses toutes les frivoles) Nature nous a estrenez d'une large faculté à nous entretenir à part : et nous y appelle souvent, pour nous apprendre, que nous nous devons en partie à la societé, mais en la meilleure partie, à nous. Aux fins de renger ma fantasie, à resver mesme, par quelque ordre et project, et la garder de se perdre et extravaguer au vent, il n'est que de donner corps, et mettre en registre, tant de menues pensées, qui se presentent à elle. J'escoutte à mes resveries, par ce que j'ay à les enroller. Quantes-fois, estant marry de quelque action, que la civilité et la raison me prohiboient de reprendre à descouvert, m'en suis-je icy desgorgé, non sans dessein de publique instruction !

Merci de votre aide.

Killahm

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Montaigne, Essais, II, chapitre 18

Bonjour,

Montaigne essaie de justifier son entreprise autobiographique et de devancer les critiques d'éventuels contradicteurs.
Plus profondément, il s'interroge sur le bien-fondé de sa démarche : Est-il utile de parler de soi ?

Est-ce du temps perdu (reprise anaphorique) ? Montaigne répond "j'ai appris à me connaître". Mais il faut que ce soit une étude permanente et approfondie.

Cette introspection est source de plaisir, elle correspond à l'exercice de nos facultés naturelles, nous permet de discerner ce qui revient à notre tempérament et aux usages sociaux, de discipliner nos impulsions, d'apprendre à ne pas se disperser, de noter des pensées fugaces, et d'avoir un exutoire qui permette un retour sur soi et une analyse approfondie.

Se dégagent alors peu à peu un art de vivre du philosophe cultivant le goût de la fréquentation de soi ainsi que, pour l'écrivain, la découverte progressive d'une tension entre la sphère privée et l'espace public.

Montaigne, Essais, II, chapitre 18

Merci Jean-Luc

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Montaigne, Essais, II, chapitre 18

bonjour,
j'aurai une autre question sur ce texte. Lorsque je suis passé pour l'oral blanc mon correcteur m'a posé la question suivante en 2eme partie d'entretient : " En quoi ce texte peut choquer, notament au début et à la fin ? "
Malheureusement je n'ai pas su répondre et il ne m'a pas dit la réponse ! Si quelqu'un pourrait me répondre... Merci d'avance

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Montaigne, Essais, II, chapitre 18

Bonjour Marionnette,

Je dirai le nombrilisme et la frivolité au début, la fuite des responsabilités et le manque de courage à la fin.

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Montaigne, Essais, II, chapitre 18

merci pour la réponse mais euh c'est à dire car je me vois mal dire ça au correcteur:s si tu pouvais éclairsir un peu plus
et une autre question ( je sais ça commence à faire beaucoup !) mais que veux tu dire lorsque tu dis " la découverte progressive d'une tensions entre la sphère privée et l'espace public " ?

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Montaigne, Essais, II, chapitre 18

Bonjour Marionnette,

Mais à quoi servent donc les dictionnaires ? 

Ce que Montaigne veut faire comprendre à son lecteur au début, c'est qu'il s'est posé la question de savoir si son projet autobiographique n'était pas du temps perdu (frivolité) et un tantinet immoral (passer son temps à s'examiner détourne de ses obligations sociales).

En fin de texte, il affirme que, lorsqu'il est déçu d'un de ses actes, il ne cherche pas à rétablir la situation en public, mais qu'il préfère se confier à sa page blanche...

La dernière expression qui t'apparaît un peu compliquée signifie que l'écrivain autobiographe ne portera pas les mêmes mentions sur son papier s'il sait qu'il sera lu par autrui ou s'il doit garder ses notes pour lui.

Montaigne, Essais, II, chapitre 18

Je viens moi aussi poser une question au sujet de ce texte... je n'ai fait qu'une étude linéaire assez générale de ce texte, et notre professeur a centré l'étude sur les profits de l'écriture sur soi...
Je n'ai donc pas du tout dégagé la structure du texte en cours, et j'ai beaucoup de mal à le faire moi meme (y en a-t-il vraiment une?..) est ce que vous pourriez me donner des éléments de réponse svp ?

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Montaigne, Essais, II, chapitre 18

Bonjour Lumi,

Je verrais bien deux parties dans ce texte :
- Début jusqu'à "force" : le profit de la connaissance de soi,
- de "les plus délicieux..." jusqu'à la fin : la justification par le désir de garder trace de ses pensées.

Montaigne, Essais, II, chapitre 18

Merci beaucoup !