Révision pour l'oral de français, séquence : l'épistolaire

Bonsoir !

L'écrit étant passé, je me lance dans mes révisions pour l'oral. En raison des nombreuses manifestations de mars, nous sommes passés très rapidement sur l'object d'étude l'épistolaire, et, à part quelques textes lus en lecture cursive, nous avons pour ainsi dire travaillé uniquement sur Les Liaisons dangereuses. Dans notre liste, distribuée le dernier jour, notre prof a mentionné dans la rubrique "questions abordées" les points suivants :
- lettre privée ou lettre publique ? les marques de l'écriture savante de la lettre.
- les fonctions de la lettre
- la situation de communication de la lettre, le degré d'implication du destinateur

lettre privée ou lettre publique ?
* Nous avons vu qu'une lettre s'adresse généralement à un destinataire précis (ex. correspondance des grands écrivains, comme les lettres à Louise Colet de Flaubert qui à priori n'ont pas été écrites dans l'intention d'être publiées), mais qu'il peut y avoir des entorses à cette régle, comme par exemple les lettres de Madame de Sévigné à sa fille, Mme de Grignan, très travaillées, immitant le ton de la conversation mondaine, et probablement destinées à être lues dans les salons. => ambiguïté.
* il y a également les lettres ouvertes, lettres publiques cette fois.

Le point suivant me pose plus de problèmes :
Les marques de l'écriture savante dans la lettre privée
* on peut reprendre l'exemple des lettres de Madame de Sévigné, très travaillées, avec l'emploi de registres, de figures de style, etc.
Mais que citer d'autre ? Comment développer ce point ?

En ce qui concerne les fonctions de la lettre :
Notre cour sur ce point se résume à convaincre, informer, émouvoir.

La situation de communication de la lettre, pas de problème, ce qui n'est en revanche pas le cas pour le degré d'implication du destinateur. Pour ce dernier point, je ne trouve rien dans mes cours qui pourrait correspondre.

Il y a donc des points totalement vides, et d'autres que je trouve personnellement bien incomplets pour développer le cas échéant le jour de l'oral ! Votre aide serait donc la bienvenue, pour compléter ces cours !

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Révision pour l'oral de français, séquence : l'épistolaire

Bonsoir Rosette,

Pour t'aider à compléter ton cours sur l'épistolaire, va voir ces pages :
ici, ou
là.

Je te joins également une fiche de synthèse bien faite où tu trouveras des pistes sur le degré d'implication du destinateur (par définition absent).


La littérature épistolaire

Parmi les premiers témoignages de l’écriture que l’on possède, la littérature épistolaire tient une place capitale : l’écriture des Égyptiens nous est avant tout connue par des lettres. Ce genre est un modèle vivant durant des siècles, qui repose avant tout sur l’authenticité, puisque l’intimité est un de ses fondements. L’importance de cette littérature apparaît évidente avec la multiplication des publications de correspondances, réelles ou fictives, de styles et de formes très variés : Les Héroïdes d’Ovide (lettres amoureuses d’inspiration mythologique), Les Pauvres Gens de Dostoïevski (roman épistolaire), Les Lettres de Cicéron, Les Provinciales de Pascal, Les Lettres philosophiques de Voltaire (littérature polémique ou philosophique). A travers ces quelques exemples, on comprend que la littérature épistolaire irrigue la création littéraire mondiale, car il est un genre à la fois fixe et divers, ondoyant, mais que la communication moderne ignore de plus en plus.
Il faut avant tout s’interroger, au-delà de la mobilité formelle, sur la relation que la littérature épistolaire crée entre le scripteur (celui qui écrit) et le destinataire.
I. De la lettre comme dialogue
* Scripteur et destinataire
La lettre est un substitut du contact visuel et de l’échange verbal : elle acquiert la potentialité d’un dialogue différé ; écrire une lettre équivaut paradoxalement à être solitaire, mais en présence de l’autre, le destinataire.
La forme même du destinataire est mouvante :
• individuel ou collectif
• réel ou fictif
Il reste en tout cas quelqu’un, nommément désigné : la lettre crée une image où le destinataire se reconnaît, un espace où deux êtres dialoguent (le scripteur est présent ; le destinataire, absent.)
* Le lieu et le temps
Les marques locales et temporelles présentes dans la lettre font partie des signes conventionnels de la littérature épistolaire, comme moyen de transcrire fidèlement la situation d’un dialogue : qui ? à qui ? où ? quand ?
Ils montrent l’acte d’écrire en train de se faire, comme si le lecteur lisait pendant que l’auteur écrit. Ces indications permettent de construire les deux personnes en jeu : le sujet écrivant (je) et le sujet lisant (tu ou vous). La lettre est donc la communication entre deux subjectivités, deux sensibilités désignées de manière littéraire et verbale.
* La lettre comme une parole
Écrire devient l’équivalent de dire ou d’une action physique (dimension pragmatique du langage). Selon cette définition, la lettre remplace une action physique. Par exemple : les lettres de créances, les lettres de change. La parole et l’action du domaine commercial peuvent alors s’appliquer à la littérature : les lettres du commerce amoureux (XVIIe et XVIIIe siècle).
La lettre donne la possibilité au scripteur de se donner à voir en direct, sans aucun intermédiaire. Mais cela se complique lors d’un subterfuge littéraire : celui qui se montre n’est pas l’auteur, qui joue sur l’identité (par ex. : Les Lettres d’une religieuse portugaise (1669)). La lettre permet avant tout de jouer sur la dimension réaliste. C’est à cette fin que certains auteurs en usent dans la fiction, comme illusion de vérité.
En conclusion, la lettre apparaît à la fois comme un genre à part entière, mais aussi une forme. L’auteur conjugue ces deux dimensions dans sa création littéraire.
II. Une esthétique double
La littérature épistolaire se divise en deux grandes tendances, selon l’identité du destinataire :
• le destinataire, fictif ou réel, est en fait la globalité des lecteurs ;
• le destinataire est unique : il s’agit de communiquer avec une sensibilité particulière (la logique de l’invitation).
* Le destinataire comme relais
Ce genre littéraire fonctionne sur la figure littéraire de la métonymie (une partie qui représente le tout). En s’adressant à un destinataire, l’auteur s’adresse à tous les lecteurs. Il s’agit généralement de lettres concernant les moeurs, la politique, ayant une visée critique. Le ton est alors varié : lettre  d’aspect intimiste ou épître polémique. Le but premier est de convaincre et d’entraîner à adhérer à des valeurs (logique de l’incitation).
• Grands modèles antiques : Cicéron et Sénèque (tendance philosophique).
• Epîtres de la tradition chrétienne : Saint Paul.
• XVIe - XVIIIe : lien très fort entre la république des lettres et la politique. La lettre est un moyen de communiquer des idées : Les Provinciales de Pascal, Les Lettres philosophiques de Voltaire.
• XIXe - XXe : lettres ouvertes. « J’accuse » de Zola.
* La logique de l’invitation
Dans ce type de littérature épistolaire, la volonté de l’auteur est de mettre le lecteur en contact avec un caractère, une sensibilité, afin de susciter une émotion : le lecteur réagit par son imagination (identification ou rejet). Il s’agit alors de recueils de lettres privées ou données comme telles :
• Correspondance d’Héloïse et Abélard ;
• Lettres de Mme de Sévigné.
Par cette perspective littéraire, on en arrive à partir du XVIIe au roman épistolaire : la forme de la lettre permet de montrer un coeur pris sur le vif, dans un effet de réalisme. L’auteur varie alors sur le nombre de scripteurs : monodie (un scripteur) ou polyphonie (plusieurs scripteurs). La voix du narrateur disparaît au profit de l’unique voix des personnages. Il y a alors un jeu entre le dit et le non-dit, un dévoilement du réel.
• Les Lettres persanes de Montesquieu (1721). Une certaine monodie.
Le cadre romanesque est un prétexte à développer les idées politiques et philosophiques des Lumières.
• La Nouvelle Héloïse de Rousseau (1761). Polyphonie. Épanchement de la sensibilité de deux amants, mais aussi exposition d’une utopie sociale.
• Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos (1782).
Perfection du roman épistolaire portant la polyphonie à un niveau de complexité remarquable.

Éditeur : MemoPage.com SA © Date : juin 2002 ISSN : 1762 – 5920
Auteur : Sébastien Porte Expert : Paul Petit

Quant aux indices de l'écriture savante dans la lettre privée, elles s'expriment par les
types de discours : narratif, descriptif, argumentatif, et les fonctions expressive et impressive très marquées (je > tu, vous) qui peuvent exprimer la confidence, l'échange intellectuel, la requête ou le simple badinage.

Révision pour l'oral de français, séquence : l'épistolaire

Merci pour votre aide, Jean-Luc et pour vos liens, que j'ai lus attentivement et qui m'ont été très utiles pour compléter mon cours.

Malheureusement, je ne parviens toujours pas à voir ce qui pourrait correspondre au degré d'implication du destinateur : ce point reste très obscur. Est-ce qu'il s'agit de mesurer le degré d'implication en regardant le contenu de la lettre, par exemple en voyant si c'est une lettre administrative, purement formelle (et dans ce cas le degré d'implication est très faible voire inexistant), ou au contraire si c'est une lettre privée et dans ce cas les événements racontés feront l'objet d'une description détaillée, on verra que l'auteur s'investit dans ce qu'il écrit ?

Si vous pouviez m'expliquer ce point et me donner en même temps quelques exemples, votre aide serait précieuse, à quelques jours de mon oral...

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Révision pour l'oral de français, séquence : l'épistolaire

Bonjour Rosette,

Ce n'est pas compliqué.
Cicéron a dit que

la correspondance est la conversation des absents.

Par définition un scripteur essaie d'intéresser un destinataire absent et éloigné, voire d'agir sur lui.
Tout l'art de sa rédaction sera donc d'abolir l'espace, de se rendre présent au destinataire comme s'il discutait en face de lui jusqu'à guider ses pensées et prévenir ses réactions.

Écrire devient l’équivalent d’une action physique (dimension pragmatique du langage). Selon cette définition, la lettre remplace une action physique. Par exemple : les lettres de créances, les lettres de change. La parole et l’action du domaine commercial peuvent alors s’appliquer à la littérature : les lettres du commerce amoureux (XVIIe et XVIIIe siècle). Il s'agit bien de produire une action à distance en impliquant le destinataire.

De même l'utilisation privilégiée de certains types de discours : narratif, descriptif, argumentatif, ou des fonctions expressive et impressive (je > tu, vous) qui peuvent exprimer la confidence, l'échange intellectuel, la requête ou le simple badinage servent à impliquer, voire manipuler le destinataire.

Une lettre administrative peut impliquer son destinataire en le menaçant de sanctions, mais peut aussi ne pas l'impliquer si elle se contente de l'informer des heures d'ouverture d'un service. Une lettre privée peut ne pas impliquer le destinataire si elle se contente de décrire les magnifiques paysages traversés, si elle n'associe pas l'absent au plaisir éprouvé. Mais si le scripteur exprime explicitement les regrets de n'avoir pas eu la présence du destinataire auprès de lui, l'implication grimpe très vite vers des sommets. Est-ce que le "tu/vous" apparaît ? le mode impératif est-il utilisé ? le subjonctif de souhait, de désir est-il employé ?

Un exemple tiré des Liaisons dangereuses

LETTRE II
LA MARQUISE DE MERTEUIL AU VICOMTE DE VALMONT
AU CHATEAU DE ...
Revenez, mon cher Vicomte, revenez: que faites-vous, que pouvez-vous faire chez une vieille tante dont tous les biens vous sont substitués? Partez sur-le- champ; j'ai besoin de vous. Il m'est venu une excellente idée, et je veux bien vous en confier l'exécution. Ce peu de mots devrait suffire; et, trop honoré de mon choix, vous devriez venir, avec empressement, prendre mes ordres à genoux: mais vous abusez de mes bontés, même depuis que vous n'en usez plus; et dans l'alternative d'une haine éternelle ou d'une excessive indulgence, votre bonheur veut que ma bonté l'emporte. Je veux donc bien vous instruire de mes projets: mais jurez-moi qu'en fidèle Chevalier vous ne courrez aucune aventure que vous n'ayez mis celle-ci à fin. Elle est digne d'un Héros: vous servirez l'Amour et la vengeance; ce sera enfin une rouerie [Ces mots roué et rouerie , dont heureusement la bonne compagnie commence à se défaire, étaient fort en usage à l'époque où ces Lettres ont été écrites] de plus à mettre dans vos Mémoires: oui, dans vos Mémoires, car je veux qu'ils soient imprimés un jour, et je me charge de les écrire. Mais laissons cela, et revenons à ce qui m'occupe.
Madame de Volanges marie sa fille: c'est encore un secret; mais elle m'en a fait part hier. Et qui croyez-vous qu'elle ait choisi pour gendre? Le Comte de Gercourt. Qui m'aurait dit que je deviendrais la cousine de Gercourt? J'en suis dans une fureur! Eh bien! vous ne devinez pas encore? oh! l'esprit lourd! Lui avez-vous donc pardonné l'aventure de l'Intendante? Et moi, n'ai-je pas encore plus à me plaindre de lui, monstre que vous êtes? [Pour entendre ce passage, il faut savoir que le Comte de Gercourt avait quitté la Marquise de Merteuil pour l'Intendante de *, qui lui avait sacrifié le Vicomte de Valmont, et que c'est alors que la Marquise et le Vicomte s'attachèrent l'un à l'autre. Comme cette aventure est fort antérieure aux événements dont il est question dans ces Lettres, on a cru devoir en supprimer toute la Correspondance.] Mais je m'apaise, et l'espoir de me venger rassérène mon âme.
Vous avez été ennuyé cent fois, ainsi que moi, de l'importance que met Gercourt à la femme qu'il aura, et de la sotte présomption qui lui fait croire qu'il évitera le sort inévitable. Vous connaissez sa ridicule prévention pour les éducations cloîtrées, et son préjugé, plus ridicule encore, en faveur de la retenue des blondes. En effet, je gagerais que, malgré les soixante mille livres de rente de la petite Volanges, il n'aurait jamais fait ce mariage, si elle eût été brune, ou si elle n'eût pas été au Couvent. Prouvons-lui donc qu'il n'est qu'un sot: il le sera sans doute un jour; ce n'est pas là ce qui m'embarrasse: mais le plaisant serait qu'il débutât par là. Comme nous nous amuserions le lendemain en l'entendant se vanter! car il se vantera; et puis, si une fois vous formez cette petite fille, il y aura bien du malheur si le Gercourt ne devient pas, comme un autre, la fable de Paris.
Au reste, l'Héroïne de ce nouveau Roman mérite tous vos soins: elle est vraiment jolie; cela n'a que quinze ans, c'est le bouton de rose; gauche, à la vérité, comme on ne l'est point, et nullement maniérée: mais, vous autres hommes, vous ne craignez pas cela; de plus, un certain regard langoureux qui promet beaucoup en vérité: ajoutez-y que je vous la recommande; vous n'avez plus qu'à me remercier et m'obéir.
Vous recevrez cette Lettre demain matin. J'exige que demain à sept heures du soir, vous soyez chez moi. Je ne recevrai personne qu'à huit, pas même le régnant Chevalier; il n'a pas assez de tête pour une aussi grande affaire. Vous voyez que l'Amour ne m'aveugle pas. A huit heures je vous rendrai votre liberté, et vous reviendrez à dix souper avec le bel objet; car la mère et la fille souperont chez moi. Adieu, il est midi passé: bientôt je ne m'occuperai plus de vous.

Tu pourrais lire cette lettre selon l'art avec lequel Mme de Merteuil reprend le contrôle de son associé en libertinage, donc comment elle l'implique au point de le lier.
Le défi
Comment Mme de Merteuil pique la curiosité de Valmont ?
Comment Mme de Merteuil pique l'orgueil de Valmont ?
Avec subtilité, elle tire les ficelles de la marionnette Valmont.
La relation entre maître et élève
Madame de Merteuil condescend à s'intéresser à Valmont.
Regarde les ordres de Mme de Merteuil, il est significatif qu'elle veuille rendre sa « liberté » à Valmont.
La construction de la réputation de libertin est vue comme une œuvre d'art.
Cette lettre donne le ton du roman et met en évidence que le libertin est tenu de jouer un rôle sur le « théâtre du monde ». S'il revendique une liberté d'action, en particulier à l'égard de la morale et des usages sociaux, il est finalement le jouet d'une réputation à soutenir. Ce qui brime sa liberté, c'est d'abord la peur du ridicule, le jugement de ses pairs en «rouerie», tous ressorts dont Mme de Merteuil joue avec subtilité.

Révision pour l'oral de français, séquence : l'épistolaire

Merci beaucoup !