1 (Modifié par Jehan 25/11/2019 à 12:58)

Évolution phonétique : cogitatis > cuidiez

Bonjour,

Cela fait quelque temps que je potasse le "Précis d'Ancien Français" de Geneviève Joly, Armand Colin, et je tombe sur un problème que je pense avoir déjà réglé dans le passé mais que je n'arrive plus à retrouver.

Voilà ce que dit ce livre au chapitre de l'étude diachronique des désinences du présent de l'indicatif, p. 105 :

"La désinence latine -atis  a évolué normalement en [est], -ez. Lorsque la base était palatalisée, le traitement conditionné du [a] tonique libre a abouti à [ie]".

Ça je le comprends. Ce que je comprends moins, c'est l'exemple d'un verbe qu'elle donne pour illustrer ce fait : le verbe cogitatis > cuidiez.

Je connais cette forme cuidiez mais la base n'étant pas une palatale, ce [ie] doit être analogique, n'est-ce pas?

Évolution phonétique : cogitatis > cuidiez

Il n'y a pas que les gutturales qui sont concernées par l'effet de Bartsch, il y a aussi les dentales et les sifflantes qui ont subi la palatalisation devant le a libre accentué.
C'est ainsi qu'on explique le i > y de aidier < adjutare ; laissier < laxare ; traitier < tractare, etc...
Il est à signaler que ce i a disparu seulement en MF.
Pour le verbe qui nous occupe, on trouve cuidez chez Rabelais.

3 (Modifié par seesaw 25/11/2019 à 16:50)

Évolution phonétique : cogitatis > cuidiez

Bonjour Yvain,

Mais, pour les dentales et autres sifflantes, je ne vois dans mes manuels de phonétique que la palatalisation avec t+y.

Là, je ne vois nulle part de palatalisation avec T+a ni d'exemple de l'évolution :
Elle pourrait être ainsi?

Ve s : T+a : coytatis avec palatalisation de [t] > [t̬] ?

Ah si, merci Yvain!
J'ai trouvé l'équivalent avec l'évolution de "adjutare" : le yod précédent le [d] provoque une demi-palatalisation avec juste palatalisation sans la sifflante.
Maintenant je comprends cet effet de Bartsch!

Bon, je vais me remettre à l'ancien français... vraiment!

4 (Modifié par Yvain 25/11/2019 à 20:02)

Évolution phonétique : cogitatis > cuidiez

Oui, bien qu'on le mette un peu à toutes les sauces ; il faut savoir que Bartsch n'a jamais théorisé cet "effet". Les vieux manuels parlent plutôt dans notre cas de "dentale au contact d'un yod", comme vous l'avez excellemment dit, comme dans medietate > moitié, pietate > pitié (piété est savant).
Il faut noter que dans ces noms, le i s'est maintenu alors qu'il s'est amuï dans le verbes. C'est là qu'on peut parler du jeu de l'analogie. cuidiez, pour répondre à votre question, est donc strictement phonétique.