Pourquoi peut-on dire que l'aveu et plus largement la parole dans Phèdre est une parole à la fois mortifère et rédemptrice ?

Bonjour à tous, je viens de m'inscrire sur le forum car j'ai une dissertation sur Phèdre à faire et j'ai un peu de mal. J'espérais que vous pourriez m'aider un peu
Le sujet : "Pourquoi peut-on dire que l'aveu et plus largement la parole dans Phèdre est une parole à la fois mortifère et rédemptrice ?"
Le plan conseillé par mon professeur : La parole...
I) Libère
II) Tue
(Une éventuelle troisième partie non obligatoire sur le jansénisme)
Je n'arrive pas à trouver de paragraphes pour mes parties. Pour le I) libère, j'avais pensé à faire :
a. libération mentale
b. libération physique
Mais pour le II) tue, je n'ai aucune idée !
Toutes les suggestions sont les bienvenues... Merci beaucoup !

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Pourquoi peut-on dire que l'aveu et plus largement la parole dans Phèdre est une parole à la fois mortifère et rédemptrice ?

Suggestion :
La parole de Phèdre est libération pour elle
La parole de Phèdre est aveu de culpabilité devant les autres
La parole de Phèdre n'ignore pas l'hérédité et la fatalité

"... engagée par sa destinée et par la colère des dieux dans une passion illégitime dont elle a horreur toute la première". (Racine, Préface)

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Pourquoi peut-on dire que l'aveu et plus largement la parole dans Phèdre est une parole à la fois mortifère et rédemptrice ?

Bonjour,

Je trouve que le sujet est mal posé.
Il faudrait d'abord préciser que cette affirmation ne concernent que le personnage éponyme, à la limite un peu Thésée, mais aucunement les autres.
Ensuite je me demanderais ce que l'aveu libère en Phèdre. En effet lorsqu'elle permet à sa passion de se révéler, elle déchaîne des forces incontrôlables. Si elle semble un moment revivre en échappant apparemment à sa culpabilité, c'est pour mieux entrer dans la spirale de l'autodestruction.
La libération chez Phèdre n'est au mieux qu'une lucidité tronquée.
Le jansénisme de Racine apparaît dans cette prédestination, forme religieuse de la fatalité. Phèdre se sait condamnée, elle ne croit pas à un pardon possible. Elle se fait horreur.
Quant à la rédemption, elle est donc illusoire :
"Et la mort, à mes yeux dérobant la clarté
Rend au jour qu'ils souillaient toute sa pureté."
En effet le suicide ne lave pas Phèdre mais renvoie à la restauration d'un ordre céleste inaccessible et étranger.
Phèdre est aussi une tragédie de la solitude et de l'abandon.
Si tu penses examiner Thésée, tu peux montrer que sa parole "libère" sa jalousie et sa colère, qu'elle est aussi mortifère puisqu'elle demandera aux dieux de la venger du fils coupable.

Pourquoi peut-on dire que l'aveu et plus largement la parole dans Phèdre est une parole à la fois mortifère et rédemptrice ?

Il faudrait d'abord préciser que cette affirmation ne concerne que le personnage éponyme

Effectivement.
Car lorsqu'on parle d'aveu, on pense immédiatement à Phèdre, le personnage.
Dire alors que la parole de Phèdre est rédemptrice ou même seulement libératrice me paraît bien excessif.
Je retiens par exemple les deux premiers aveux de Phèdre dans la pièce.
Le premier qui lui est arraché par sa nourrice au premier acte est un lamento où l'héroïne revit en les disant les souffrances de son amour-maladie, les efforts épuisants et vains pour repousser la pesante fatalité et ne peut que réaffirmer sa volonté de mourir. Or mourir ne libère pas. il s'agit ici de se livrer aux forces infernales déchaînées par l'horreur de son crime.
Le deuxième aveu, à Hippolyte, est encore pire. C'est la déchéance, l'humiliation et pour finir l'image effrayante d'une crise de folie où la folle est entraînée, suscitant une pitié mêlée de terreur.
Ces quelques réflexions ne reprennent bien sûr pas tous les chants de Phèdre.
Cependant, une parole mortifère, je le sens bien. La seule issue est la mort, on sait depuis le début, et cette mort n'est pas libératrice sinon pour la terre des hommes débarrassée du monstre qui la polluait.
En tout cas pas pour l'héroïne qui ne trouvera jamais ni le repos, ni la rédemption, me semble-t-il.

5 (Modifié par jcap 06/11/2019 à 19:35)

Pourquoi peut-on dire que l'aveu et plus largement la parole dans Phèdre est une parole à la fois mortifère et rédemptrice ?

Merci beaucoup pour vos réponses !
En effet, j'ai un peu de mal à voir en quoi la parole de Phèdre est libératrice (nous pouvons aussi parler d'autres personnages), mais notre professeur parlait de "cure psychanalitique", je suppose que Phèdre utilise ainsi la parole pour se soulager elle-même.
Et le jansénisme dit que si quelqu'un qui a causé la mort d'une autre personne se suicide, son suicide lui sera pardonné, donc est-ce que la mort ne la libérerait pas ?
Je vais essayer de la rédiger aujourd'hui mais je ne suis même pas sûre de mon plan
Mais merci beaucoup d'avoir répondu !!

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Pourquoi peut-on dire que l'aveu et plus largement la parole dans Phèdre est une parole à la fois mortifère et rédemptrice ?

Bonsoir,

La "cure psychanalytique" est en fait une libération de l'inconscient mais Phèdre ne se livre pas sur un divan, à moins que le spectateur joue le rôle de l'analyste.
Tu peux regarder le Dieu caché de Goldmann
https://www.letemps.ch/societe/grands-l … n-goldmann
Dans sa lecture psychocritique de Phèdre, Charles Mauron voit dans cette tragédie le psychodrame d’une crise d’adolescence.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Mauron
Il y a aussi la difficulté que Phèdre entretient avec l'image du père.
https://www.etudes-litteraires.com/raci … phedre.php
https://www.letemps.ch/culture/phedre-f … ite-soleil
voir ce lien aussi
http://analysedephedre2011.weebly.com/t … vedre.html
bien que l'analyse psychanalytique d'Hippolyte me paraisse contestable.