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Christine de Pisan, Rondeau

Je trouve une autre ponctuation avec un point virgule à la fin du premier vers.

Je ne sçay comment je dure;

Car mon dolent cuer font d'yre,

Et plaindre n'oze, ne dire

Ma doulereuse aventure,

Christine de Pisan, Rondeau

Peut-être une  ponctuation rajoutée après coup ?
Le point-virgule moderne date de 1495, plusieurs décennies après la mort de Christine de Pisan.

Christine de Pisan, Rondeau

Je crois effectivement qu’il ne faut pas compter sur une ponctuation sujette à caution. Le car peut-être...

14 (Modifié par Yvain 28/09/2019 à 08:14)

Christine de Pisan, Rondeau

Il n'y a pratiquement pas de ponctuation dans les mss. de l'époque.

ose a comme sujet le "je" du vers 1 ; le cœur subit, il n'agit pas.

plaindre a un sens intransitif : "manifester ma douleur", il ne gouverne pas  "ma douloureuse aventure", qui dépend de dire. L'éditeur a du reste introduit une virgule après plaindre.

Attention à yre qui ne signifie pas "grande colère" ici, mais "folle douleur".

Christine de Pisan, Rondeau

Il n'y a pratiquement pas de ponctuation dans les mss. de l'époque.

Oui, on le sait et on l'a dit.

ose a comme sujet le "je" du vers 1 ; le cœur subit, il n'agit pas.

Tu as sans doute raison, et loin de moi l'idée de contredire un expert de la littérature médiévale.
Mais après tout, nous sommes en poésie...
Et le langage du coeur, alors, c'est une légende postérieure à Christine de Pisan ?
Est-il absolument absurde que le coeur soit sujet d'un verbe d'action ? (même à l'encontre de ton intime conviction ? )

Mon coeur a parlé...

Je ne peux la voir, mon coeur la hait à mort.(Villon)

...Qui sont, qui sont ceux-là, dont le coeur idolâtre
Se jette aux pieds du Monde,..
(Sponde)

Depuis qu'Amour cruel empoisonna
Premièrement de son feu ma poitrine,
Toujours brûlai de sa fureur divine,
Qui un seul jour mon coeur n'abandonna
.(Labé)

Mon coeur, mon lâche coeur s'intéresse pour lui(Racine)

L'esprit cherche et c'est le coeur qui trouve....(Sand)

plaindre a un sens intransitif : "manifester ma douleur", il ne gouverne pas  "ma douloureuse aventure", qui dépend de dire.

Qui a dit le contraire ? J'avais proposé exhaler des gémissements.

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Christine de Pisan, Rondeau

Pour moi le sujet est incontestablement "je":

Je ne sais comment je dure,
Car mon dolent cœur fond d’ire
Et plaindre (je) n’ose, ni dire
Ma douloureuse aventure.

Christine de Pisan, Rondeau

Oui, bien sûr, il y a aussi le dialogue du cœur et de la raison chez Charles d'O., Villon et d'autres, mais n'empêche qu'ici...

D'autre part, je ne savais pas que Racine et Sand étaient des auteurs médiévaux ! 

Christine de Pisan, Rondeau

Je n’ai pas dit ça ! Tu caricatures !
Mais peu me chaut 

Christine de Pisan, Rondeau

En un mot, je ne crois pas que le cœur soit ici personnifié : c'est d'ailleurs un progrès qui se fait jour peu à peu dans la poésie de l'époque, et qui culminera chez Villon. Le "moi" n'a pas toujours besoin d'allégories pour extérioriser ses sentiments ou conformer leur expression à quelque tradition poético-rhétorique (celle du Roman de la rose par exemple).
D'autre part, bien sûr que le cœur est vivant, qu'il règne parfois en maître, qu'il "anime" le corps comme l'âme, mais ce que j'ai surtout voulu dire, c'est que dans le poème de Christine, le cœur ne saurait "dire [une] aventure". Au début de la discussion, j'ai vu qu'on avait un moment envisagé cette possibilité.

Ce sont li dolors que li cuers sent par coi li cors ne puet venir a garison.

20 (Modifié par Laoshi 28/09/2019 à 19:39)

Christine de Pisan, Rondeau

En un mot, je ne crois pas que le cœur soit ici personnifié

C'est bon. J'ai compris, et j'apprécie le : Je ne crois pas.