"DE", préposition appositionnelle ou introduisant un objet ?

Bonjour.
Voici une question spécifiquement adressée à votre grand spécialiste Edy ou à un linguiste expérimenté.

On remarque qu'un nom associé à l'action d'un verbe est parfois susceptible d'avoir deux sens :

Pour un certain nombre de verbes, le premier sens est l'action du verbe, le second sens étant l'objet de cette action.


Exemple :

Le nom de "construction" peut signifier "l'action de construire" (Exemple : "la construction d'une maison peut prendre deux ans"), ou bien "ce qui est construit, ce que l'on a construit" (l'objet de la construction dans son premier sens) (Exemple : "Cette construction est haute de 100 mètres").

Pour résumer en une phrase, la "construction" peut signifier le "construire" ou bien le "construit".

On peut multiplier ce genre d'exemple avec les noms associés à certains verbes :

- attente / attendre ("l'attente de ce bus n'en finit pas" (l'action d'attendre), et
"cette voiture est conforme à mes attentes" (mes attentes =ce que j'attends, l'objet de l'action d'attendre)

- définition / définir ("nous allons procéder à la définition de ce concept"  (l'action de définir)/ "j'ai tiré cette définition du dictionnaire " (ce qui est défini, ce que l'on a défini) )

- espoir / espérer ("L'espoir de gagner nous anime" (l'action d'espérer), "Gagner est mon espoir" (ce que j'espère)  )"

- désir/ désirer ("le désir d'un monde meilleur" ; "Aller à Paris est mon plus grand désir")

- souhait/ souhaiter

- volonté / vouloir

- choix / choisir ("le choix d'un collaborateur est une tâche complexe" ; "j'approuve votre choix")

- décision / décider ("la décision de la date n'a pas été prise"; "je condamne cette décision")

Toutefois, j'observe qu'il peut y avoir une légère confusion entre les deux valeurs sémantiques possibles.

Dans la phrase "Aller à Paris est mon plus grand désir", "désir" a le sens de "ce que je désire".
En revanche, dans la phrase "Elle me fait part de son désir d'aller à Paris", "désir" a  - a priori-  la valeur d' "action de désirer", et la préposition "de" introduit un complément d'objet. Se pourrait-il cependant que, dans "Elle me fait part de son désir d'aller à Paris", le nom "désir" ait la valeur de "ce qui est désiré" (l'objet de
l'action de désirer"), et que, ce faisant, la préposition "DE" ait alors une fonction
d'apposition , comme c'est le cas dans un syntagme tel que "la punition de rester à la maison" ou "l'idée d'aller à la pêche"

Pour résumer, le désir dans la phrase "Elle me fait part de son désir d'aller à Paris" est-il le "désirer" (auquel
cas "de" introduit un objet) ou bien le
"désiré" (auquel cas "de" est une préposition appositionnelle), et comment trancher cette question ?

Cette question se pose aussi bien pour les syntagmes suivants associés à certains des verbes que j'ai cités :

"j'ai pris acte de la décision de lire le forum",

"il a l'espoir de gagner le concours",

"il poursuit ses investigations avec une indéniable volonté de découvrir la vérité",

"le choix de ce collaborateur n'est pas un bon choix"  (cette phrase est-elle licite, et quelle valeur sémantique faut-il donner à chacune des
occurrences du nom "choix" ?)


Le double sens est aussi notable pour le syntagme "la définition d'un concept" ,
dans lequel "DE" peut introduire le complément d'objet de "définir" ("l'action de définir un concept" )
ou bien dans lequel "DE" peut avoir traduire une appartenance (le concept a une définition, au sens
de "ce qui est défini", c'est la définition du concept ou la définition d'un concept). Là encore, le nom de "définition"
peut avoir la valeur du "définir" ou du "défini", mais le contexte permet en général de trancher
facilement dans le cas de "la définition d'un concept" si l'on est dans l'un ou l'autre des cas.

En revanche, je trouve que l'ambiguïté est bien plus grande dans les exemples cités plus
haut relatifs aux noms de choix, volonté, désir,
souhait, espoir, décision.

"DE", préposition appositionnelle ou introduisant un objet ?

Bonjour!


N'étant ni Édy ni un linguiste expérimenté, je me permettrais juste deux petites remarques:
_ Votre raisonnement est très passionnant!,
_

(…) dans la phrase "Elle me fait part de son désir d'aller à Paris", "désir" a  - a priori-  la valeur d' "action de désirer", et la préposition "de" introduit un complément d'objet. Se pourrait-il cependant que, dans "Elle me fait part de son désir d'aller à Paris", le nom "désir" ait la valeur de "ce qui est désiré" (l'objet de
l'action de désirer"), et que, ce faisant, la préposition "DE" ait alors une fonction
d'apposition , comme c'est le cas dans un syntagme tel que "la punition de rester à la maison" ou "l'idée d'aller à la pêche" (…)

Je dirais "oui"! Simplement: "Elle me fit part de son désir, qui était d'aller à Paris.". C'est justement le fait de le comprendre comme un verbe (en quelques sortes) qui me semble être une analyse fine et particulière…

"DE", préposition appositionnelle ou introduisant un objet ?

John a écrit :

Voici une question spécifiquement adressée à votre grand spécialiste Edy ou à un linguiste expérimenté.

Pour résumer, le désir dans la phrase "Elle me fait part de son désir d'aller à Paris" est-il le "désirer" (auquel
cas "de" introduit un objet) ou bien le
"désiré" (auquel cas "de" est une préposition appositionnelle), et comment trancher cette question ?

Cette question se pose aussi bien pour les syntagmes suivants associés à certains des verbes que j'ai cités :

"j'ai pris acte de la décision de lire le forum",

"il a l'espoir de gagner le concours",

"il poursuit ses investigations avec une indéniable volonté de découvrir la vérité",

"le choix de ce collaborateur n'est pas un bon choix"  (cette phrase est-elle licite, et quelle valeur sémantique faut-il donner à chacune des
occurrences du nom "choix" ?)

Ai-je bien compris la question en question?

"DE", préposition appositionnelle ou introduisant un objet ?

JSC a écrit :
"Ai-je bien compris la question en question?"


Voulez-vous dire, JSC, que ma question est trop peu claire ou bien êtes vous ironique, pensant que ce débat est une affaire de spécialistes sans grande conséquence dans l'usage général de la langue et qui ne justifie donc pas d'examen particulier (en effet, on ne se pose jamais la question que je soulève lorsqu'on écrit ou lorsque l'on parle) ?

"DE", préposition appositionnelle ou introduisant un objet ?

Bonjour John,

n'étant ni Edy, ni linguiste spécialisé, j'aurais dû m'abstenir.
Mais si tu voulais t'adresser à lui, sans que les membres s'y intéressent de trop près, il y a tjrs la possibilité d'envoyer un msg privé, ou même un courriel.

La question n'était pas ironique. Je ne sais pas ce qui est ta question!

"DE", préposition appositionnelle ou introduisant un objet ?

Ce débat est tout-à-fait intéressant et pertinent, nous sommes dans la rubrique "langue française" d'un forum dit "littéraire" et il y a ici des gens (Muriel, Léah, Édy, Jean-Luc, moi-même…) qui sauront sans-doutes en profiter d'autre manière…

"DE", préposition appositionnelle ou introduisant un objet ?

Bonjour Bâ,
Je suis impatient d'avoir l'avis des membres du forum que vous citez.

"DE", préposition appositionnelle ou introduisant un objet ?

Bonsoir, John…


Je suis surpris de voir que personne d'autre n'a encore réagi à votre texte…
Mais je sais que les membres de ce forum sont (généralement) des sages et que par conséquent ils sont en train de réfléchir intensément avant de débattre efficacement…
Je remarque seulement que vous n'avez pas pris la peine de commenter ma première tentative de réponse… Qu'en pensez-vous?

"DE", préposition appositionnelle ou introduisant un objet ?

Je ne pense pas que dans la phrase citée (elle me fait part de son désir etc...), l'objet du désir soit le désir lui-même, mais bien "aller à Paris", d'où la nécessité de la construction utilisée qui utilise un C.O.I et un complément du nom qui précise l'objet du désir.
On aurait pu aussi construire ainsi:

elle me dit le désir qu'elle avait d'aller à Paris.
elle me dit son désir d'aller à Paris.

Dans ces  exemples, il ne peut y avoir de doute quand à la fonction grammaticale de désir, ce qui, à mon avis, lève le doute sur la fonction du mot "de" dans l'exemple cité.

"DE", préposition appositionnelle ou introduisant un objet ?

Bonjour Bâ et Lebeau

Bâ, en ce qui concerne votre première réponse, il est intéressant de constater que vous considérez naturellement qu'il s'agit d'une apposition (pour ma part, je considère naturellement qu'il s'agit de l'action du verbe, la préposition "de" introduisant le complément d'objet du verbe).

Lebeau, merci de votre réponse. J'ai toutefois une petite remarque : vous parlez de COI alors qu'il s'agit bien d'un complément d'objet direct, l'introduction de ce complément d'objet se faisant par la préposition "de", comme dans les exemples suivants :

- l'extraction d'une dent
- le découpage du bois,
- le pilotage d'une moto,
- la réparation d'un avion

etc.

Merci de votre avis selon lequel le nom "désir", dans la phrase "elle me fait part de son désir d'aller à Paris", a pour contenu sémantique "action de désirer".

Si à présent nous disposons une virgule comme suit :

"Elle me fait part de son désir, d'aller à Paris"

Ne nous trouvons-nous pas alors dans un cas d'apposition (sans la moindre ambiguïté) ?