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Vraiment indécise quant au Capes de lettres modernes

Bonjour

J'ai une décision ardue à prendre concernant ce concours et je viens chercher auprès de vous des conseils. Je souhaiterais retenter ce capes pour changer d'environnement professionnel. Je voudrais voir autre chose car je végète intellectuellement. Je suis dans la formation pour apprentis. Mes conditions de travail ne sont pas si difficiles. Il faut quand même être honnête. Ce n'est pas le Bronx. J'ai 48 ans, un CDI décroché il y a peu (3 ans seulement) qui s'est accompagné d'une certaine stabilité, d'un certain confort de vie. Tout cela n'est pas à négliger. Quelqu'un m'a conseillé de bien réfléchir car le travail ne court pas les rues. J'avoue être perdue. Les réformes en cours vont vers une plus grande précarité du corps enseignant avec un recours massif aux contractuels qui s’accélère. J'ai beaucoup à perdre et j'ai déjà été précaire. Je connais donc la souffrance engendrée par cette situation. De plus, je ne suis pas certaine que ce soit mieux en face.

Je vous ai posé le contexte. Est-ce que cela vaut le coup de se remobiliser pour passer dans la fonction publique? Préparer à nouveau ce concours ne me fait absolument pas peur. Mais est-ce que cela vaut vraiment la peine?

Merci de m'avoir lue. Je suis seule décisionnaire, évidemment. 

2 (Modifié par gtnoa 12/08/2019 à 00:18)

Vraiment indécise quant au Capes de lettres modernes

Bonjour Zerfine,

Je me pose aussi la question depuis plusieurs mois. Il s'agit de quitter la sécurité d'un CDI pour un concours, qui en plus de son lot d'incertitudes, conduit à un métier dont beaucoup d'enseignants actuellement en exercice se plaignent.

Je dirais premièrement que si tu ne quittes pas ton CDI pour préparer le concours, c'est une incertitude en moins. Tu ne quitteras ton CDI que pour devenir fonctionnaire stagiaire : le statut est précaire, le licenciement est encore possible au terme de l'année de stage, mais ce sera un premier pas de franchi pour devenir enseignante titulaire. Certains membres du forum pourraient-ils nous renseigner sur le risque de licenciement lors de l'année de stage ?

Deuxièmement, est-il raisonnable de devenir enseignant aujourd'hui, au regard des rémunérations stagnantes (gel du point d'indice) et des conditions qui paraissent se dégrader si l'on se tient aux discours tenus dans la presse et sur d'autres forums que celui-ci ? La situation s'apprécie certainement différemment suivant ton poste et tes perspectives professionnelles actuelles. Pour les professeurs qui fréquentent le forum : qu'est-ce qui fait les avantages de votre métier, quels sont les principaux inconvénients ? Quelles sont selon-vous les perspectives dans l'éducation nationale ?

Une chose est sûre : les raisons de rejoindre l'éducation nationale ne doivent pas être naïves.

Voici ma maigre contribution ... je reste ouvert si tu souhaites partager tes réflexions à ce sujet, je n'ai pas de réponse ferme à apporter. Simplement les principaux points de réflexion qui me sont venus a l'esprit en partageant tes questionnements ...

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Vraiment indécise quant au Capes de lettres modernes

Bonjour Zerfine,

Il ne s'agit pas de quitter un emploi stable pour aller vers du précaire, puisque comme le rappelle gtnoa, il faudrait préparer et obtenir le concours sans quitter son CDI (sinon c'est beaucoup trop risqué effectivement). Ensuite, si vous obtenez le concours, la seule condition pour être titularisé est de valider votre année de stage ; je n'ai pas les pourcentages, mais c'est rare de ne pas la valider du premier coup, et si on ne la valide pas du premier coup on peut retenter l'année suivante, à moins vraiment d'avoir fait une faute professionnelle. Et ensuite seulement, si ça ne marche toujours pas, on est licencié. Généralement la raison de la non-validation du stage est soit un manque de sérieux (stagiaire qui arrive en retard, prépare à peine ses cours...) soit la très grande difficulté dans la gestion d'une classe ; mais ces éléments peuvent s'améliorer lors de la deuxième tentative d'année de stage.

Cependant, je vous conseille avant de préparer les concours de bien vous renseigner sur la réalité du métier ; je ne parle pas d'aller voir des classes dans des quartiers difficiles, mais de discuter avec des enseignants pour comprendre ce qui fait l'émulation intellectuelle de leur métier (car c'est la raison qui vous pousse à changer si je comprends bien). Selon moi, cela tient beaucoup plus à la pédagogie en elle-même qu'au contenu de la matière. C'est-à-dire que quand on prépare les concours, on peut retrouver une grande émulation intellectuelle (lire et réfléchir autour de beaucoup d'ouvrages, s'améliorer en dissertation et commentaire...) et puis une fois arrivé dans les classes, le contenu peut apparaître très simple, répétitif, et décevoir le ou la reconverti.e qui souhaitait vivre dans une émulation littéraire. Il y a bien sûr d'autres stimulations toutes aussi intéressantes, comme le suivi et la progression de chaque élève, mais c'est peut-être un aspect que vous avez déjà dans votre métier actuel (formation des apprentis si je comprends bien).

4 (Modifié par 15/08/2019 à 09:21)

Vraiment indécise quant au Capes de lettres modernes

gtnoa a écrit :

Pour les professeurs qui fréquentent le forum : qu'est-ce qui fait les avantages de votre métier, quels sont les principaux inconvénients ? Quelles sont selon-vous les perspectives dans l'éducation nationale ?

Bonjour,
J'enseigne depuis 5ans et je parle aussi en tant que parent : le métier me permet de gérer mon temps comme je l'entends : il m'est assez facile de caler mon rythme sur celui de mes enfants, j'ai réussi à obtenir mes mercredi et en dehors des heures de cours je travaille quand et comme je veux. Avantage des vacances aussi, même si dans les faits je travaille la moitié de ces vacances.
Les inconvénients sont l'absence de perspectives et d'évolution (en dehors de l'agreg mais beaucoup d'appelés et peu d'élus), le salaire qui évolue peu (tous mes amis ingénieurs gagnent facilement 1000e de plus que moi), toutes les réformes en cours autours des retraites etc. De manière pratique on n'imagine pas le temps que demandent la préparation des cours, les corrections, les projets. Je travaille bien plus de 35h/semaine, j'estime être plutôt à une soixantaine d'heures. je compte là-dedans les projets théâtre et voyage que je mène avec mes classes.
Ce n'est pas un métier qui a le vent en poupe. Il faut le faire par passion et vocation, autrement...

Sohanelle a écrit :

je vous conseille avant de préparer les concours de bien vous renseigner sur la réalité du métier ; je ne parle pas d'aller voir des classes dans des quartiers difficiles, mais de discuter avec des enseignants pour comprendre ce qui fait l'émulation intellectuelle de leur métier (car c'est la raison qui vous pousse à changer si je comprends bien). Selon moi, cela tient beaucoup plus à la pédagogie en elle-même qu'au contenu de la matière.

Je vais dans le même sens. J'enseigne le français/latin en collège et on végète assez vite. Ce sont davantage la variation de la pédagogie, des supports et des projets qui sont stimulants. J'ai également quelques heures en lycée et il n'y a qu'avec la spécialité lettres humanité et philo que j'ai un peu de stimulation intellectuelle