1 (Modifié par Simon UA 13/07/2019 à 20:54)

Le Père Goriot : une victime coupable ?

Bonsoir,

J'ai beaucoup aimé Le Père Goriot de Balzac, et surtout son personnage principale que je trouve extrêmement sympathique. Pour moi, c'est le modèle du père qui donne sans compter à ses filles qui sont ses deux merveilles, quitte à se ruiner.

Une sorte d'amour paternel sans limite.

Mais j'ai lu une autre vision des choses. C'est lui qui entretiendrait chez ses filles leur goût de l'argent et du luxe en cédant à toute leur demande et en n'ayant jamais essayé de les ramener à la raison.

Et son amour n'est peut-être même plus de l'amour, mais une passion quasi malsaine.

Alors, comment voyez-vous cet homme ?

Un grand merci !

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Le Père Goriot : une victime coupable ?

C'est une vision intéressante, et elle se rapproche de celle de Saint-Marc Girardin, critique au Journal des débats, qui, adepte d'une conception moralisatrice de la littérature, reprochait au Père Goriot un certain matérialisme ; le sentiment paternel est réduit à n'être plus qu'un instinct...

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Le Père Goriot : une victime coupable ?

https://www.etudes-litteraires.com/pere-goriot.php

Plus loin Balzac relève l’aspect sacrificiel du père Goriot : « Pour bien peindre la physionomie de ce Christ de la Paternité, il faudrait aller chercher des comparaisons dans les images que les princes de la palette ont inventées pour peindre la passion soufferte au bénéfice des mondes par le Sauveur des hommes. »

4 (Modifié par Formalismeféministe 22/07/2019 à 16:54)

Le Père Goriot : une victime coupable ?

En effet, c'est intéressant.

D'un point de vue socio-économique, j'ai l'impression que Goriot est surtout victime d'un ordre capitaliste bâti sur les ruines de la société révolutionnaire. Cet ordre bourgeois neutralise la valeur symbolique de l'héritage (nom) au profit de sa valeur purement financière (argent). C'est vrai pour les filles Goriot, mais aussi pour la Taillefer. Du coup, c'est la seule manière qu'a Goriot, le sans-nom (Goriot, Forio, Moriot ?) d'exprimer son amour pour ses filles. Il n'a pas de nom, il n'a pas de terres, mais il a de l'argent. Seulement ça.

Bref, Goriot gâte ses filles, oui, mais a-t-il vraiment le choix ?

Notons que Rastignac connaît le mouvement inverse : son nom lui permet d'intégrer une nouvelle sociabilité, mais il reste pauvre. C'est un noble en pension. On est en plein dans la tension ancien régime/nouveau régime, si caractéristique de l'univers balzacien.