1 (Modifié par seesaw 07/07/2019 à 16:16)

Évolution phonétique : decimam > dîme

dĕ́kĭmam : mot proparoxytonique, le [ i ] étant bref, l'accent remonte sur l'antépénultième [e] initial.

1er s. av : chute du [m] : dĕ́kĭma

2e s ap. : BVL : dé̜kǐma : le [e] bref s'ouvre d'un degré en [e̖]

3e s. : 1) BVL : dé̖kẹma le [ i ] bref s'ouvre en [ẹ].
           2) palatalisation, dentalisation et assibilation + yod de transition (je mets le résultat en une seule fois pour aller plus vite) de k+e : dé̖yt̮s̮ẹma

avant le 4e s. : 1) le [e] pénultième s'amuït : dé̖yt̮s̮ma
(ou il s'amuïra après la sonorisation mais le [z] obtenu s'assourdira au contact de [m] : donc le résultat est le même?)
                      2) du coup, la consonne médianne [t] s'efface aussi : deysma.

4e s. : 1) dans le cas où la pénultième serait encore présente : sonorisation : dé̖yd̮z̮ẹma.
           2) diphtongaison conditionnée par [y] : díe̖̭ysma (ou díe̖̭yd̮z̮ẹma)

5e s. : le [e] pénultième, s'il était resté, s'amuït, la consonne médiane [d] s'amuït quasi aussitôt et le [z] s'assourdit : díe̖̭ysma

7e s. : 1) le [a] final s'affaiblit en [e̥] : díe̖̭ysme̥
          2) dépalatalisation + vocalisation du yod : díe̖̭i̯sme̥ formant donc une triphtongue par coalescence.
(la vocalisation du yod intervient au 7e s. car c'est un [y] de transition et non de la palatalisation d'une consonne)
          3) assimilsation  fermeture du [e] ouvert d'un degré : díẹ̯i̯sme̥
          4) le [e] médian de la triphtongue s'amuït ce qui donne : dísme̥

à partir du 12e s. : dîme̥ : le [s] s'amuït.

15e s. : dîmœ̣ : labialisation du [e] central

17e s. : dîm : amuïssement du [œ̣] final.



Merci à tout personne m'aidant à corriger cette évolution s'il y a besoin (et il y a sûrement besoin).

2 (Modifié par Yvain 07/07/2019 à 21:55)

Évolution phonétique : decimam > dîme

Le problème est que di(s)me (ne mettez pas l'accent circonflexe sur le mot au MA !) n'est pas strictement phonétique. Bourciez dit que ce mot "a subi l'influence constante de decem". Plus phonétiques sont les formes diesme ou deysme qu'on trouve aussi.
Fouché explique pourquoi le groupe iey n'a pas pu aboutir à i (comme dans six, dix, lit, etc...), mais je n'ai pas parfaitement compris son explication.
Je vous la recopie telle quelle :

"Parallèlement à dĕce > *dĕtsye, dĕcĭmu a dû donner lui aussi *dĕtsyĭmu. Mais, par suite de la réduction précoce de tsy devant ĭ, *dĕtsyīmu est devenu de bonne heure *dĕtsīmu ; d'où plus tard *dietsemo et *diedzemo. Dans cette dernière forme, à la différence de *dĕtsye > diędzye et dięidzye il ne pouvait plus être question d'une transposition de y ni par conséquent d'une triphtongue ięi. Il en est résulté, après la chute de la pénultième atone, diezme - diesme. De la même façon, ŭndĕcimu, duodĕcimu, *tredĕcimu, *quatuordĕcimu, *quindĕcimu, *sedĕcimu ont donné naissance à des formes terminées par -iezme : *ondiezme, *dodiezme, *trediezme, *quatordiezme, *quindiezme, *sediezme, dont le radical a été refait à date prélittéraire sur celui des cardinaux correspondants : cf. aujourd'hui onzième, douzième, treizième, etc. Ainsi le v. fr. disme (auj. dîme) a été influencé par le v. fr. dis (auj. dix). De même, la concomitance de diezme et disme a pu déterminer autrefois onzisme, dozisme, etc. au lieu de onziezme - onziesme, doziezme - doziesme, etc."

                         P. Fouché, Phonétique historique du français, t. II p. 326, éd. Klincksieck.

Inutile de dire que vous n'aurez jamais ce mot à traiter...

3 (Modifié par seesaw 08/07/2019 à 14:35)

Évolution phonétique : decimam > dîme

Oui, trop compliqué à mon niveau.

Mais je continue à tenter de décortiquer son explication, c'est toujours intéressant :
ceci dit, je ne comprends pas trop comment un [ i ] bref peut devenir [ i ] long (peut-être par suite de la réduction précoce de [tsy] qui procure un allongement de [ i ] : peut-être).

En outre, je ne vois pas du tout comment un [ i ] long peut tout à coup devenir [e].

De toute façon, comme vous dites, je ne tomberai jamais sur ce mot

Merci