1 (Modifié par seesaw 27/05/2019 à 21:55)

Extrait de "La Chanson de Roland"

Bonjour,

voici un petit extrait, de cette geste, traduit par mes propres soins mais sur lequel j'avais des petites questions grammaticales concernant les prépositions en AF .
Questions de syntaxe mais pour lesquelles j'ai du mal à trouver un livre (ou un site) à ce sujet :

« La chanson de Roland »

Vos le sivrez a la feste seint Michel:
    Si recevrez la lei de chrestiens,
    Serez ses hom par honur e par ben.
40 S' en volt ostages, e vos l'en enveiez,
    U dis u vint pur lui afiancer.

Ma traduction :

Vous le suivrez à la fête saint Michel :
Ainsi vous vous convertirez,
Vous lui prêterez l’hommage vassalique et vous soumettrez à lui.
S’il veut des otages, vous lui en envoyez,
Ou dix ou vingt pour lui montrer votre engagement.

Les questions concernent les prépositions "en" et "par":
1) J'ai l'impression que le "en" que j'ai souligné est une préposition intensive (à mon avis)
2) Pour le "par" : mot à mot "en lui prêtant hommage" (Complément de moyen, à mon avis)
J'ai bien précisé à mon avis car je ne suis pas sûr.

J'aurais aussi aimé savoir si ma traduction était bonne.

Merci

Extrait de "La Chanson de Roland"

Vous le suivrez à la fête saint Michel :
Ainsi vous vous convertirez,


Trop loin du texte.


Vous lui prêterez l’hommage vassalique et vous soumettrez à lui.


- Pourquoi pas : "vous serez son vassal" ?
- L'expression par honur et par ben, qui survit dans l'expression moderne "en tout bien et tout honneur" signifie au sens propre que le vassal est ici pourvu d'un fief (honur) et de biens pour prix de son hommage. Mais ici, ce n'est qu'une formule.   
Je propose : "en terres et en biens".
par introduit donc un complément de manière ou de moyen, comme on veut.


S’il veut des otages, vous lui en envoyez,


enveiez est un impératif et e(s) vos (<ecce vos) une sorte d'interjection (son sens propre est "voici pour vous".
Je propose : "eh bien, envoyez-lui en"


Ou dix ou vingt pour lui montrer votre engagement.

afiancer = "inspirer confiance".

Serrez le texte de plus près.

Quant au en de s’en volt, ce n’est pas une préposition, mais un pronom adverbial, réduit ici au statut de particule aspectuelle à valeur inchoative ou perfective : « S’il se met à vouloir des otages » ou « S’il veut absolument avoir ».
Je propose : « S’il veut avoir des otages ».



Je possède deux bons ouvrages, hélas non réédités :

- la Syntaxe de l’ancien français, de Philippe Ménard (un grand nom !), Bordeaux, éd. Bière, 1994.
- la Grammaire de l’ancien français (morphologie et syntaxe), de Gérard Moignet, Paris, éd Klincksieck, 1979.

J’utilise très souvent le premier, très clair et presque complèt. Un gros avantage : les exemples, nombreux et tirés d’œuvres littéraires, sont tous traduits.
Le second, moins aisé à utiliser, approfondit particulièrement le système verbal. Les exemples sont également traduits.

Extrait de "La Chanson de Roland"

Bonjour,

Oui, j'ai encore écrit sans réfléchir : même en FM de toute façon, le "en" de

S'en volt ostages

, dans cette position n'est jamais une préposition mais un pronom complément.
Il faut aussi déjà que je fasse attention à ne pas me tromper sur ce genre de fautes.

En tout cas, il redouble le substantif "ostages" donc on peut dire qu'il a un rôle de renforcement (je ne connais pas terme exacte, s'il y en a un).

4

Extrait de "La Chanson de Roland"

J'ai un lien avec la traduction de la Chanson de Roland, et le texte original en langue d'oïl de l'époque pour que tu puisses t'exercer pour la traduction.
https://fr.wikisource.org/wiki/La_Chans … n_critique

5 (Modifié par Yvain 29/05/2019 à 16:00)

Extrait de "La Chanson de Roland"

En fait, il n'a pas de véritable fonction, à la différence du second, dont le référent est ostages. C'est pourquoi je parle de particule.
Les exemples donnés par Ménard sont les suivants :

Et l'apostoiles l'en prist araisnier (Couronnement de Louis, 344)
"Et l'évêque (en fait le pape) se mit à lui parler"

Et il se dreça ; si s'en entra en une chambre
(Villehardouin, 186)

J'ai oublié le a devant araisnier...

J'en profite pour vous signaler deux choses, bien qu'en lettres modernes, vous n'ayez pas d'épreuve orale d'ancien français.

a) Dans le décasyllabe Et l'apostoil(es) l'en prist a araisnier, vous avez une césure épique : le (es), bien que devant consonne, s'élide à l'hémistiche comme à une fin de vers. Même s'il n'y a qu'une pause virtuelle, cela ne change rien, la césure étant surtout à cette époque une "frontière" syntaxique forte.
Un décasyllabe est le plus souvent césuré après 4, on a donc 4//6, quelquefois après 6, on a donc 6//4.

b) Dans le passage de la Chanson de Roland que vous avez posté, chrestiens assone avec ben, enveiez, etc... Il convient donc de lire [krẹstins] (avec la diérèse, comme le marque l'éditeur), [ẹnvẹy], [bn], etc...

Extrait de "La Chanson de Roland"

à Viellfranceis,

Merci pour le lien, je vais l'utiliser.

à Yvain,

J'aime toujours vos petites précisions qui très souvent m'ouvrent des champs de réflexion et là, notamment, c'est vrai que, lisant le texte, je ne le fais pas en suivant le rythme mais cela peut être riche d'enseignement pour la prononciation, la phonétique et au-delà.

Extrait de "La Chanson de Roland"

Merci !

Oui, j'aime déclamer les décasyllabes des chansons de geste et les octosyllabes des romans...
J'aime aussi lire ma poésie favorite à haute voix ; je le fais aussi en classe, évidemment, mais je dois faire attention en ce cas à ne pas me laisser submerger par l'émotion...

Pour moi, tout part du texte et tout y retourne. Le texte, n'est-ce un avatar du Verbe ?
C'est en ce sens que je me sens "philologue", en prenant le terme dans son sens étymologique et sans aucune vantardise.

Il faut vous soucier de versification car vous pouvez très bien avoir des questions qui y font appel.