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La dissertation littéraire au lycée

Bonjour,
Je suis khâgneux B/L et, il m'arrive d'aider des lycéens à réaliser des exercices dans les disciplines que j'étudie, et pour ce qui nous intéresse, en lettres.
Je suis assez embêté quant à la façon d'apprendre à écrire une dissertation (il me semble que le commentaire pose moins de problèmes). En effet, je crois ne pas trahir l'esprit de l'exercice en disant qu'il consiste à discuter une conception de la littérature de manière progressive/polémique/dialectique en recourant à des exemples précis avec, possiblement, des auteurs critiques. Pourtant, les lycéens que j'aide me parlent de "plans thématiques" où l'idée serait d'énumérer plus ou moins adroitement des arguments pour répondre à la question posée (c'est d'ailleurs ce qui est écrit sur ce site même).
Exemple. Une question du type "Qu'apporte la mise en scène au texte théâtral ?" peut-elle être traitée intelligemment en parlant d'abord, des apports pour le texte, puis des apports pour le spectateur etc ? Ça me semble peu stimulant intellectuellement, même si c'est sans doute acceptable au niveau bac. Je leur ai proposé d'autres pistes de problématisation, plus originales (peut être inutilement compliquées ?) mais peut être que je m'éloigne de ce qui est attendu de leur professeur...
Ma question est donc de savoir si une dissertation type ENS sur des sujets qui n'invitent pas à ce type de développement - les questions ouvertes, par exemple - seraient considérée comme inadaptée voire hors sujet ?

La dissertation littéraire au lycée

Ma question est donc de savoir si une dissertation type ENS sur des sujets qui n'invitent pas à ce type de développement - les questions ouvertes, par exemple - seraient considérée comme inadaptée voire hors sujet ?

Le plan d'une  dissertation, type ENS ou autre, dépend avant tout du type de sujet posé.
- On adopte le plus souvent le plan dialectique, en trois parties, car le plus souvent, le libellé du sujet invite à examiner un jugement et à en discuter =>
Pensez-vous que.., Dans quelle mesure peut-on dire que?.... Quel est votre avis sur ce point de vue ?... etc. Il s'agit donc de confronter des thèses, de discuter, de présenter un raisonnement cohérent, de donner une position personnelle...
-D'autres libellés n'invitent pas forcément à la discussion, mais à la présentation d'arguments susceptibles d'illustrer une opinion présentée quasiment comme irréfutable : En quoi peut-on affirmer que...?  Montrez que.... Certaines questions : Qu'est-ce pour vous qu'un bon héros de roman ?
C''est alors que l'on parle de plan thématique, travail qui s'apparente plutôt à un exposé.
Adopter un tel plan n'exclut pas cependant une certaine attitude critique tout au cours du développement. il ne s'agit pas de dire amen à tout.
-On peut aussi avoir à examiner une notion. Le sujet peut consister en un mot : Le sauvage...Les dieux dans l'oeuvre au programme (c'est tout de même assez rare au niveau de l'EAF)   
On parle alors de plan analytique. il s'agit d'examiner la notion, ses manifestations, de proposer un avis personnel.
Quel que soit le sujet, une synthèse personnelle est toujours appréciée.

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La dissertation littéraire au lycée

Loin de moi l'idée de prétendre connaître les attendus d'une dissertation type ENS en bonne et due forme...
Mais selon mon expérience de la dissertation, il me semble important, quel que soit le type de plan, de garder un développement qui va crescendo, du plus simple/concret, au plus complexe/abstrait. Puisque les différentes parties ici ne rentrent pas forcément en contradiction, en vertu du fait que l'on ait affaire à un plan thématique et non dialectique, il s'agit donc d'organiser les idées entre elles selon leur force. Grosso modo, il faudrait mettre nos idées les plus fortes, donc nos meilleurs arguments, à la fin du devoir : en 3e partie, si on en a trois, ou en 2e partie si on en a deux.

Pour ce sujet-ci, on pourrait à mon sens ajouter une 3e partie (ou en tout cas l'intégrer), qui ferait plus ou moins office de 'dépassement', dans laquelle on développerait que mettre en scène un texte théâtrale, c'est le faire vivre, ou revivre, ainsi les deux forces crées par le verbe (l'écrit et l'oral) seront donc convoquées. Mettre en scène, c'est faire revivre un univers ancestral, quelque part déchu ou qui n'est plus. On peut prendre l'exemple du théâtre antique (grec et romain), dont l'oralité a une très forte portée. Dans la rhétorique antique, celui qui a la parole, c'est celui qui a le pouvoir, puisqu'en s'exprimant, il marque sa présence au monde. Donc, retranscrire une pièce écrite dans une mise en scène, c'est la faire incarner par des comédiens le temps d'une représentation.
Je pense également à du théâtre océanien. En Polynésie, on parle souvent de littérature orale, en raison du fait que la culture polynésienne est une culture de l'oralité. Un certain Jean-Marc Pambrun, dans une pièce peu connue qui s'appelle La Nuit des bouches bleues, a voulu retranscrire cette oralité polynésienne ancestrale et immémoriale dans une pièce de théâtre. Le choix du genre théâtral est ici très significatif, car c'est le genre qui est le plus à même de témoigner d'une oralité perdue. Plus profondément, à travers le prisme de sa pièce et donc de sa mise en scène, c'est toute la culture polynésienne qui s'offre au spectateur.

Ma fois, peut-être que j'extrapole un peu, après tout...

Bref, dans une dissertation, il faut que quand on lit la 3e partie, l'on fasse woooow, pour le dire vulgairement.
Même chose pour les commentaires de texte (ou stylistiques), il sera bien vu de finir par les points les plus subtils et fins en 3e partie. Exemple : finir sur un développent du thème de la mort est plutôt bien vu d'après mes expériences de commentaires stylistiques. Plusieurs de mes profs de littérature ont déjà souligné l'importance, plutôt tacite, d'aller en gradation. De l'idée la moins forte à la plus forte. Mais là je me répète...

Par ailleurs et je terminerai là dessus, j'ai bien peur que le grand I " des apports pour le texte" n'englobe toute la dissertation dont le sujet est "qu'apporte la mise en scène au texte théâtral" Mais attendons d'autres avis...

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La dissertation littéraire au lycée

Merci à vous deux.
Bon, c'est plutôt dans le sens de ce que je pensais, même si je ne le formulais pas comme ça. Personnellement, j'aime bien réfléchir en termes de contradictions successives, donc de manière plutôt dialectique (à outrance peut-être ?).
Bref, je vois ce que vous voulez dire. Personnellement je leur ai suggéré de parler en III) de théâtres non occidentaux et en général de théâtres non aristotéliciens (en suivant les analyses de Florence Dupont dans Aristote ou le vampire du théâtre occidental), pour montrer que l'apport de la mise en scène peut être de nous faire nous interroger sur le texte théâtral, censé être préalable à la mise en scène (même dans le théâtre du corps selon F. Dupont), sur la relation problématique et sur les apports réciproques qu'entretiennent texte et mise en scène (dans les comédies romaines, ou même comme dans un ballet-pièce vampirisé comme le Bourgeois gentilhomme, dans les festivals de théâtre etc).
Mais plusieurs dépassements sont possibles je pense, tant qu'on fait "waow" un minimum (même si je pense qu'au lycée, des dépassements tièdes sont tolérés, enfin d'après mes souvenirs, ce qui me faisait office de III au lycée était rarement ahurissant de finesse, et pourtant les notes suivaient)

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https://www.etudes-litteraires.com/foru … te-p6.html
Message 55

Le théâtre ou la parole incarnée.

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Mais plusieurs dépassements sont possibles je pense, tant qu'on fait "waow" un minimum

Oui exactement !
Une autre façon peut-être de dépasser le sujet serait de parler des pièces de M. Bertolt Brecht qui véhiculent des idéaux fortement politiques dans un théâtre qui se revendique non aristotélicien. Pendant le régime nazi, Brecht avait l'interdiction formelle de faire jouer ses pièces de peur qu'il ne convertisse des gens. La mise en scène d'une pièce dans un théâtre (lieu très fréquenté) serait plus efficace en terme de diffusions d'idées, voire de propagandes. Somme toute, cela serait plus rapide et plus susceptible de toucher du monde de diffuser des messages via une pièce jouée, que via un 'simple' texte écrit.
On peut aussi jouer du côté des théories brechtiennes au sujet du théâtre épique.
Plus qu'une pièce à voir passivement, le théâtre épique permettrait au spectateur de sortir de sa position passive de 'regardeur' (spectateur, du lat. "specto, as, are, avi, atum = regarder"), et l'invite à réfléchir par lui-même, à agir sur leur propre pensée, tout ça grâce à une représentation théâtrale.