1 (Modifié par Jehan 05/05/2019 à 21:15)

Musset, Lorenzaccio, acte IV, scène 4

Bonjour !   Je dois faire un commentaire de cet extrait de Lorenzaccio :



LE CARDINAL — Vous êtes la maîtresse d'Alexandre, songez à cela ; et votre secret est entre mes mains.

LA MARQUISE — Faites-en ce qu'il vous plaira ; nous verrons l'usage qu'un confesseur sait faire de sa conscience.

LE CARDINAL — Vous vous trompez ; Ce n'est pas par votre confession que je l'ai appris. Je l'ai vu de mes propres yeux, je vous ai vue embrasser le duc. Vous me l'auriez avoué au confessionnal que je pourrais encore en parler sans péché, puisque je l'ai vu hors du confessionnal.

LA MARQUISE — Eh bien, après ?

LE CARDINAL — Pourquoi le duc vous quittait-il d'un pas si nonchalant, et en soupirant comme un écolier quand la cloche sonne ? Vous l'avez rassasié de votre patriotisme, qui, comme une fade boisson, se mêle à tous les mets de votre table. Quels livres avez-vous lus, et quelle sotte duègne était donc votre gouvernante, pour que vous ne sachiez pas que la maîtresse d'un roi parle ordinairement d'autre chose que de patriotisme ?
LA MARQUISE — J'avoue que l'on ne m'a jamais appris bien nettement de quoi devait parler la maîtresse d'un roi ; j'ai négligé de m'instruire sur ce point, comme aussi, peut-être, de manger du riz pour m'engraisser, à la mode turque.

LE CARDINAL — Il ne faut pas une grande science pour garder un amant un peu plus de trois jours.

LA MARQUISE — Qu'un prêtre eût appris cette science à une femme, cela eût été fort simple. Que ne m'avez-vous conseillée ?

LE CARDINAL — Voulez-vous que je vous conseille ? Prenez votre manteau, et allez vous glisser dans l'alcôve du duc. S'il s'attend à des phrases en vous voyant, prouvez-lui que vous savez n'en pas faire à toutes les heures ; soyez pareille à une somnambule, et faites en sorte que s'il s'endort sur ce cœur républicain, ce ne soit pas d'ennui. Etes-vous vierge ? n'y a-t-il plus de vin de Chypre ? n'avez-vous pas au fond de la mémoire quelque joyeuse chanson ? n'avez-vous pas lu l'Arétin ?

LA MARQUISE — O Ciel ! j'ai entendu murmurer des mots comme ceux-là à de hideuses vieilles qui grelottent sur le Marché-Neuf. Si vous n'êtes pas un prêtre, êtes-vous un homme ? Etes-vous sûr que le ciel est vide, pour faire ainsi rougir votre pourpre elle-même ?
LE CARDINAL — Il n'y a rien de si vertueux que l'oreille d'une femme dépravée. Feignez ou non de me comprendre, mais souvenez-vous que mon frère est votre mari.

LA MARQUISE — Quel intérêt vous avez à me torturer ainsi, voilà ce que je ne puis comprendre que vaguement. Vous me faites horreur — que voulez-vous de moi ?

LE CARDINAL — Il y a des secrets qu'une femme ne doit pas savoir, mais qu'elle peut faire prospérer en en sachant les éléments.

LA MARQUISE — Quel fil mystérieux de vos sombres pensées voudriez-vous me faire tenir ? si vos désirs sont aussi effrayants que vos menaces, parlez ; montrez-moi du moins le cheveu qui suspend l'épée sur ma tête.

LE CARDINAL — Je ne puis parler qu'en termes couverts, par la raison que je ne suis pas sûr de vous. Qu'il vous suffise de savoir que si vous eussiez été une autre femme, vous seriez une reine à l'heure qu'il est. Puisque vous m'appelez l'ombre de César, vous auriez vu qu'elle est assez grande pour intercepter le soleil de Florence. Savez-vous où peut conduire un sourire féminin ? savez-vous où vont les fortunes dont les racines poussent dans les alcôves ? Alexandre est fils de pape, apprenez-le ; et quand le pape était à Bologne… Mais je me laisse entraîner trop loin.

LA MARQUISE — Prenez garde de vous confesser à votre tour. Si vous êtes frère de mon mari, je suis maîtresse d'Alexandre.

LE CARDINAL — Vous l'avez été, marquise, et bien d'autres aussi.

LA MARQUISE — Je l'ai été — oui, Dieu merci, je l'ai été.

LE CARDINAL — J'étals sûr que vous commenceriez par vos rêves ; il faudra cependant que vous en veniez quelque jour aux miens. Ecoutez-moi, nous nous querellons assez mal à propos ; mais, en vérité, vous prenez tout au sérieux. Réconciliez-vous avec Alexandre, et puisque je vous ai blessée tout à l'heure en vous disant comment, je n'ai que faire de le répéter. Laissez-vous conduire ; dans un an, dans deux ans, vous me remercierez. J'ai travaillé longtemps pour être ce que je suis, et je sais où l'on peut aller. Si j'étais sûr de vous, je vous dirais des choses que Dieu lui-même ne saura jamais.

LA MARQUISE — N'espérez rien, et soyez assuré de mon mépris. (Elle veut sortir.)

LE CARDINAL — Un instant ! Pas si vite ! N'entendez-vous pas le bruit d'un cheval ? Mon frère ne doit-il pas revenir aujourd'hui ou demain ? Me connaissez-vous pour un homme qui a deux paroles ? Allez au palais ce soir, ou vous êtes perdue.

LA MARQUISE — Mais enfin, que vous soyez ambitieux, que tous les moyens vous soient bons, je le conçois ; mais parlerez-vous plus clairement ? Voyons, Malaspina, je ne veux pas désespérer tout à fait de ma perversion. Si vous pouvez me convaincre, faites-le — parlez-moi franchement. Quel est votre but ?

LE CARDINAL — Vous ne désespérez pas de vous laisser convaincre, n'est-il pas vrai ? Me prenez-vous pour un enfant, et croyez-vous qu'il suffise de me frotter les lèvres de miel pour me les desserrer ? Agissez d'abord, je parlerai après. Le jour où, comme femme, vous aurez pris l'empire nécessaire, non pas sur l'esprit d'Alexandre duc de Florence, mais sur le cœur d'Alexandre votre amant, je vous apprendrai le reste, et vous saurez ce que j'attends.

LA MARQUISE — Ainsi donc, quand j'aurai lu l'Arétin pour me donner une première expérience, j'aurai à lire, pour en acquérir une seconde, le livre secret de vos pensées ? Voulez-vous que je vous dise, moi, ce que vous n'osez pas me dire ? vous servez le pape, jusqu'à ce que l'empereur trouve que vous êtes meilleur valet que le pape lui-même. Vous espérez qu'un jour César vous devra bien réellement, bien complètement, l'esclavage de l'Italie, et ce jour-là — oh ! ce jour-là, n'est-il pas vrai, celui qui est le roi de la moitié du monde pourrait bien vous donner en récompense le chétif héritage des cieux. Pour gouverner Florence en gouvernant le duc, vous vous feriez femme tout à l'heure, si vous pouviez. Quand la pauvre Ricciarda Cibo aura fait taire deux ou trois coups d'État à Alexandre, on aura bientôt ajouté que Ricciarda Cibo mène le duc, mais qu'elle est menée par son beau-frère ; et, comme vous dites, qui sait jusqu'où les larmes des peuples, devenues un océan, pourraient lancer votre barque ? Est-ce à peu près cela ? Mon imagination ne peut aller aussi loin que la vôtre, sans doute ; mais je crois que c'est à peu près cela.

LE CARDINAL — Allez ce soir chez le duc, ou vous êtes perdue.





J'ai rédigé la problématique et formé le plan.


Problématique : En quoi cette scène de conflit interroge-t-elle le pouvoir ?


Plan :  I .Une scène de conflit
                 A. Une discussion animée
                 B. Chantage de la part du cardinal
                 C. La défense de la marquise

          II. Deux projets différents / deux  enjeux différents
                 A. L’amour de la patrie
                 B. Ambitions politiques personnelles
                 C. La similarité des moyens utilisés

          III.Une scène de drame romantique
                 A. Réflexions sur le pouvoir
                 B. Critique de l’Eglise (l'anticléricalisme de Musset)
                 C. Drame moderne : réflexion sur la société contemporaine à l’auteur

Pouvez-vous me donner votre avis, et proposer des modifications ? Quant aux figures de styles pour le développement, je n'en ai pas beaucoup trouvé...


Merci d'avance !!!  

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Musset, Lorenzaccio, acte IV, scène 4

Quelques figures de style :
Le champ lexical de la faute, de la confession
La couleur rouge comme symbole
L'utilisation de la tournure interrogative, de l'interro-négation
L'abondance des tournures de conseils ( impératif, subjonctif ...)
Les images :"soupirant comme un écolier", "Vous l'avez rassasié de votre patriotisme",comme une fade boisson ", "soyez pareille à une somnambule", " le cheveu qui suspend l'épée sur ma tête", "les fortunes dont les racines poussent dans les alcôves "  .../...

3 (Modifié par LeOpoldiNe 01/07/2019 à 15:42)

Musset, Lorenzaccio, acte IV, scène 4

Bonjour, merci beaucoup cependant j'ignore comment les analyser plus profondément si ce n'est dire que le pouvoir se trouve, par ces métaphores, dévalorisé... J'ai également l'impression que ce sont toujours les mêmes figures de styles qui reviennent (métaphores filées, comparaisons etc.)... Pourriez-vous m'aider à aller plus loin ? Aussi, pensez-vous que la scène puisse être coupée pour l'oral de bac ?

S'il vous plaît c'est urgent !
Merci