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Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l'une vers Dieu...

Bonjour, j'ai besoin d'aide pour une dissertation a rendre pour la rentrée. En voici le sujet :

“Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l'une vers Dieu, l'autre vers Satan. L'invocation à Dieu, ou spiritualité, est un désir de monter en grade ; celle de Satan, ou animalité, est une joie de descendre.” écrit Baudelaire dans Mon cœur mis a nu. En quoi cette affirmation de Baudelaire éclaire-t-elle votre lecture de la section Spleen et Idéal des Fleurs du Mal ?

J'ai commencé a élaborer un plan et j'ai besoin d'avis dessus car je doute qu'il réponde vraiment a la problématique énoncée au dessus.

I) Cette affirmation nous porte vers une lecture antithétique de la section. De cette manière elle met en opposition les termes de Spleen d’Idéal.
II) Or, même si cette affirmation démontre qu'il existe une opposition constante entre le Spleen et l’Idéal, elle prouve qu'il existe néanmoins une forme de tension entre ces deux aspirations spirituelles.
III) Toutefois, cette affirmation est réductrice des multiples lectures possibles a l'égard de cette section. Elle ne rend effectivement pas compte du travail poétique effectué par Baudelaire.


Merci d'avance pour votre aide

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Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l'une vers Dieu...

Bonsoir,

Avant de critiquer ton plan où 1 et 2 sont similaires, il faudrait revenir au sujet.
Tu ne sembles pas avoir noté un mot important, celui de "simultanées".
En effet, si tu relèves justement la tension entre spleen et idéal, peux-tu affirmer que ce sont des équivalents d'animalité et de spiritualité ?
De plus la plupart des poèmes de cette section illustrent plutôt le spleen et montrent rarement cette double postulation.
Enfin la religion de Baudelaire est loin d'être orthodoxe : il accuse Dieu et épouse la révolte luciférienne...

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Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l'une vers Dieu...

Charles BAUDELAIRE
1821 - 1867

Élévation

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par delà le soleil, par delà les ésthers,
Par delà les confins des sphères étoilées,

Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,
Tu sillonnes gayement l'immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;
Va te purifier dans l'air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse
S'élancer vers les champs lumineux et sereins ;

Celui dont les pensers, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
- Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes !

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Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l'une vers Dieu...

Pour revenir à ce sujet, il faudrait déjà définir une problématique.
L'énoncé t'invite à réfléchir sur la pertinence d'une grille de lecture de la section Spleen et Idéal.
Mais quelle grille ?
Essaie de la préciser.
Tu pourras ensuite la discuter.
En effet tu as déjà perçu qu'elle "ne rend effectivement pas compte du travail poétique effectué par Baudelaire".

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Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l'une vers Dieu...

Conflit entre l'angoisse existentielle et l'aspiration vers l'idéal. Le poète peut-il sortir de cette lutte entre les contraires ?

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Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l'une vers Dieu...

Je ne crois pas que dans l'affirmation : “Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l'une vers Dieu, l'autre vers Satan. L'invocation à Dieu, ou spiritualité, est un désir de monter en grade ; celle de Satan, ou animalité, est une joie de descendre” on puisse lire immédiatement le "conflit entre l'angoisse existentielle et l'aspiration vers l'idéal".

Il y a d'autres connotations à rechercher dans les mots que j'ai mis en gras. En particulier il faut rendre compte de "joie" qui ne conviendrait pas à l'angoisse existentielle.

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Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l'une vers Dieu...

J'y vois cependant la tragédie de l'homme double, le conflit entre le ciel et l'enfer. Désirs d'élévation et penchants pour l'avilissement.
(La "joie de descendre" pourrait être la facilité et les fausses joies des paradis artificiels)

« Tout enfant, j’ai senti dans mon coeur deux sentiments contradictoires, l’horreur de la vie et l’extase de la vie. »

8 (Modifié par Jean-Luc 22/04/2019 à 14:51)

Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l'une vers Dieu...

Nous sommes ici en train de plaquer notre propre compréhension de la tentative poétique et humaine baudelairienne.
Dans un premier temps, si nous examinons sans a priori la citation de "Mon cœur mis à nu", nous découvrons des oppositions religieuse entre Dieu et Satan, et morale entre spiritualité et animalité avec la joie de la débauche. Cette affirmation reprend sans doute sous une forme moins marquée la réflexion de Paul : "Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas." Épître aux Romains 7:19 Louis Segond
En effet les rapports de Baudelaire avec le catholicisme et le péché sont conflictuels. Ils se manifestent tout de suite dans les Fleurs du mal sous la forme de la relation du poète avec l'image ambivalente de la femme, muse vénale et madone.
Voilà le point de départ, mais la médiation amoureuse vers le paradis perdu ayant échoué, le poète a emprunté d'autres voies, passant de la religion à la révolte romantique et au mysticisme néoplatonicien, et de la morale à la culture du dandy et à l'esthétique symboliste...