1

Prévost, Manon Lescaut - La conception de la morale

Bonjour, je suis étudiante en 2ème année de Lettres Modernes  et notre enseignante nous a donné un sujet de dissert sur le roman Manon Lescaut de l'Abbé Prevost(3 parties 3 sous parties).
Ce sujet se présente sous la forme d'une citation issue du journal de la Cour et de Paris qui commente la censure de l'œuvre:

"Outre que l'on y fait jouer a des gens en place des rôles peu dignes d'eux, le vice et le débordement y sont peints avec des traits qui n'en donnent pas assez d'horreur".

Comme problématique j'avais pensé "En quoi l'œuvre Manon Lescaut est elle révélatrice des travers de la société du XVIII ème siècle"
C'est peut être un défaut de problématique mais je galère à formuler un plan cohérent: pour la 1ere partie j'avais pensé à axer sur l'hypocrisie ambiante et la contradiction entre la position sociales des personnages et leurs actes.

Mais pour la deuxième et 3ème partie je nage en plein brouillard.
C'est pourquoi j'en viens à quémander votre aide précieuse pour des pistes de réflexion sur ce plan. N'hésitez pas également à me dire si ma problématique est bancale et si je devrais la remplacer.  J'avoue que j'ai encore beaucoup de peine à cerner les sujets qui relèvent de l'implicite

2

Prévost, Manon Lescaut - La conception de la morale

Une étude intéressante; notamment les chapitres sur l'intérêt littéraire, l'intérêt documentaire et la réception de l'oeuvre
www.comptoirlitteraire.com/docs/503--manon-lescaut-.doc






1733 seulement, devenu simplement “Manon Lescaut”, le roman pénétra enfin en France, évidemment sans avoir obtenu de permission. Le ton de la critique fut immédiatement donné par le “Journal de la Cour et de la Ville”, à la date du 21 juin : «Il paraît depuis quelques jours un nouveau volume des “Mémoires d'un homme de qualité” contenant l'”Histoire de Manon Lescaut”. Ce livre est écrit avec tant d'art, et d'une façon si intéressante, que l'on voit les honnêtes gens même s'attendrir en faveur d'un escroc et d'une catin. Le même auteur, qui est un bénédictin réfugié en Hollande, fait un petit ouvrage intitulé “Le pour et le contre”, dont la première brochure se débite actuellement.» Le 28 juillet, Voltaire chargea Thiériot, qui était en Angleterre, d'un message pour «le tendre et passionné auteur de “Manon Lescaut”». Curieusement, le “Journal de la Cour et de la Ville” du 3 octobre sembla lui retourner le compliment en disant de Prévost qu'«il est en prose ce que Voltaire est en vers». Voltaire apprécia que Prévost sût faire du «langage des passions sa langue naturelle». Mais, le 1er décembre 1733, Mathieu Marais, parlant de Prévost, écrivit à son ami, l'abbé Leblanc : «Cet ex-bénédictin est un fou qui vient de faire un livre abominable qu'on appelle “L’Histoire de Manon Lescaut”, et cette héroÏne est une coureuse sortie de l'hôpital et envoyée au Mississippi à la chaîne. Ce livre s'est vendu à Paris, et on y courait comme au feu, dans lequel on aurait dû brûler le livre et l'auteur, qui a pourtant du style.»
Le livre faisant scandale, la censure s'émut, le fit saisir sous l’accusation de jansénisme, et le condamna au feu. Le «Journal de la Cour et de la Ville», tournant avec le vent, commenta :  «Voilà de quoi faire un petit supplément à “L’histoire de Manon Lescaut”. Ce petit livre, qui commençait à avoir une grande vogue, vient d'être défendu. Outre que l'on y fait jouer à des gens en place un rôle peu digne d'eux, le vice et le débordement y sont peints avec des traits qui n'en donnent pas assez d'horreur.» On a signalé la note de Montesquieu dans son journal au sujet du roman, le 6 avril 1734. Sans doute avait-il connu le jugement du “Journal de la Cour et de la Ville”, et y répondit-il.

3

Prévost, Manon Lescaut - La conception de la morale

Bonjour,

Je ne pense pas que cette problématique soit recevable.
Le sujet devance les procès qui seront menés contre la Madame Bovary de Flaubert et Les Fleurs du mal de Baudelaire.
L'écrivain a-t-il le droit de peindre les vices ?
La première partie qui porterait sur la nécessaire exemplarité des puissants et sur leur corruption effective est bienvenue. On est là dans la tradition moliéresque de Tartuffe et Dom Juan ou celle de Gil Blas de Santillane de Lesage, qui produira plus tard Les Liaisons dangereuses de Laclos.
Ce qui est reproché à Prévost, c'est sa supposée complaisance à l'égard des vices, de l'immoralité. C'est aussi la non-conformité avec son statut d'ecclésiastique.
Bien entendu, un tel jugement ne tient pas compte du personnage de Tiberge et de la conversion finale de Manon. De même l'époque ne peut comprendre la force de la passion dont les moralistes du Grand Siècle ont dénoncé sans cesse le péril mortel pour l'âme. De même pour les aspects larmoyants qui annoncent la prééminence de la sensibilité sur la raison...