21 (Modifié par Ascagne 20/03/2019 à 00:32)

Réforme du recrutement des enseignants

La pré-professionnalisation à outrance dans le monde de l'enseignement (à partir du secondaire), imposée comme la voie normale à suivre, cela ne me convient pas du tout. Elle entre dans le cadre d'une transformation de la conception du cursus de licence qui ne va pas dans le sens d'une amélioration de la dignité de ce diplôme : la place des savoirs académiques s'est restreinte, en l'espace d'une décennie, notamment avec l'apparition des UE de projet professionnel... dont seules les prépas ont été préservées.
Ajoutez à cela les problèmes budgétaires des universités, et vous obtenez une situation où l'ancien principe des licences "générales", qui permettaient d'avoir des bases solides dans les disciplines concernées tout en ouvrant ses horizons intellectuels, semble de plus en plus relever du passé.
Or ce n'est pas la même chose d'enseigner une matière lorsqu'on l'a étudiée profondément à l'université et lorsqu'on l'a picorée ici ou là entre des UE de projet professionnel et des heures passées à faire cours très tôt. Certes, on peut très bien considérer qu'il faut un parcours "prof de français" dès la L1 pour recruter pour le collège et le lycée, mais c'est considérer de façon bien étroite et trop immédiatement utilitariste le problème du recrutement... en oubliant tous les apports permis par la vision universitaire classique, à moins de hausser les épaules face à l'idée qu'il faille plus d'intellectuels, ou préserver le fait que la France a été "le pays de la littérature".

22 (Modifié par Laoshi 20/03/2019 à 10:42)

Réforme du recrutement des enseignants

Or ce n'est pas la même chose d'enseigner une matière lorsqu'on l'a étudiée profondément...et lorsqu'on l'a picorée ici ou là ...

Entièrement d'accord avec toi.
Des enseignants d'un haut niveau pour enseigner au moindre !

Réforme du recrutement des enseignants

Des enseignants d'un haut niveau pour enseigner à des élèves de haut niveau, ça colle en effet.

Réforme du recrutement des enseignants

Non.

Réforme du recrutement des enseignants

Ascagne a écrit :

La pré-professionnalisation à outrance dans le monde de l'enseignement (à partir du secondaire), imposée comme la voie normale à suivre, cela ne me convient pas du tout. Elle entre dans le cadre d'une transformation de la conception du cursus de licence qui ne va pas dans le sens d'une amélioration de la dignité de ce diplôme : la place des savoirs académiques s'est restreinte, en l'espace d'une décennie, notamment avec l'apparition des UE de projet professionnel... dont seules les prépas ont été préservées.

Le diplôme est le bout, non le but des études (pseudo-Montaigne).
Ce qui importe, c'est de recruter des enseignants qui sachent exactement ce que le service public attend d'eux et qui soient conscients des réalités des classes.


Ascagne a écrit :

Ajoutez à cela les problèmes budgétaires des universités, et vous obtenez une situation où l'ancien principe des licences "générales", qui permettaient d'avoir des bases solides dans les disciplines concernées tout en ouvrant ses horizons intellectuels, semble de plus en plus relever du passé.

La licence n'a jamais donné des bases très solides. De mon temps, avec le système des valeurs liées, des valeurs libres et des options, la licence pouvait se composer d'un patchwork qui n'avait rien de général ni d'équilibré. Ainsi, j'ai personnellement réussi à n'avoir à subir aucun cours sur le XVIIIème quand j'étais en fac.

Ascagne a écrit :

Or ce n'est pas la même chose d'enseigner une matière lorsqu'on l'a étudiée profondément à l'université et lorsqu'on l'a picorée ici ou là entre des UE de projet professionnel et des heures passées à faire cours très tôt. Certes, on peut très bien considérer qu'il faut un parcours "prof de français" dès la L1 pour recruter pour le collège et le lycée, mais c'est considérer de façon bien étroite et trop immédiatement utilitariste le problème du recrutement... en oubliant tous les apports permis par la vision universitaire classique, à moins de hausser les épaules face à l'idée qu'il faille plus d'intellectuels, ou préserver le fait que la France a été "le pays de la littérature".

Les élites se préserveront toujours, et c'est tant mieux parce qu'il en faut. En revanche, on n'est pas prof parce qu'on est cette élite, ou alors dans le supérieur (où il faudrait malgré tout, non des pédagogues farcis de théories, mais des professeurs capables de communiquer un peu plus avec leurs étudiants de 1ère année).
Prof dans le secondaire, c'est un métier qui nécessite expérience et formation spécifique. C'est tellement évident que cela m'apparaît comme une lapalissade.

26 (Modifié par Laoshi 20/03/2019 à 16:43)

Réforme du recrutement des enseignants

En revanche, on n'est pas prof parce qu'on est cette élite, ou alors dans le supérieur

Non.

Prof dans le secondaire, c'est un métier qui nécessite expérience et formation spécifique

...et connaissances de haut niveau, formation pluridisciplinaire acquise dans les classes préparatoires ne nuisent pas, bien au contraire. Je persiste et je signe.
Euh...j'ai oublié de signer.
Professeur agrégé de lettres classiques qui a enseigné de la sixième à la terminale, et s'est davantage plu au collège, y compris dans des collèges de ZEP en quatrième et en troisième.

27 (Modifié par Ascagne 20/03/2019 à 17:02)

Réforme du recrutement des enseignants

Tout dépend de la définition de ce que le service public attend des enseignants. Rien n'empêche de déterminer que l'on puisse se contenter de professeurs ne sachant que le strict minimum en grammaire française et en littérature, c'est-à-dire quelque chose d'à peine un cran au-dessus du niveau lycée. Je ne suis pas certain que ce soit un gage de la qualité de l'éducation nationale française. Au-delà, les études et l'enseignement universitaire, c'est aussi fait (dans un domaine comme celui des lettres) pour entretenir la vie intellectuelle et la culture, ce qui n'est pas sans effet sur le niveau global du pays. On peut certes décider de s'en passer et de réserver cela à une élite restreinte, au sens propre, mais là encore, je doute que ce soit une bonne idée - on l'aura bien compris.

Yvain a écrit :

Prof dans le secondaire, c'est un métier qui nécessite expérience et formation spécifique. C'est tellement évident que cela m'apparaît comme une lapalissade.

Je ne dis pas le contraire, surtout que je n'ai pas été formé particulièrement pour le secondaire, étant agrégé et doctorant non passé par le Master MEEF et l'ESPE. C'est un autre problème, lié au déficit de postes dans le supérieur, aux spécificités du système français, et au fait que dans l'EN, on est avant tout un pion envoyé pour qu'il y ait un enseignant devant les élèves, qu'on ait été formé ou non à être devant des élèves. Je précise bien que je ne considère pas du tout que l'aspect disciplinaire soit suffisant ou remplace la formation pédagogique et didactique !
En revanche, ce qui m'inquiète, c'est la mécanique qui risque de diminuer progressivement de plus en plus les exigences en termes de savoirs disciplinaires pour aller enseigner. Les rapports de jury du CAPES depuis plusieurs années sont assez clairs sur ce point, en ce qui concerne les lettres.

L'autre point qui me trouble, c'est la probabilité de mise en place un parcours uniquement pensé dans la visée de produire de "l'enseignant-de-français", dans une conception très utilitariste du métier, ce qui suffit à restreindre certains horizons que proposent la vision universitaire traditionnelle (corrigée, parce que ne pas du tout considérer les suites professionnelles n'est pas non plus très recommandable) et la prépa littéraire, par exemple. En bref, la formation culturelle, la formation intellectuelle, la part de recherche et de formation à la recherche, aussi ténue soit-elle, tant qu'elle reste un constituant (et pas un à-côté ou un simple ornement dispensable) du cursus.

28 (Modifié par Laoshi 20/03/2019 à 18:08)

Réforme du recrutement des enseignants

Toujours entièrement d’accord avec toi.
Du savoir-faire oui, mais sans le savoir... ?

J’oubliais. Comment ai-je pu ne pas réagir devant cette énormité !!!

Les élites se préserveront toujours, et c'est tant mieux parce qu'il en faut. En revanche, on n'est pas prof parce qu'on est cette élite,

Chacun à sa place et les moutons seront bien gardés ?
Être professeur, c’est enseigner à chacun à rester à sa place, enseigner qu’il existe une élite qui se reproduit et à laquelle il n’est pas question d’appartenir un jour si l’on en est pas issu ?
J’ai bien lu, là, j’ai bien compris ?

29 (Modifié par Yvain 20/03/2019 à 21:31)

Réforme du recrutement des enseignants

Est-ce que j'ai dit qu'il fallait que le professeur fût ignorant ???

C'est du n'importe quoi.

Trois questions simples :

a) Faut-il que le futur enseignant ait à cœur d'instruire et de former l'ensemble des élèves, comme son statut d'agent du service public le lui demande ? Et ne me réponds pas en disant que tu as enseigné à tous les niveaux, que tu es agrégée, etc... comme si je sortais de la dernière pluie.

b) Faut-il ou non que ledit futur enseignant soit formé pour cette tâche et accède enfin à un diplôme professionnalisant ?

c) Faut-il ou non que le susdit ait une idée de la réalité des classes autrement que par quelques stages d'observation l'année où il prépare le CAPES ?

On ne fait que copier, mais chez nous ça ne marchera pas :

http://pedagopsy.eu/formation_enseignan … obert.html

Réforme du recrutement des enseignants

Est-ce que j'ai dit qu'il fallait que le professeur fût ignorant ???

Non bien sûr.
Tu ne l’as pas dit de cette façon, je le reconnais bien volontiers, mais tu as laissé entendre (si j’ai bien compris du moins...) que le savoir-faire était plus important que les connaissances. Sinon excuse-moi.

Bien sûr qu’il faut connaître la réalité d’une classe, encore qu’aucune classe ne se ressemble, (un des avantages de ce métier d’ailleurs), et qu’au cours de sa scolarité, on a eu l’occasion de voir ce que c’était, une classe, pas de la même façon, certes, mais quand même...

Je n’ai jamais dit, moi non plus, qu’il ne fallait pas mettre de futurs professeurs au contact des élèves, mais je me demande quel est le moment opportun, avant qu’il ait acquis les connaissances ou plus tard. Je crois qu’il vaut mieux que ce soit plus tard.