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Diderot, La Religieuse - On m’a sans doute interrogée, j’ai sans doute répondu...

Bonjour à tous,

j'aurai besoin d'aide pour la compréhension d'un extrait de La Religieuse de Diderot. En effet, cet extrait retrace la cérémonie des seconds voeux du Suzanne qu'elle finira par prononcer. Mais un détail m'échappe :

"  On m’a sans doute interrogée, j’ai sans doute répondu ; j’ai prononcé des vœux, mais je n’en ai nulle mémoire, et je me suis trouvée religieuse aussi innocemment que je fus faite chrétienne ; je n’ai pas plus compris à toute la cérémonie de ma profession qu’à celle de mon baptême, avec cette différence que l’une confère la grâce et que l’autre la suppose. "

Dans cet extrait, je ne comprends la portée de la dernière phrase : l'une confère la grâce et que l'autre la suppose".

merci d'avance

2 (Modifié par Jean-Luc 26/02/2019 à 09:56)

Diderot, La Religieuse - On m’a sans doute interrogée, j’ai sans doute répondu...

Bonjour,

Je pense que Diderot fait référence à deux sortes de grâce :
- la grâce sacramentelle : Le Concile de Trente enseigne que par les sacrements « toute véritable justice ou commence, ou, une fois commencée, s’accroît, ou, perdue, est réparée ». Dans ce texte, il s'agit de la grâce attachée au sacrement du baptême. Pour le christianisme (ici catholique) le Baptême est le sacrement qui efface le péché originel mais pas ses conséquences, fait naître à la vie surnaturelle, la vie de Dieu, et rend chrétien; c’est-à-dire enfant de Dieu et de l’Église.
- La « grâce d’état » est un secours accordé par Dieu dans l'exercice d'une fonction (état religieux, mariage, célibat, parents, profession...) pour aider le fidèle à se sanctifier dans son état de vie. Si cette conception est mal comprise (en particulier si elle est considérée comme automatique) elle peut entraîner de graves conséquences : perte du discernement des capacités humaines ou de la volonté divine.

Diderot critique ici la validité des vœux religieux qui auraient été en quelque sorte arrachés à la postulante. Rappelons quand même que pour l'Église un engagement (éventuellement sacramentel comme le mariage ou l'ordre) n'est valide que s'il est reçu en pleine liberté et connaissance car la réponse à tout amour ne peut-être que libre.