Proparoxyton et "eu" central au IIIe siècle

Bonjour,

J'ai encore une question de pure explication phonologique.
J'ai compris le déroulement : si au IIIe siècle le mot reste proparoxyton (accent sur la voyelle de la 3e syllabe en partant de la finale), alors la voyelle finale autre que "a" devient "eu" central ; sinon, si la pénultième (ou post tonique, donc juste derrière l'accent) chute, les voyelles, les finales chutes ou s'amuïssent au VIIe-VIIIe siècle.

Mais je n'arrive pas à trouver d'explication convenable à ce phénomène :
mon manuel numérique me dit, je cite, que :

les voyelles finales autres que "a" deviennent "eu" central par suite d'un accent d'écho

: j'ai souligné la formule qui reste obscure pour moi.

Bref! pourquoi les voyelles finales (autres que a) restent en devenant "eu" central dans les proparoxytons au IIIe siècle et chutent au VII-VIIIe siècle dans les mots devenus paroxytons avant le IIIe s.?

Du coup, ça fait 2 questions en une.

Proparoxyton et "eu" central au IIIe siècle

Bonnes questions ! Ni Fouché, ni Bourciez n’expliquent pourquoi la finale s’est maintenue dans les paroxytons tardifs issus des étymons asinu, comite, tepidu, etc… Bourciez signale simplement que, du fait de la syncope tardive, la voyelle finale s’est maintenue « par compensation » (?). Ce doit être ce que votre manuel appelle "accent d'écho", expression dont je n'ai jamais entendu parler. Il existe bien des phénomènes d'accentuation secondaire en latin, mais ils concernent les mots de quatre syllabes ou plus, et ne sont à prendre en compte que dans la genèse de langues romanes étrangères au "français"...
Désolé, mais pour moi, c'est une colle !

Proparoxyton et "eu" central au IIIe siècle

Bonjour jacquesvaissier,

Merci tout de même pour votre réponse!
Je crois que c'est une colle pour tout le monde car je n'ai trouvé d'explication nulle part, à part cet "accent d'écho".

Je me suis pris la tête sur ce problème tout le WE dernier mais je l'ai juste appris tel quel (sans chercher à comprendre plus) et suis passé à autre chose.

Encore merci.
Cordialement.

4 (Modifié par Viellfranceis 24/01/2019 à 20:56)

Proparoxyton et "eu" central au IIIe siècle

Syncope tardive de pénultième?
Si c'est ça ce dont vous parlez il doit s'agir des forme semi-savantes asene*,tievede* ou bien comete* pour comitem les syncopes se sont faites vers le Vème pour comete la forme semi-savante a dû se faire après la sonorisations des consonnes intervocaliques puis vers le Vème on a asne. Tievede doit être antérieur au III ème. On a tievde le v part aussitôt pour donner tiede
et comte* le m aussitôt se dentalise en n  conte .
On a aussi des formes comme ordene (ordre) , imagene (image) , cofene (coffre), timbene (timbre) qui eux ont connu des syncopes encore plus tardives voire pas.

imagene perd sa syllabe finale
ordene lui  donne ordre un rhotacisme qui se passe soit avant la chute de la syllabe car ordene devient orde avec perte de syllabe  et pas de n pour le rhotacisme  soit ordne dissimilation du n en r .
Idem pour cofene, timbene etc......
Stefanu* a les trois formes estienne syncope du e V ème (étienne) , estievre syncope plus tardive au Vi ème  et esteve perte de syllabe.

Proparoxyton et "eu" central au IIIe siècle

J'ai trouvé ! Fouché est vraiment difficile à consulter à cause de l'extrême division de ses analyses, mais il a finalement réponse à tout dans ses 1000 pages. 

Dans les mots en question, l'influence germanique a fait que la syllabe accentuée s'est renforcée, et la voyelle finale s'est trouvée affectée d'un accent secondaire appelé en allemand Nebenton (votre fameux accent d'écho, seesaw). Dans ces conditions, la postonique s'est trouvée affaiblie, mais la finale a survécu sous forme d'un e central, confondu ensuite avec le e dit "muet".

La syncope ne s'était pas faite de bonne heure à cause des groupes consonantiques complexes qu'elle aurait produit, mais elle s'est tout de même faite en préroman. C'est là une différence essentielle avec la phonétique latine.

Ce phénomène se situe, pour certains mots, entre les invasions et l'époque de la sonorisation des sourdes intervocaliques, ce qui explique, entre autres, que le t de dete (FM dette) < debita se soit maintenu.

Ce fort accent explique aussi que le a de asinu ne soit pas passé à è (cf. sal > sel, etc...).

viellfranceis, le traitement des mots demi-savants dont on a parlé est à l'opposé de ceux dont on traite ici : résistance de la post-tonique et débilité de la syllabe finale.

6 (Modifié par 28/01/2019 à 22:28)

Proparoxyton et "eu" central au IIIe siècle

Merci à vous deux.

Oui, ça rejoint bien l'expression d'"accent d'écho"

Pour clore ce sujet, je viens de lire ce qui confirme tout ce que vous avez dit en apportant une information supplémentaire concernant les proparoxytons de Introduction à l'ancien français de Nathan :

Un accent secondaire était apparu à la dernière syllabe en gallo-romain.

Proparoxyton et "eu" central au IIIe siècle

Je n'ai fait que résumer Fouché...

Pour ce qui est de cet accent secondaire, il me semble qu'il ne faut pas généraliser.

Proparoxyton et "eu" central au IIIe siècle

Oui, je préfère suivre cette prudence.