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Milieu social, confiance et études

Merci beaucoup pour vos réponses qui ont su me redonner un peu d'espoir  ! (Et oui, les fans d'Harry Potter sont partout) Je pense inscrire mes voeux et voir en fonction de mes acceptations avec/sans internat pour faire le meilleur choix possible

12 (Modifié par SauceTomate18 08/01/2019 à 13:55)

Milieu social, confiance et études

Bonjour,

On parle souvent de démocratisation scolaire mais ses effets sont assez limités. On pourrait mentionner la prépa mais aussi les études supérieures en général : les classes populaires (ouvrier.e.s et petits employé.es) ne sont pas très présentes. Plusieurs études ont été publiées sur le sujet, notamment par Bourdieu, qui montrent que l'éducation nationale perpétue cette reproduction sociale au lieu de la combattre. Elle légitime certains savoirs, comportements détenus par les classes favorisées. Tout le monde n'a pas un Racine ou un Hugo dans sa bibliothèque par exemple. C'est d'autant plus vrai avec la prépa parce qu'elle a été pensée, dès l'origine, pour et par les classes aisées. D'ailleurs, il est frappant de voir ne serait-ce que les noms d'admis ou admissibles qui sont un bon indicateur, même s'il n'est pas suffisant. C'est criant pour l'ENS Ulm où la langue ancienne est obligatoire et avec l'épreuve orale qui consiste en la traduction d'un texte sans dictionnaire. Pour autant, il ne s'agit pas de dire que c'est ainsi. Certes, l'ascension sociale est compliquée mais certain.es y arrivent.  Si tu veux vraiment faire prépa je te dirais de tenter. Je crois que les prépas ont des partenariats avec les universités et mettent en place des équivalences, donc rien ne sera perdu si jamais tu te rends compte que ça ne te plaît pas. Après, comme l'ont dit d'autres membres, les prépas parisiennes ne sont pas un passage obligé. Je pense qu'il y a de bonnes prépa en région (je ne connais pas ta région) comme à Montpellier, Strasbourg, Lyon ou encore Toulouse. Pour Paris, il faut surtout penser aux postes de dépense comme le logement et le budget alimentaire qui peuvent être assez conséquents. Je pense que pour le reste ça peut passer, notamment pour les livres. On trouve des annonces sur le Bon coin ou encore sur Vinted où sont vendus des classiques littéraires à petits prix.

En te souhaitant bonne continuation  et tiens nous au courant ! (:

Milieu social, confiance et études

Tout le monde n'a pas un Racine ou un Hugo dans sa bibliothèque par exemple.

Cet exemple au moins est ridicule.
Tout le monde maintenant va à l'école et c'est l'école qui est censée faire connaître Racine et Hugo.
Si elle ne remplit plus son rôle cela est bien regrettable.
Pour le reste, tu as raison mais le principal problème, c'est la différence entre ceux qui connaissent les filières et ceux qui ne les connaissent pas. Le fait aussi que certains professeurs ne soient plus à même de déceler certains talents.

Quant à l'origine de l'ENS, voici :

La première école normale, l’École normale dite de l’an III, est créée sur l’impulsion de Dominique Joseph Garat, de Joseph Lakanal et du Comité d'instruction publique le 30 octobre 1794 (9 brumaire an III) à Paris par la Convention. Celle-ci décrète qu’« Il sera établi à Paris une École normale, où seront appelés, de toutes les parties de la République, des citoyens déjà instruits dans les sciences utiles, pour apprendre, sous les professeurs les plus habiles dans tous les genres, l’art d’enseigner. »https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89cole_normale_sup%C3%A9rieure_(France)#De_l'%C3%89cole_normale_%C3%A0_la_rue_d'Ulm

Il est évident qu'à cette époque l'école n'était ni obligatoire, ni gratuite.

Mais depuis Jules Ferry les choses auraient dû changer.
Apparemment, dès 1899, elles  ont empiré.
Et effectivement, on assiste à une reproduction des élites, à quelques exceptions près, remarquables tout de même.
Très peu de représentants d'enfants d'ouvriers  ou d'artisans : Pasteur, fils d'un tanneur ;
Le fameux Bourdieu dont tu parles était fils d'un cultivateur journalier du Béarn, devenu facteur.
Pasteur est le fils d'un tanneur, la mère de Charles Péguy était rempailleuse de chaises ; Jean Giraudoux était boursier...

14 (Modifié par SauceTomate18 08/01/2019 à 20:03)

Milieu social, confiance et études

Ce n'est pas parce que l'école est censée faire connaître Racine ou Hugo que tout le monde en a un dans sa bibliothèque. On peut très bien l'emprunter au CDI ou à la bibliothèque municipale par exemple. De la même manière, partir du postulat que tout le monde possède une bibliothèque, au sens de classiques étudiés en cours, est faux. On peut avoir une bibliothèque constituée de livres pratiques (cuisine, loisirs etc.) ou des livres qui ne sont pas valorisés par l'école.

Evidemment il y a de l'autocensure, un sentiment d'infériorité mais le problème c'est aussi la reproduction sociale. On ne compte plus les étudiant.e.s en prépa qui ont un membre de leur famille qui a également fait prépa voire intégré une école. Il serait aussi intéressant d'étudier le métier des parents,on retrouve  beaucoup de professions intermédiaires, cadres et professions intellectuelles supérieures. C'est un modèle qui se reproduit parce que quand on est issu.e d'un milieu ouvrier, agricole on pense que les études ne sont pas pour soi, que c'est presque un autre monde. Annie Ernaux explique très bien cela dans La Place avec un père aux considérations pratiques, concrètes, ancrées dans la matérialité du quotidien et une fille attirée par les livres.

Bourdieu fait effectivement partie  de ces exceptions mais il reconnait aussi les limites d'une école fondée sur la méritocratie et critique plus largement les notions d'ascension sociale, d'égalité des chances. Le problème est systémique et on ne saurait prendre quelques exemples pour dire que tout est possible et sortir le célèbre "quand on veut on peut". Tout n'est pas qu'affaire de volonté, il  faut composer avec des mécanismes sociaux plus profonds, structurels à l'oeuvre.

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on ne saurait prendre quelques exemples pour dire que tout est possible et sortir le célèbre "quand on veut on peut".

Je n'ai jamais dit que tout était possible, et je n'aurais garde de sortir le quand on veut, on peut.
Déjà, tout le monde ne peut pas, car tout le monde n'a pas la tête disposée à entendre et à aimer les mêmes choses. Chacun a des dispositions qui lui sont propres, et heureusement. Un tel excellera en thème latin, un autre en ébénisterie.
Le drame pour moi, c'est Mozart qu'on assassine, voilà.
Le drame, c'est que, si on a envie d'accéder à cette culture de l'élite, (libre à chacun de la mépriser ou de l'exalter), on ne puisse pas le faire sous prétexte qu'on est fils ou fille d'ouvrier ou de femme de ménage.

C'est un modèle qui se reproduit parce que quand on est issu.e d'un milieu ouvrier, agricole on pense que les études ne sont pas pour soi, que c'est presque un autre monde.

Non. Ce n'est pas "on" pense. C'est une vision simpliste. Ce sont les autres qui pensent pour nous.
Annie Ernaux, (que je ne supporte pas, car elle a honte de sa famille) ne le pensait pas.
Je ne l'ai pas pensé non plus, quoique venant d'un milieu bien plus modeste que le sien.
Si on aime apprendre, si on a la tête faite pour ça, on apprendra.
Mais bien sûr, on sera freiné par tout un tas de contingences, par la méconnaissances de certaines façons d'être, de conventions aussi stupides que savoir comment s'habiller pour se présenter au concours de l'ENS ou de l'agrégation. On sera défavorisé surtout sur le plan de l'habileté langagière, acquise par les petits bourgeois dès le berceau.
C'est pourquoi, entre parenthèses, entraîner à l'oral dès le plus jeune âge me semble une mesure des plus égalitaires.
En tout cas, pour en revenir à notre sujet, anaïs-lestrange peut demander à aller en classe préparatoire, mais pas par fantaisie, ou pour voir ce que que c'est, mais si elle aime étudier, si elle en a le niveau (mais cela, ce n'est pas nous qui le lui dirons), et si elle se sent capable de travailler de façon assidue, et poursuit un but.
Être fille d'ouvrier n'est pas un obstacle. Les enfants d'un milieu plus aisé ne sont pas forcément des crétins dédaigneux, ou d'un autre monde.
Ce qui peut être un obstacle par contre, c'est le coût des études à Paris si on habite en province.
Mais il y a aussi de bons lycées en province.

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Laoshi a écrit :

Ce qui peut être un obstacle par contre, c'est le coût des études à Paris si on habite en province.

En prépa, j'étais interne dans un lycée public à Paris. Le coût était minime. Bon, bien sûr, il reste à trouver une place comme interne et si on va en fac, il n'y a pas d'internat, je crois.

17 (Modifié par SauceTomate18 08/01/2019 à 22:25)

Milieu social, confiance et études

Non, non vous ne l'avez pas dit mais j'anticipe certains discours qui nous sous-entendent que tout est possible avec un peu de volonté.
D'ailleurs, ça me fait penser à Culture d'en haut, culture d'en bas de Levine qui montre comment les élites se sont appropriées la culture du peuple. Il explique bien comment Shakespeare ou encore l'opéra ont été légitimés par les classes favorisés et comment le peuple a été dépossédé de sa propre culture et la considère désormais comme étrangère.

Effectivement ce sont les élites qui disent aux autres classes ce qu'elles doivent aimer ou pas, ce qui leur convient  etc. On est d'accord sur le fait que ce sont ses injonctions. Je dis "on" parce que les classes populaires ont intériorisé cela et ne se rendent pas compte nécessairement de cette emprise symbolique. C'est bien sûr un mécanisme inconscient.

Ce que je veux dire c'est que statistiquement c'est plus difficile mais ce n'est pas impossible. Bien sûr que certain.es réussissent et encore heureux.  Il faut noter toutefois ce décalage, que tout dépend son milieu social il faudra fournir plus d'effort parce qu'on a pas les codes (savoirs, savoir être ...). Ca ne veut pas dire qu'il ne faut pas tenter si on est motivé.e et qu'on n' y arrivera pas.

EDIT: Un article (que je n'ai pas lu) qui peut être utile: https://www.cairn.info/revue-hermes-la- … nu=article

Une étude sur le niveau d'études selon le niveau social: https://publication.enseignementsup-rec … social.php

18 (Modifié par Laoshi 08/01/2019 à 22:33)

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Bon, bien sûr, il reste à trouver une place comme interne

Oui. D'après ce que l'on lit sur le forum, cela n'est pas si facile. Mais je n'y connais rien.

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J'espère vraiment avoir une place à l'internat... dans le cas contraire, il faudra que je considère mes différentes possibilités en fonction des acceptations avec ou sans internat !

En ce qui concerne les langues anciennes, je viens de commencer le latin, avec plaisir. Commencer en terminale n'est pas recommandé mais je ne regrette absolument pas ce choix ! En prépa, je prendrai des cours pour débutant
J'apprends à connaître une nouvelle période et culture, et des éléments de mythologie : très enrichissant !

Sinon, pour la littérature, même si je suis arrivée en seconde avec peu de culture littéraire (un peu de Molière et les Misérables que j'avais lu en version abrégée.. pas grand chose au niveau des classiques), j'ai découvert que le CDI était un véritable portail vers un monde à explorer et j'ai vraiment pu m'y plonger en première...

J'ai beaucoup de chance d'avoir des parents bienveillants et généreux qui veulent bien m'acheter mes livres ou conduire durant des heures pour que je passe le Concours Général...(ça fait progresser et c'est une chance d'y participer). Certains parents, toute catégorie confondue, refuseraient. Prendre une journée pour s'y rendre, c'est un effort qu'il faut honorer !

Milieu social, confiance et études

Je suis d'accord avec tout ce qui a été dit plus haut : tu as ta place en classe préparatoire si tes notes te le permettent. Et tu as tous mes encouragements pour conquérir cette place ! Et puis, même si la prépa (et a fortiori, l'ENS) est globalement un lieu où on trouve des fils de profs, fils de professions intellectuelles, et fils de cadre, on y voit tout de même réussir des gens issus de milieux populaires, fort heureusement.

Maintenant, j'aimerais également ajouter : n'hésite pas à solliciter ce forum. N'hésite pas à poser des questions sur tes choix d'orientation, sur la méthode de travail, sur tout ce qui ne te semble pas évident. Parce qu'il y a là aussi une injustice : tout ce qui semble évident à un fils de prof ne l'est pas forcément pour tout le monde. Et donc toutes les questions "un peu bêtes" que tu te poses, tu dois te sentir légitime à les poser ici.

Bon courage !