1 (Modifié par zzzzaaa 30/12/2018 à 16:46)

Dissertation sur l'amour : "C'est l'égoïsme qui est l'ennemi de l'amour, non le rival..."

Bonjour,

Voici mon sujet : Dans Eloges de l'amour, Alain Badiou écrit

« C'est l'égoïsme qui est l'ennemi de l'amour, non le rival. On pourrait dire : l'ennemi principal de mon amour, celui que je dois vaincre, ce n'est pas l'autre, c'est le « moi » qui veut l'identité contre la différence, qui veut imposer son monde contre le monde filtré et reconstruit dans le prisme de la différence »
Alain Badiou

Dans quelle mesure cette affirmation vous semble t'elle s'appliquer au Banquet de Platon, au Songe d'une nuit d'été de Shakespeare et à La Chartreuse de Parme de Sthendal?

Evidemment je ne vais pas vous demander des exemples tirés de ces livres puisque c'est mon travail et que ce n'est pas niveau bac donc la méthode est différente, mais avant tout je cherche des idées à illustrer (je dois faire 3 parties avec le classique thèse de l'auteur/mais et un dépassement)... et aussi j'aimerais bien comprendre la dernière partie de la citation.

De ce que je comprends, c'est que le véritable ennemi de l'amour c'est moi qui veut rendre l'aimé pareil que moi (qui se ressemble s'assemble ?) ce qui finit par être néfaste et non pas un quelconque rival en amour qui risquerait de prendre ma place

Dissertation sur l'amour : "C'est l'égoïsme qui est l'ennemi de l'amour, non le rival..."

Bonsoir,

zzzzaaa a écrit :

De ce que je comprends, c'est que le véritable ennemi de l'amour c'est moi qui veut rendre l'aimé pareil que moi […]

Ce n'est pas ce que je comprends.

Dans cet extrait :

[…] l'ennemi principal de mon amour, celui que je dois vaincre, ce n'est pas l'autre, c'est le « moi » qui veut l'identité contre la différence, qui veut imposer son monde contre […]

Je ne crois pas que le terme identité veuille dire identique. Je pense que cela signifie plutôt ce que je possède, ce dont je suis sûr, ce qui est présent, ce dont je ne manque pas... Tout ce à quoi je peux m'identifier. Par opposition, "l’autre" est ce que je ne suis pas, ce que je n’ai pas, ce qui est absent, ce dont je manque… c’est-à-dire l’altérité, la différence.

Il me semble que l’ennemi de l’amour est un "moi" imposant qui ne respecte pas l’être aimé dans sa différence.

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Dissertation sur l'amour : "C'est l'égoïsme qui est l'ennemi de l'amour, non le rival..."

Bonsoir,

On pourrait exprimer la définition du véritable amour pour Badiou : un JE qui se heurte à un TU jusqu'à devenir un NOUS. Si le JE reste enfermé dans ses habitudes, ses convictions, ses jugements, s'il n'entre pas en terre inconnue, s'il n'accepte pas de se transformer, il ne pourra atteindre le NOUS du couple. La peur de voir l'autre différent, de se perdre dans cette différence, mais aussi le désir de possession, de ramener l'autre à soi sont les ennemis mortels de l'amour.

Ce que ne dit pas la citation, c'est qu'il existe un autre danger pour l'amour. Au-delà de l'égoïsme, le désir de fusion est tout aussi néfaste, car il est aussi négation de la différence. Un tel amour conduit à vouloir être comme l'autre, à perdre sa liberté, son identité. Aimer, c'est vouloir l'autre libre, vouloir son bien, lui laisser un espace d'épanouissement, c'est vouloir que chacun s'accomplisse dans la coopération et non l'affrontement...

Quel est ce "monde filtré et reconstruit dans le prisme de la différence" ? C'est celui qui naît quand chacun des amants fait l'effort de connaître réellement l'autre dans son sexe (sexualité veut dire séparé), son histoire, ses désirs, sa culture, ses qualités, ses défauts. Alors peuvent tomber les préjugés, les peurs, les comportements infantiles au profit d'un engagement responsable et respectueux de la personne. Bien entendu ce cheminement n'est pas exempt de tensions, mais s'il repose sur la confiance, il pourra conduire à une union solide.

Dissertation sur l'amour : "C'est l'égoïsme qui est l'ennemi de l'amour, non le rival..."

Merci l'idée qui ressort de la citation me semble déjà plus claire maintenant. J'avais justement pensé au désir de fusion( avec le mythe d’Aristophane par exemple), mais ça me semblait plutôt avoir sa place dans une deuxième partie qui vient nuancer la thèse de Badiou. En revanche, je n'ai pas vraiment d'idées concluantes pour un éventuel dépassement...

5 (Modifié par Jean-Luc 04/01/2019 à 00:08)

Dissertation sur l'amour : "C'est l'égoïsme qui est l'ennemi de l'amour, non le rival..."

Bonsoir,

Il me semble qu'un mot important pour l'antithèse a été oublié, c'est celui de "rival". Il y aurait là de quoi contester Badiou en ce que la littérature s'est abondamment nourrie du conflit entre prétendants dans la conquête amoureuse. Badiou déplace la focalisation de l'extérieur vers l'intérieur. Il paraît nous suggérer que l'amour est moins un combat (tradition courtoise) qu'une tentative d'apprivoisement. Il y a là aussi une opposition entre des conceptions masculine et féminine.

Dissertation sur l'amour : "C'est l'égoïsme qui est l'ennemi de l'amour, non le rival..."

Bonsoir, et bonne année pour commencer.
Il me semble que l'idée principale à développer ici c'est bien évidemment le rapport entre l'homme et l'animal, l'animal étant cet "autre" qui se différencie du moi humain , moi qui possède une identité. En effet on pourrait penser que le monde de l'autres "dans sa différence" représente le monde perçu par une autre espèce (je pense notamment à un équidé), ce monde étant imperceptible et incompréhensible pour nous êtres humains car nous possédons des sens et des capacités cognitives bien différentes. J'ajouterai que l'animal ne peut être "le rival" de l'homme car nous l'avons dans la plupart des cas dompté ou chassé  ( je rappelle que l'homme est le superprédateur le plus puissant que notre planète n'est jamais porté). J'espère vous avoir éclairé, n'hésitez pas à me répondre Mr ou Mme ZZZZAAA

Dissertation sur l'amour : "C'est l'égoïsme qui est l'ennemi de l'amour, non le rival..."

Bonjour,
Pour avoir lu l’ouvrage de Mr Baldiou, que je vous recommande par ailleurs, l’auteur, tout au long de l’œuvre construit une eloge du couple et du vivre à deux, qu’il oppose effectivement comme vous l’avez souligné à ce désir fusionnel des amants : un couple ce n’est pas UN mais DEUX êtres qui acceptent de mettre ce qui les sépare ( leurs différences, leur identité ) de côté pour vivre ensemble.
J’ai vu que vous étudiez l’œuvre de Stendhal : la chartreuse de parme, regardez l’exemple de Gina et du comte Mosca : pas de fusion mais une existence commune et complice dans la tumultueuse cour princière.