1 (Modifié par Kakui 22/11/2018 à 02:04)

Je n'arrête pas d'abandonner la fac

Bonjour,

J'espère ne pas être critiqué ou jugé ici, ce forum est mon dernier recours. Je suis un homme de 29 ans qui souhaite comprendre pourquoi j'agis toujours de la même façon.
Ce message n'a pas pour but de faire tirer des larmes ou de me placer en position de victime, mais après avoir faire le bilan de ma vie, j'en arrive à la conclusion d'un échec cuisant.

Ayant fait un parcours professionnel (BEP mécanique automobile) et une expérience professionnelle dans différents jobs, j'avais repris mes études et obtenu mon bac L à l'université (DAEU) avec mention assez bien à 20 ans.

- Je m'étais alors inscrit en L1 de lettres modernes en septembre 2010 mais j'avais arrêté en octobre car j'avais de gros problèmes de famille à régler. J'avais quand même passé quelques matières aux partiels de décembre et mes notes étaient entre 7 et 12.

- En septembre 2011 je m'étais inscris en L1 de philo (erreur de parcours) j'avais également abandonné en octobre pour chercher du travail et les notes que j'avais eu étaient autour de 10.

- En septembre 2015 je m'étais inscrit en L1 d'histoire et j'ai abandonné une semaine après par manque de confiance en moi et problèmes d'argent.

- En septembre 2016 je m'étais inscrit en L1 de lettres modernes et j'avais abandonné en novembre car j'avais subi des actes de harcèlements et de menaces de la part de quelques étudiantes.

- En septembre 2017, salarié à temps plein, j'avais tenté la L1 Humanités par correspondance et pareil, j'avais abandonné en novembre car c'était difficile de concilier travail et études.

- En septembre 2018 je reprends mes études en histoire, tout se passe pour le mieux, très bonnes notes, exellents profs et j'ai arrêté il y a un mois. J'ai arrêté la licence car je traverse une longue dépression accompagnée d'un manque de confiance en moi. En effet, peu avant les vacances de la Toussaint, j'ai été victime de la part de certains étudiants de remarques déplacées dont deux qui cherchaient systématiquement le contact physique et visuel. L'un deux me suivait et se collait à moi lors de mes recherches dans les rayons de la bibliothèque.

J'ai vite été identifié par certains comme étant un "fayot" alors que je participais par intérêt du cours.
Ces ondes négatives ont perturbées mon bien-être et de par mon âge avancé par rapport à la promo, ces puérilités m'ont amené à croire que j'étais pas à ma place.
Cela a freiné mes élans et ma volonté de devenir enseignant. Comme je suis un adulte en reprise d'étude, je doute aujourd'hui de la réalisation de ce projet pourtant j'aime réellement les études. Les enseignants m'ont encouragé et ont trouvé dommage que j'arrête car j'étais dans la bonne voie. Cet épisode je le vis pour la 6eme fois (inscription à la fac en 1er année, abandon en octobre).

Je sais que ça peut paraître surréaliste, mais ça s'est vraiment passé comme ça. J'ai des envies suicidaires car je n'arrive pas à réaliser mon projet. Je viens d'un milieu très difficile et j'ai un passé très lourd qui explique mon manque de confiance en moi et mon manque de détermination.

J'espère trouver des pistes de compréhension, des solutions, et non pas des jugements.
J'ai l'impression d'être le seul à avoir ce parcours chaotique ( inscriptions en L1 puis abandon).

Puis-je encore y croire ? J'ai le sentiment d'être un vieux, dépassé. J'ai le sentiment d'avoir gâché ma vie.
Mon coeur balance entre trouver un travail et me "ranger" et les études.

Merci de m'avoir lu.  

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Je n'arrête pas d'abandonner la fac

Bonjour,
D'abord on n'est pas vieux à 29 ans.
Si on reprend le début de ton parcours, on constate que tu as une formation professionnelle, une expérience du concret donc tu as des compétences et des aptitudes. Tu as repris des études, tu as des envies. Elles donnent l'impression de t'avoir amené dans plusieurs voies.
Mais qu'aimerais-tu faire ? Quelles sont tes motivations ? Dans quels domaines as-tu l'impression de t'épanouir ? Dans quelle activité te verrais-tu ?
Si tu pouvais transformer des envies floues en projet ... te faire conseiller  ... faire un bilan de compétences ... trouver des encouragements auprès de personnes qui te connaissent bien et qui t'apprécient ...
Pour sortir du découragement, il suffit parfois d'un domaine de réussite, de lien social
(qu'on peut trouver dans les activités périscolaires, dans les loisirs ...)

Sache qu'ici, les nombreux pédagogues portent un regard bienveillant sur les élèves et étudiants qui aiment les études. Même des expériences jugées négatives constituent de l'expérience.

Je t'envoie ce poème d'Aragon :

J'entends, j'entends
J'en ai tant vu qui s'en allèrent
Ils ne demandaient que du feu

Je n'arrête pas d'abandonner la fac

Bonjour,

D'abord il convient de te féliciter: Passer - et réussir - le DAEU après une formation pro, c'est déjà un parcours qu'il faut saluer ! C'est toujours plus difficile de se tracer son propre chemin lorsqu'on marche hors des sentiers battus... Cela m'attriste de voir que certaines personnes que tu as rencontrées n'ont pas la maturité de comprendre cela. Mais ce n'est pas eux qui doivent définir ton parcours.

Ensuite, j'ai remarqué quelque chose de très étrange concernant les notions de réussite et d'échec : il y a le sentiment qu'on éprouve d'une part et la réalité de notre situation d'autre part. Les deux n'ont rien à voir l'un avec l'autre. Absolument rien. J'ai rencontré des étudiants aux résultats scolaires brillants, mais qui se sentaient en échec. J'ai rencontré des titulaires de doctorat qui se sentaient en échec ! Malgré les réussites de leur parcours, chaque difficulté qu'ils rencontrent ne font que les enfoncer dans cette perception ("j'ai mis 9 ans a boucler mon doctorat, je suis vraiment nuuuuuul....", "mon directeur n'a pas le temps de me rencontrer en ce moment, il ne croit pas du tout à mon projet...") Dans beaucoup de cas, on arrive a vivre avec, il y a des hauts et des bas, mais parfois le poids de notre propre "échec" (tel qu'on le perçoit) pèse trop lourd, on attend une validation, une reconnaissance de notre entourage, qui ne vient pas et on se sent complètement bloqué dans l'échec. J'ai l'impression que c'est la situation dans laquelle tu es.
Je suis 100% d'accord avec tout ce que dit Floreale.

J'ajoute que tes difficultés à poursuivre des études est un symptôme d'un mal-être qui va bien au-delà (et qui date, si j'ai bien compris, d'une époque plus ancienne). Le problème, c'est que ce symptôme aggrave ton mal-être. Alors, vu de l'extérieur, si je peux te donner un conseil (excuse-moi, c'est toujours délicat de donner des conseils... prends-le si tu veux... s'il ne te plaît pas range-le dans une petite boîte à archives de ta mémoire et oublie-le dans un coin...) : ne te mets pas la pression sur tes études, car visiblement il y a un blocage quelque part qui t'empêche d'avancer. Ta priorité, c'est peut-être de résoudre ce blocage. J'ai l'impression qui tu essayes de gravir le Mont-Blanc en portant un boulet de 100kg, alors tu n'arrêtes pas de tomber et de revenir à la case départ... tu te demandes avec désespoir comment faire pour gravir ce Mont-Blanc... Peut-être est-il trop haut ? Peut-être n'es-tu pas assez fort ? Ni l'un ni l'autre. débarrasse-toi du boulet, et après tu pourras gravir l'Everest !
Cela veut dire que pour un temps, il faut peut-être accepter de mettre les études de côté (assieds-toi et passe du temps à limer les chaînes qui te lient au boulet...) Cela veut dire, sans doute, faire appel à un professionnel pour t'aider à guérir d'expériences traumatiques passées qui te confortent dans l'idée (inconsciente) que tu ne mérites pas de réussir, que tes tentatives sont vouées à l'échec et que les gens autour de toi ne peuvent pas te comprendre.

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Je n'arrête pas d'abandonner la fac

De simples remarques, laconiques, mais qui se veulent en fait bienveillantes.

Sachez qu'on ne devient pas enseignant (dans le secondaire) simplement parce qu'on aime les études. Il faut avoir une réelle vocation.

Si je dis cela, c'est parce que vous avez manifesté votre intérêt pour les études, alors que vous n'avez évoqué le métier d'enseignant qu'incidemment.

Il ne faut pas que vous deveniez un jour enseignant parce que vous ne voyez pas quoi faire d'autre.

Et notez bien que je n'ai pas dit "savez", mais "voyez". La nuance est importante.

Je n'arrête pas d'abandonner la fac

Sache qu'ici, les nombreux pédagogues portent un regard bienveillant sur les élèves et étudiants qui aiment les études.

Je suis tout à fait d'accord avec floreale et personne ici ne va te juger. On va essayer en premier de te répondre avec bienveillance, car ton message traduit une souffrance.
Le problème est plutôt dans la capacité que nous pouvons avoir à t'aider.
Si je reprends certaines de tes phrases...

Je suis un homme de 29 ans qui souhaite comprendre pourquoi j'agis toujours de la même façon...
...mais après avoir fait le bilan de ma vie, j'en arrive à la conclusion d'un échec cuisant...
j'ai abandonné une semaine après par manque de confiance en moi et problèmes d'argent...
j'avais abandonné en novembre car j'avais subi des actes de harcèlements et de menaces de la part de quelques étudiantes...
j'avais abandonné en novembre car c'était difficile de concilier travail et études...
J'ai arrêté la licence car je traverse une longue dépression accompagnée d'un manque de confiance en moi.
J'ai des envies suicidaires car je n'arrive pas à réaliser mon projet. Je viens d'un milieu très difficile et j'ai un passé très lourd qui explique mon manque de confiance en moi...
... J'ai le sentiment d'être un vieux, dépassé. J'ai le sentiment d'avoir gâché ma vie.

...je te dirais tout d'abord que tout est relatif et que je ne te trouve pas vieux, et plutôt assez jeune,(même si à ton âge j'étais déjà professeur depuis sept ans. Mais peu importe moi. Et je n'en étais pas forcément plus heureuse, sois-en sûr.).
Il n'est donc pas question de faire à 29 ans le bilan d'une vie qui commence à peine.
Le problème, c'est que tu te trouves ici sur un forum d'études littéraires où tu seras lu par beaucoup de professeurs, quelques étudiants et élèves, toutes personnes peu habilitées à te conseiller utilement.
Il émane en effet de ton message tellement de lassitude, de sentiment d'échec, de découragement, une impression que rien ne peut évoluer, que tout est joué, que ton avenir est bouché, qu'à mon avis, c'est tout d'abord de cet état-là qu'il faut te tirer.
Cela n'est pas forcément facile, il faut trouver les bonnes personnes.
Je suis complètement d'accord avec la fin du message de CCCC

6 (Modifié par Hippocampe 22/11/2018 à 12:09)

Je n'arrête pas d'abandonner la fac

Bonjour Kakui,

J'ai eu une période ressemblant beaucoup à la tienne. J'ai fini par savoir que je souffrais d'une névrose d'échec. C'est le terme qu'ont utilisé les professionnels que j'ai rencontrés : mon médecin généraliste et des psychiatres. Cette névrose était due à la façon dont j'avais été élevé : je suis né dans une famille de dingues (pas du genre dingue gentil).

J'ai mis longtemps à comprendre et à admettre que j'avais besoin de voir ces professionnels.

Quand j'ai dit à diverses personnes que je voyais un psychiatre, je me suis rendu compte que beaucoup de gens avaient vu ou voyaient un psychiatre, y compris des personnes que je connaissais depuis longtemps mais qui ne m'en avaient jamais parlé. C'est parce que je disais que je voyais un psychiatre que ces personnes me disaient qu'elles aussi étaient passées ou passaient par là.

Il me semble qu'il te faudrait voir un psychiatre et sans doute suivre une psychothérapie.
Tu te dis peut-être que c'est pour les fous. Eh bien non. En général, les fous ne demandent pas qu'on les aide.

Tu exposes bien la liste de tes échecs. Pour en arriver à raconter tout ça, tu as dû commencer à réfléchir à ta vie. C'est un grand premier pas en avant que beaucoup de gens concernés ne font jamais.
Si tu ne l'as pas encore fait, je te suggère de parler de ton problème à plusieurs personnes. Des personnes que tu connais qui te paraissent intelligentes, portées sur l'écoute (peu de gens écoutent les autres) et discrètes. Pourquoi discrètes ? Parce qu'il vaut mieux éviter de te retrouver entouré de gens connaissant tes difficultés. Mais que quelques personnes bien choisies les connaissent serait une bonne chose. Tu aurais quelques bons interlocuteurs et ça te ferait du bien.

Ton problème se manifeste dans ta scolarité alors dans ce forum où il y a plein de profs, tu auras sûrement des réponses judicieuses à certaines questions. Mais tu devrais aussi fréquenter un forum consacré à la psychologie.

Une remarque : il se peut que tes échecs répétés au même endroit : l'entrée dans une fac littéraire, soient dus au fait qu'une partie de toi pense que ce n'est pas dans la bonne voie que tu cherches à avancer. Essaie d'anticiper et demande-toi dans quel métier tu te sentirais bien.

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Je n'arrête pas d'abandonner la fac

Effectivement, j'apporte mon petit caillou à l'édifice : j'ai l'impression que vous n'avez pas encore trouvé votre voie. Vous savez que votre formation initiale ne vous convient pas, mais ne savez pas encore quelle voie suivre.


Le problème n'est pas dans la capacité à suivre des études, mais de savoir lesquelles choisir.

Je n'arrête pas d'abandonner la fac

Je n'ai pas beaucoup mieux à dire que ce que mes autres camarades internautes ont déjà très bien dit. Simplement, sachez qu'à 29 ans vous avez encore la vie devant vous ! Quand j'étais en licence de Lettres modernes, j'avais des camarades de 32 et 59 ans (et oui!) qui ont réussi avec brio. Nous avons tous le droit à l'errance dans nos vies, et on apprend beaucoup de ce qu'on considère parfois des échecs.

Je vous envoie tous mes encouragements ! 

Je n'arrête pas d'abandonner la fac

Je n'ai rien à ajouter à ces témoignages, si ce n'est ma sympathie et mes encouragements !

10 (Modifié par Jehan 22/11/2018 à 23:23)

Je n'arrête pas d'abandonner la fac

Personnellement, j'estime qu'un "vieux" peut trouver assez drôle l'idée de voir un adjectif propre à son âge être employé pour désigner un jeune homme qui n'a pas dépassé la trentaine, et qui par là même a donc encore toute la vie devant lui.


Je comprends tout à fait les doutes qui t'amènent à penser que tu as fait des erreurs de parcours, mais il n'y  a pas de règle qui vaille pour définir les étapes d'une carrière bien accomplie. Car quel que soit notre âge, on partira toujours du principe qu'il nous reste tant à accomplir.


Fais quelque chose que tu aimes. Et si tu subis des échecs, recommence. Car la meilleure des victoires ne survient qu'après dépassement de plusieurs échecs, aussi nombreux soient-ils.