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Doit-on aimer sans compter ?

Je ne sais pas si le thème de la réflexion portait sur le nombre d'amis ; il me semble que l'on devrait plutôt s'orienter vers la quantité de l'amour que l'on prodigue, et sur sa qualité.

Par ailleurs, l'amour peut prendre bien des formes et s'adresser à bien des objets.

L'amour inconditionnel se donne sans compter, cela me paraît évident. 

12 (Modifié par Plumeverte 16/11/2018 à 17:13)

Doit-on aimer sans compter ?

Je donne juste quelques précisions sur mon post précédent, à prendre comme une tentative de démontrer que si on compte trop (et qu'on aborde la question de l'amour sous un angle mathématique), on tend vers quelque chose de pas très humain.

Peut-être que je sors un peu du sujet effectivement... Mais pour défendre "On ne doit pas aimer sans compter" (qui me semble un point de vue difficile à défendre), je trouvais ça intéressant justement de voir les différents sens de "compter", et tous les paradoxes qu'ils soulèvent.

"Compter" combien on donne et combien on peut recevoir en échange (en terme d'amour, de présence, de soutien, de choses matérielles ou autres), ça revient à se poser la question de ce que signifie aussi "compter sur quelqu'un" (on n'accorde pas sa confiance ou son cœur au premier venu, donc il y aurait peut-être déjà là un jugement ou un "calcul" dans le choix de l'objet d'amour). (Même si l'idée d'un amour inconditionnel est plus belle, et sûrement plus proche de la conception que j'ai du désir humain).

La "quantité" de personnes qu'on aime ne me semble pas sans lien avec la question. Il me semble que les amours les plus inconditionnels se concentrent sur les personne les plus proches de nous. Quand on est moins proche, on "apprécie" simplement, et peut-être qu'on "compte plus" (on donne en fonction de ce qu'on pense pouvoir recevoir en échange). Si on veut élargir son amour au-delà des "5 doigts de la main", on est peut-être amené davantage à compter.

Ce qui est paradoxal puisque l'expression dit justement "Les vrais amis se comptent sur les doigts de la main." Mais dans cette expression, "compter" signifie justement "se limiter à". C'est renforcé par l'évocation de nos limites corporelles et humaines (Qu'on le veuille ou non, nous n'avons que 5 doigts). Ce que j'ai trouvé finalement assez philosophique. Peut-être que pour un amour inconditionnel, le plus profond et sincère, il ne faut aimer que quelques objets. Peut-être que pour aimer sans compter, il faut justement admettre nos propres limites et l'idée de ne pas pouvoir aimer tout le monde ni être aimé par tous.

Je voyais plus l'expression dans ce sens là que sur le nombre "exact" d'amis qu'on peut aimer (ce qui viendrait à mathématiser la chose encore). Mais tout cela est complexe.

Doit-on aimer sans compter ?

Il faut aimer, on doit aimer...

Mais l'amour est-il volontaire ? Peut se forcer à aimer ou se retenir d'aimer ?

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Doit-on aimer sans compter ?

Bon, quand même, les principales victimes de cet adage sont celles qui souffrent de violence conjugales, et qui restent parce qu'elles acceptent cette injonction ridicule d'aimer sans rien attendre en retour. Le sens du sacrifice, ca va bien 5 minutes. En attendant, tout ce qu'elles comptent, c'est les coups.

Doit-on aimer sans compter ?

Aimer sans compter, oui...
Félicité, la bien nommée par antiphrase d’Un cœur simple aime sans compter. Elle aime. Point.
Mais doit- on ?
C’est un autre problème.
Il faut sans doute de bien grandes vertus pour ne rien attendre en retour ; et cet amour involontaire et irrépressible risque fort de conduire au désespoir, à la folie, à la mort.

Doit-on aimer sans compter ?

Aimer relève de la morale, en quelque sorte ?
Confondrait-on le sentiment et ses manifestations sociales ?
Oh, après tout, je n'y connais rien en philo...

17 (Modifié par Jean-Luc 18/11/2018 à 11:41)

Doit-on aimer sans compter ?

Bonjour,

C’est le sujet typique où il convient de définir préalablement les mots sous peine de partir dans toutes les directions :
- de quel amour parle-t-on ?
- que signifie « doit-on ? »
- que signifie « sans compter ?

D’abord remarquons que traditionnellement on rencontre trois sortes d’amour :
- éros, l’amour de désir,
- philé, l’amour d’amitié,
- agapé, l’amour qui veut le bien de l’autre.
Bien entendu on relève une spiritualisation de ces degrés. En outre, comme en chimie où un corps pur n’existe pas à l’état naturel, un amour humain s’inscrit toujours avec des proportions diverses dans ces trois formes,

Ensuite que dire de « doit-on ? »
Il s’agit ici de relier la conduite amoureuse (ce que mon amour me pousse à faire) à la morale. La notion immédiatement impliquée est la liberté : l’amour est une réponse libre à une invitation. Sans liberté il n’y a pas d’amour. Nous avons des besoins fondamentaux que nous cherchons à nourrir, c’est vital ! Aimer, être aimé, besoin d’appartenance, de reconnaissance. Mais ils ne peuvent pas être nourris n’importe comment en particulier s’ils portent préjudice à autrui. Dans cette ligne, Saint Augustin pousse la réflexion jusqu’au paradoxe : « Aime et fais ce que tu veux ! »

Enfin le « sans compter » renvoie aux relations entre amour et raison. L’être humain est doué d’intelligence, il ne peut se livrer sans retenue à ses pulsions sous peine de se ravaler au rang des animaux ou pire (Si l’homme est un loup pour l’homme, ce n’est pas très gentil pour les loups).

Nous sommes donc toujours invités à aimer mieux, corps et esprit, malgré notre nature imparfaite. Nous devons admettre que notre histoire amoureuse passe toujours par trois étapes :
- idéalisation, (forme surestimée dans la passion),
- désillusion, (retour au réel),
- refondation jour après jour.
Notre malheur est que la littérature et l’environnement social et culturel confond « être amoureux » (un sentiment) avec aimer (qui est une décision impliquant tout l’être). On ne joue pas impunément avec les personnes.

Doit-on aimer sans compter ?

Il me revient en mémoire le début d’une phrase que m’avait citée un collègue d’italien : « amare e disamare... », j’ai oublié la suite. En gros cela voulait dire que l’amour ne dépendait pas de notre volonté. Quelqu’un connaîtrait-il cette citation ?

Doit-on aimer sans compter ?

L'uomo non può amare e disamare a sua posta. (Boccaccio)

Doit-on aimer sans compter ?

Merci Jacques !