1 (Modifié par petale 05/11/2018 à 14:29)

Ian Monk, Tri selon tri

Bonjour/bonsoir ! J'espère que vous allez bien!

Voilà, j'ai un sujet de commentaire composé sur le poème "tri selon tri" d'Ian Monk, extrait de l'Anthologie de l'OuLiPo - ça annonce déjà la couleur héhé ^^ (voici un lien vers le dit poème: http://terreaciel.free.fr/paysages/ianmonk.htm --> le commentaire porte sur tout le poème).

J'ai les idées en tête, mais impossible de les trier dans un plan qui tienne la route... tout est là, dont la problématique, sauf ça. Je planche dessus depuis un bout de temps, et il est à rendre pour mercredi 10h. Auriez-vous des pistes qui puissent m'éclairer?

Avec toute ma reconnaissance!

Voilà ce que j'ai écrit (pas la peine de tout lire...):

« Tri selon Tri », écrit par Ian Monk aux débuts des années 2000, est profondément marquée par l'esthétique oulipienne. Il est intégré dans la section VILLE de l'Anthologie de l'OuliPo paru en 2009 aux éditions Gallimard. De prime abord, le poème traite de façon déroutante un sujet banal (le tri sélectif) n'ayant, en soi, pas trait à la poésie. En cela, l'approche textuelle s'oppose radicalement au registre lyrique propre à l'image que l'on a de la poésie :  l'expression des états d’âme du narrateur, notamment celui du sentiment amoureux, comme dans la poésie romantique, qui est censé nous émouvoir. Dans « Tri selon Tri », on s'éloigne de cette pensée qui considère le poète comme un prophète. Le poème est moderne à plusieurs égards: structuré en six pages (p.76-81), l'incipit (p.76-77) est séparé physiquement des pages suivantes, constituant chacune une poubelle (l'image d'une benne à ordure). En cela, on retrouve les caractéristiques d'un calligramme. De fait, on peut se demander, en quoi ce poème à première vue amusant permet-il une réflexion plus sérieuse ?

    Ce poème est avant tout un jeu littéraire (cf. Raymond Queneau, Exercices de Style). Il faut faire coïncider le fond et la forme : le texte est une poubelle et les mots sont les déchets qui la composent. « Pli selon pli » et « tri selon tri » (p.76) constituent une paronomase. De plus, « pli selon pli » fait référence à une musique de Pierre Boulez (Pli selon pli, portrait de Mallarmé), proche de l'esprit oulipien : il reprend les poésies de Mallarmé tout en se les réappropriant. Aussi, le registre familier (« sécu », « papelard », « plastoque », « balles », « PQ », « bibine ») mêlé aux emploi d'initiales (« VPC », « UHT », « EDF ») auxquelles viennent s'ajouter l'élision de la langue parlée (« on peut pas nommer ») instaure un texte à dire, du quotidien, qui parle à tout le monde. C'est tout là le jeu de l'OuLiPo, qui est de rendre la littérature accessible et ludique. Ainsi, l'univers dans lequel « tri selon tri » nous plonge est un univers contemporain, parlant, de la vie de la majorité des ménages français (de façon plus générale, occidentaux) : « les journaux » etc., la « Sécu », la « banque », la « compagnie des Eaux », « internet », la « pub » etc., le « Nutella » et toutes les autres marques dont il est question. Le lecteur n'est pas étranger à ces références culturelles.

    La notion d'opposition est ici primordiale. Le titre « tri selon tri» est un paradoxe car le tri est inexistant; les règles classiques de la syntaxe sont bafouées : en effet, le poème ne commence pas par une majuscule (« depuis l'inconcevable ») et ne se termine pas par un point (« des générations à venir »). De plus, les mots se succèdent les uns après les autres, car il n'y a qu'une seule et même phrase ; il n'y a pas de lien de cause à effet, donc pas de conjonction de coordination (cf. Georges Perec, L'Augmentation). Tout le poème est basé sur un parallélisme établi sur l’opposition philosophique entre la notion de culture (cf. Larousse : ensemble des pratiques, connaissances, traditions et normes propres à un peuple) et la notion de nature (cf. Larousse : ce qui existe indépendamment de l'action humaine, ce qui n'a pas été transformé). A titre d'exemple, cela s'illustre par « les quatre éléments » (la terre, l'eau, l'air et le feu) et les « quatre nouvelles catégories » (le papier, le plastique le verre et les ordures ménagères). Cette analogie ramène le principe ancestral de ces éléments naturels aux actions de l'Homme qui les modifie ; c'est la culture (au sens philosphique du terme) et donc par déduction de l'art. « Les vieux refrains » marque la volonté de mettre une césure entre la poésie hermétique classique et une renaissance de celle-ci. Dans chaque poubelle (qui désigne chaque page, numérotée de 78 à 81), le contenu est d'abord amorcée par ce qui est de l'ordre de la culture (ce qui a trait aux sociétés modernes de consommation) puis au fond, d'un retour au désordre de la nature. D'abord la « première benne » (p.78), la poubelle pour le papier (selon le tri du narrateur), l'énumération — jusqu'à n'en plus finir — « les journaux […] les artisans » se concrétise picturalement comme une accumulation de déchets jetés çà et là. Puis vient « la deuxième » benne pour le plastique cette fois-ci, où toujours une énumération vient accumuler d'abord ce qui relève de la culture « les bouteilles [...]assez propres » pour ensuite laisser place à un amas de choses vulgaires,  naturelles : « les  flaques d'eau […] au fond de la benne ». « La troisième benne », pour le verre, est similaire à la précédente : « les petits pots pour bébé[...]les eaux de vie » en opposition à « seulement[...] poussant pour y entrer ». Cela semble se concrétiser dans « les sacs poubelles » où l'on peut dire que c'est le climat de la nature, au sens premier du terme : « les os de poulets[...]et de vomi ».
   
    Le nonsense (cf. Bernard Gendrel et Patrick Moran, l'humour : tentative de définition), ou l'humour noir est également un point essentiel du poème. Cette absurdité se fait sentir dès le début, avec l'énumération : « depuis l'inconcevable […] aussi subtile » : ici, l'absurdité s'axe  autour d'une hyperbole ; on parle d' « inconcevable », de « déflagrations finales », de « Bouddhisme », de « lutte finale contre l'entropie » et d'« une résistance acharnée contre l'approche de l'enfer stable et immobile du zéro absolu », ces deux citations issues d'une réflexion scientifique, tout cela dans un « univers d'impermanence grossière mais aussi subtile ». Le contraste littéraire/scientifique illustre la déstructuration d'un univers poétique assez conventionnel, dont se dégage une ironie, vu l'aspect excessif du texte dans son ensemble. A cela [au nonsense] s'ajoute une part d'horreur, notamment avec l'emploi d'un champ sémantique peu flatteur, par exemple : « impermanence grossière » ; « les flaques d'eau […] au fond de la benne » ; « les eaux de vie […] pour y entrer ». On parle ici de choses les plus simples de la nature, d' « excréments », d' « urines », de « sang » etc.

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Ian Monk, Tri selon tri

Peux-tu préciser les limites exactes de l'extrait à commenter ? (Première et dernière phrases)

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Ian Monk, Tri selon tri

Bonjour,

On peut s'y essayer.

Probablement un texte parodique sur la société de consommation qui dégrade toute transcendance en déchets.
Il y a donc un paradoxe à déclarer digne d'intérêt (par un traitement poétique) ce que nous rejetons. Nos poubelles sont des réceptacles de l'oubli, un anéantissement rationnel (le tri) de ce que nous avons arraché à la terre-mère.
Tout est affaire de cycle, de transformation, la vie est un éternel recommencement.
La référence initiale au bouddhisme est importante :

Wikipedia a écrit :

Les trois caractéristiques ou marques de l'existence sont :

L'Anātman (absence de soi, impersonnalité) : il n'y a rien dans le monde qui ait une existence indépendante et réelle en soi, donc aucune âme (ātman), aucun soi, mais une simple agrégation de phénomènes conditionnés.
L’Anitya (impermanence) : tout est constamment changeant dans les phénomènes, on ne peut absolument rien y trouver de permanent.
Le Duḥkha (souffrance) : aucun phénomène ne peut nous satisfaire de manière ultime et définitive.https://fr.wikipedia.org/wiki/Bouddhisme

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Ian Monk, Tri selon tri

Oui, on peut s'y essayer :
Un texte poubelle avec une accumulation "sans fin", sans ponctuation. Les mots sont des choses, les mots sont des déchets. Logorrhée.
Une organisation du texte sélective : les quatre éléments deviennent dans la société de consommation quatre catégories de matières pour quatre bennes. Des récurrences (depuis...benne ... poubelle) ... enfer).
Les mots s'écrivent, les mots sont des contenants d'idées, les mots nourrissent les relations, les mots disent les activités prosaïques des hommes.
Des contraintes formelles : des allusions, des références masquées, des acronymes ...

Ian Monk, Tri selon tri

Mouais , « on » peut s’y essayer.
Je suis déjà conditionnée pour remplir les quatre containers ... ou plus,  car on me dit que c’est ce qu’il convient de faire. Alors me revoir à travers ces mots dans ma figure robotisée au milieu des ordures...
Bigre, ça se commente, ça ?
Bon courage !

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Ian Monk, Tri selon tri

Justement, cela pourrait être une problématique :
Un texte à garder ou à jeter ?

Ian Monk, Tri selon tri

A jeter... dans le container papier 

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Ian Monk, Tri selon tri

Pas d'accord. On me propose un autre regard sur nos comportements. Et ces mots qui débordent de partout ...

Le débat est relancé. 

Ian Monk, Tri selon tri

Soit. Tu gardes, si tu veux, ces mots qui débordent de partout, comme si nous n'avions pas assez de choses qui débordent de partout.
Personnellement, déjà, je suis quasi sourde au tout début agrammatical du texte jusqu'à "subtile".
J'en arrive à : nous devons oublier les
vieux refrains et les quatre éléments
la terre l’eau l’air et finalement le
feu et plutôt diviser les matières en
quatre nouvelles catégories le papier
le plastique le verre et dernièrement
tout ce qui reste ce groupe de choses
qui finissent dans sa propre poubelle

D'accord, là, je comprends...ou je crois comprendre. Une nouvelle ère de tri est arrivée. On la tourne en dérision ? Peut-être est-ce à juste titre. Peut-être pas.
On va dire que je ne suis pas sensible à ce genre de poésie.
Je n'aurai pas à la jeter de toute façon puisque elle ne m'apparaît que si je clique sur un lien informatique. Economie de déchet, finalement.

10 (Modifié par floreale 05/11/2018 à 17:30)

Ian Monk, Tri selon tri

A replacer dans l'expérience de l'Oulipo d'abord appelé : Séminaire de Littérature Expérimentale.