51 (Modifié par 20/12/2018 à 22:29)

Problèmes divers de grammaire historique

Ce serait la labiale m qui aurait provoqué une avance de l'articulation du e.

Il faudrait modifier le titre du sujet, qu'en pensez-vous ?
Il suffirait de mettre quelque chose comme : "Problèmes de grammaire historique".

52 (Modifié par Viellfranceis 25/12/2018 à 01:15)

Problèmes divers de grammaire historique

Oui il serait mieux de changer le titre "Problèmes de grammaire historique".
si on a femier au XII ème pour fumier alors on devrait avoir la forme  gemeau pour jumeau à cette époque femier n'est pas une latinisation car le latin femarius est une forme construite .

Problèmes divers de grammaire historique

On a encore femer au XIIIème :

Que sunt mi ami devenu
Que j'avoie si pres tenu
Et tant amei ?
Je cuit qu'il sunt trop cleir semei ;
Il ne furent pas bien femei,
Si sunt failli.

Rutebeuf, La complainte Rutebeuf, éd. Champion.

Pour ce mot, l'influence de fumer < fumare a peut-être joué.

54 (Modifié par Viellfranceis 03/01/2019 à 00:22)

Problèmes divers de grammaire historique

Concernant les mots ayant perdus leur syllabe finale comme
enque en AF et encre venants tous les deux de encau(s)tum   pour donner ensuite enko(de) le o a dû se fermer en e avant la chute de la syllabe .
Pour encre on a le r de encre qui a dû se produire avant que la chute se produise .
enko(de) > enko(de)> enko(re) pour donner enkre
Je pense qu'il s'agit de dentale intervocalique qui rhotacise avant que la syllabe chute
comme grammatica > grammaire.
ordine> orde(ne) >orde et orde(ne)>orde(re)>ordre.
Et puis bonne année 2019

Problèmes divers de grammaire historique

Tous mes vœux de succès dans vos recherches sur l'histoire des mots.

Le -r de encre est ce qu'on appelle un "r" parasite, qui apparaît pour rendre plus sonore la fin des mots terminés par une occlusive "implosive", dont l'articulation est faible.
Il n'est issu d'aucun son et ne s'explique pas par une assimilation, comme dans ordne/ordre.

En AF, on a enque (enke, enche) qui est vite concurrencé par encre (dans l'Énéas)

De même : chanvre < *canapu, épeautre < spelta, etc...

56 (Modifié par Jehan 23/01/2019 à 21:02)

Problèmes divers de grammaire historique

Dans un texte du Xème siècle on a "lieu" Fragment de Valenciennes mais si on suit l'évolution phonétique à cette époque on aurait dû avoir "luou" .
https://www.littre.org/definition/lieu
Et l'évolution de sequire a dû se passer ainsi:
Sequire
seguire
sieiwire
sivire
sivre
suivre

J'ai vu l'infinitif sivir peut être du sivire* pour ensuite devenir sivre puis suivre

Problèmes divers de grammaire historique

Pour les mots issus de focu > feu, jocu > jeu, coqu(u)> queux, locu > lieu, voici la situation :

- On a bien au départ -úǫu dès le bas-latin (je n'insiste pas)

- úǫu passe à -úęu, puis à -úẹu pour aboutir finalement à -ɥẹu  à la fin du IVème siècle.

- Ensuite, le groupe se scinde en deux :
  + si le groupe suit f- ou k- il se réduit à ẹu > œü > œ (qui se fermera plus tard en syllabe finale masculine) ; d'où feu, queux, etc...
  + si le groupe suit d'autres consonnes, il conserve un temps son ɥ  qui se délabialise en -y par dissimilation avec u, d'où -yẹu > -yœu > yœ ; d'où lieu, AF gieu.

La forme ancienne (et dialectale) leu et la forme moderne jeu s'expliquent par l'action dissimilatrice de u qui a amené la chute du ɥ, empêchant la formation présence du -y.

58 (Modifié par Viellfranceis 25/01/2019 à 18:33)

Problèmes divers de grammaire historique

Le passage de -ɥẹu à -yẹu a dû se faire en peu de temps idem pour la suppression du son ɥ dans la cantiliène de saint Eulalie on trouve "fou" qui est "feu" en realité donc. On a "feu" et "lieu" dès le V ème .

Pour "suivre" la forme sivre* date du VIème

Problèmes divers de grammaire historique

Le traitement du latin *sequere (ou *sequire) est des plus complexes : d'une part, il existe une pluralité de formes qui amènent à poser des traitements différents ; d'autre part, avec tout verbe ou presque se pose le problème des formes refaites ou analogiques, donc non phonétiques ; enfin, la graphie peut parfois nous égarer. Il me semble d'ailleurs que les grammairiens font un peu vite confiance aux éditeurs en la matière. Dans le cas de ce verbe, si je rencontre la forme siure dans un manuscrit (ce qui n'arrive pas tous les jours, mais passons...), comment dois-je la lire : /sivr/ ou /siur/ ? Vous comprenez que cela peut changer bien des choses.
Voilà pourquoi je me contenterai d'expliquer l'infinitif moderne suivre en laissant les formations qui se sont éteintes sans descendance directe, et en faisant un condensé de Fouché. Hélas, ce dernier n'indique presque jamais de date.
Vous me pardonnerez de ne pas mettre les signes diacritiques.

- *sequere > siegwere(1) (diphtongaison romane + sonorisation de la gutturale)
- siegwere > sieuwere (absorption de la gutturale par un son vélaire issu de -w)
- sieuwere > siuvere (dissimilation du premier -e sous l'influence des deux autres)
- siuvere > siuvre (chute de la pénultième)
- siuvre > suivre (métathèse présente dès la fin de l'AF, généralisée en MF)

(1) Conjecture de l'auteur.

60 (Modifié par Viellfranceis 26/01/2019 à 18:57)

Problèmes divers de grammaire historique

Merci.
Méthathèse que l'on trouve dans tegula gallo-roman (VII ème siècle) tiule pour
tuile seguita gallo-roman siute pour suite et aussi dans sebum gallo-roman siu pour suif .
Siuvre doit dater du VI ème ou même du V ème siècle .

Donc les formes lieu et siuvre peuvent dater du VII ème j'aurais bien aimé avoir des textes en gallo roman de cette époque mais malheureusement le texte le plus ancien date de 842 "Serments de Strasbourg".