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Ronsard retrouve le vieux mythe antique du poète-mage.

Bonjour,
dans un texte qui présente Ronsard dont la poésie évoque la fragilité des choses de la vie, on dit la poésie de Ronsard " immortalise ce et ceux qu'elle chante. ... Ronsard retrouve le vieux mythe antique du poète-mage. La poésie remplit un sacerdoce et transmet des révélations. Elle donne la lumilère et exprime, à l'usage de toute la nation, les grands idéaux, les croyances, les espérances. "
Que veut dire "Ronsard retrouve le vieux mythe antique du poète-mage. " ? Qui est le poète-mage ? Lui-même ?
Merci d'avance.

2 (Modifié par Roméo31 10/06/2018 à 17:48)

Ronsard retrouve le vieux mythe antique du poète-mage.

Le mythe latin du poète-mage remonte aux Anciens. Des auteurs de la  Renaissance, comme Pierre de Ronsard, ont donc tout naturellement renoué avec ce mythe.
Ronsard n'est donc pas un des premiers poètes-mages, mais un des auteurs qui, au XVII e siècle, ont renoué avec ce vieux mythe.

Sur la fonction du poète-mage :
Dans Les Rayons et les ombres, V. Hugo chante le poète-mage. Voici un court extrait de Fonction du poète, auquel le lien ci-dessous (de Jehan) menait déjà en 2012.

Peuples! écoutez le poète !
Ecoutez le rêveur sacré !
Dans votre nuit, sans lui complète,
Lui seul a le front éclairé.

https://www.etudes-litteraires.com/foru … -mage.html

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Ronsard retrouve le vieux mythe antique du poète-mage.

XVIe siècle ...    

4 (Modifié par davidpalsterman 11/06/2018 à 08:56)

Ronsard retrouve le vieux mythe antique du poète-mage.

Bonjour !

L'idée que Ronsard rend immortel ce ou ceux qu'il chante renvoie, selon moi, principalement à son poème sur la fontaine Bellerie rend hommage à cette fontaine se trouvant dans le domaine de son père et qu'il a côtoyé durant toute sa jeunesse. C'est un poème du genre de l'ode et il y recopie - presque mots pour mots - l'ode du latin Horace "à la fontaine Bandusie" (déjà le titre est semblable).
Mais ta question sur le poète-mage est aussi - entre autres choses - ce qui fait de Ronsard un poète classique de la renaissance ; il s'inspire des Ancients. En fait, Homère (Iliade et Odyssée) - premier écrivain occidental ou presque - a lancé la conception du poète à inspiration divine (Inspiration, prit dans son sens premier, évoque le fait que la Muse souffle littéralement dans le poète son air divin et c'est pourquoi une "invocation" est lancée au début de chaque long poèmes ; "chante en moi, ô muse, la colère de ce héros" commence Homère afin de rendre hommage à la Muse). Le poète - ou aède pour les grecs - n'est pas réellement compositeur de son oeuvre mais médiateur d'un discours divin auquel seul lui a eu accès par un certain privilège. C'est le rôle du poète de concevoir un discours philosophique (ou poétique) et d'en informer le commun des mortels. 
Ainsi, les hommes de la Renaissance s'inspirent énormément de l'Antiquité (ATTENTION : l'Antiquité n'a pas été oubliée au Moyen-Âge ! C'est une idée totalement fausse de dire ça ; le XIIe siècle est appelé "le siècle d'Ovide" car tout le monde le traduisait ou recopiait ; la Poétique d'Aristote est tout à fait connue ; Horace est tout à fait connu ; etc.) car les poètes se montrent en médiateurs de vérités. C'est la conception d'un poète - qui perdure jusqu'au XIXe - qui est distingué du simple versificateur ; certes il écrit des vers (bien que la poésie en prose existera à partir du XIXe et n'en est pas moins de la poésie ; Baudelaire) mais c'est principalement son message qui le rend poète ; Victor Hugo disait que "la poésie ne se trouvait pas dans la forme des idées mais dans les idées elles-même".
Aussi, Ronsard est connu comme ayant été atteint de surdité très tôt (à 14 ans, je pense) ; certains pense que c'est vrai, d'autre que ce ne fût qu'une excuse pour ne pas rentrer dans le métier des armes et finalement, certains pensent que ce n'est qu'un élément "prosopographique" (quel beau mot !) et non bibliographique ! soit un symbole/une métaphore ; il n'était pas réellement sourd, mais comme Homère qui était aveugle et voyait la magie des vers, Ronsard était sourd au monde extérieur mais entendait la musique des vers - et il est considéré comme ayant inventé plein de nouveaux rythmes en poésie. 
La coupure de la conception du poète à inspiration divine se fait avec Verlaine au XIXe siècle (fin des "Poème saturniens" où il revendique la connaissance par la science et non par une prétendue inspiration divine).

J'espère que j'ai été claire ; n'hésite pas à demander plus d'explications

Ronsard retrouve le vieux mythe antique du poète-mage.

L'idée que Ronsard rend mortel ce ou ceux qu'il chante renvoie, selon moi, principalement à son poème sur la fontaine Bellerie rend hommage à cette fontaine se trouvant dans le domaine de son père et qu'il a côtoyé durant toute sa jeunesse.

Je suppose que tu veux dire : immortel
Et outre la Fontaine Bellerie, on peut déjà citer les êtres humains.(sonnets pour Hélène, 1578)
De toute façon, ce n'est pas cela qui fait que Ronsard peut mériter l'appellation de poète-mage.
Le poète-mage, c'est celui qui est inspiré par la divinité, qui voit plus loin que le commun des mortels, et peut leur servir de guide.
Je ne sais dans quelle mesure Ronsard remplit cette fonction, lui qui fut certes appelé prince des poètes, mais a écrit tellement de poèmes de commande et dont le poème engagé Discours des misères de ce temps est tellement moins inspiré que les Tragiques d'Agrippa d'Aubigné.

6 (Modifié par Jehan 11/06/2018 à 12:06)

Ronsard retrouve le vieux mythe antique du poète-mage.

On n'a pas demandé si Ronsard était parfait ; il était au service de rois et de princes mais ce n'est pas négatif, au contraire ; c'était la meilleure distinction sociale pour un poète de son époque. A-t-on critiqué Chrétien de Troyes d'avoir écrit pour Henri VII, le Comte de Flandres ou Marie de Champagne ? Non.
Ronsard n'est pas le meilleur poète social, c'est clair ; le fait qu'il n'a pas réussi à finir la Franciade qui était censée rassembler la France dans ses guerres de religions montre qu'il avait des défauts.
Mais en tout cas il dit être inspiré d'Apollon et d'autre forces divines antiques ou qu'il a pu connaitre (comme la Nature) donc ça suffit à dire qu'il se donne au moins une posture de poète-mage ... Qu'il le soit ou pas n'est pas vraiment notre affaire ...

PS : j'ai utilisé l'exemple de la Fontaine Bellerie car il y rend explicite sa volonté de rendre immortelle la source. On peut citer tout le recueil Sur la mort de Marie et bien d'autres aussi 
PPS : ma démonstration du poète mage n'a rien à voir avec la fontaine Bellerie ; c'était pour un rapport clair et net avec Horace

Ronsard retrouve le vieux mythe antique du poète-mage.

ma démonstration du poète mage n'a rien à voir avec la fontaine Bellerie

C'est tout de même le premier exemple que tu cites.
Quant à l'idée de perfection, ce n'est pas moi mais toi qui l'introduis ! On ne demande pas aux artistes d'être parfaits, bien évidemment.
Si l'on veut expliquer à l'élève qui a posté la demande une explication des propos de Darcos, il faut la renvoyer à ce poème :

Le jour que je fu né, Apollon qui preside
Aux Muses, me servit en ce monde de guide,
M'anima d'un esprit subtil et vigoureux,

Et me fit de science et d'honneur amoureux.
En lieu des grands tresors et des richesses vaines,
Qui aveuglent les yeux des personnes humaines,

Me donna pour partage une fureur d'esprit,
Et l'art de bien coucher ma verve par escrit.
Il me haussa le cœur, haussa la fantasie,
M'inspirant dedans l'âme un don de poësie,
Que Dieu n'a concedé qu'à l'esprit agité
Des poignans aiguillons de sa Divinité.
Quand l'homme en est touché, il devient un prophete,
Il predit toute chose avant qu'elle soit faite,
Il cognoist la nature et les secrets des cieux,
Et d'un esprit bouillant s'eleve entre les Dieux.

Il cognoist la vertu des herbes et des pierres,
Il enferme les vents, il charme les tonnerres ;
Sciences que le peuple admire, et ne sçait pas
Que Dieu les va donnant aux hommes d'icy bas,
Quand ils ont de l'humain les âmes separées,
Et qu'à telle fureur elles sont preparées
Par oraison, par jeusne et penitence aussi,
Dont aujourd'huy le monde a bien peu de souci.

Extrait de Hymne de l'Automne (1555)

Ronsard retrouve le vieux mythe antique du poète-mage.

davidpalsterman a écrit :

Ainsi, les hommes de la Renaissance s'inspirent énormément de l'Antiquité (ATTENTION : l'Antiquité n'a pas été oubliée au Moyen-Âge ! C'est une idée totalement fausse de dire ça ; le XIIe siècle est appelé "le siècle d'Ovide" car tout le monde le traduisait ou recopiait ; la Poétique d'Aristote est tout à fait connue ; Horace est tout à fait connu ; etc.)

Ça fait plaisir de lire cela : ce n'est pas si souvent ! 

Ronsard retrouve le vieux mythe antique du poète-mage.

Ça fait plaisir de lire cela : ce n'est pas si souvent !

Hélas, trop peu de place est accordée à cette période appelée Moyen-Âge, que ce soit en littérature ou en histoire.
Des siècles d'obscurantisme ? Improbable.
Il paraît évident aujourd'hui que les sciences médiévales se situent dans la continuité de l'antiquité, à leur tour nourrissent la période postérieure du XVIe siècle, et que la Renaissance n'est pas la révolution qu'on a voulu absolument nous faire croire. (les dates de cette "renaissance" varient d'ailleurs de plusieurs siècles selon les pays)

Ronsard retrouve le vieux mythe antique du poète-mage.

Et des "renaissances", il y en a eu deux au cours de la période médiévale...