1 (Modifié par Yacine Madaci 06/06/2018 à 12:26)

Pourquoi Bossuet est-il si peu connu, lu, étudié, accessible ?

Bonjour,

"Bossuet, le plus grand orateur, peut-être, que le monde ait connu", c'est le titre d'un article paru dans Aleteia qui m'a donné envie d'en savoir plus sur cet auteur que je ne connaissais que de nom et pour son "Madame se meurt ! Madame est morte !", qu'il a prononcé au cours de l'oraison funèbre d'Henriette-Anne d'Angleterre.

Et c'est avec surprise que je constate que mes collègues étudiants autour de moi (en master et doctorat) en savent encore moins, avouant n'en avoir jamais entendu parlé.

Ma surprise ne s'arrête pas là : voulant me procurer une de ses œuvres en librairie, il s'avère indisponible à la Fnac ainsi que chez Hisler Even.

D'où ma question.

Je remercie d'avance ceux qui me donneront leur opinion.

2 (Modifié par floreale 06/06/2018 à 12:55)

Pourquoi Bossuet est-il si peu connu, lu, étudié, accessible ?

Souvenir, souvenir.
Le sermon sur la mort du Grand Condé a été mon sujet au concours PLP2.
Une langue superbe. Connotations bibliques en abondance.
Vanité des vanités Le livre de l'Ecclésiaste

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Pourquoi Bossuet est-il si peu connu, lu, étudié, accessible ?

Yacine Madaci a écrit :

Ma surprise ne s'arrête pas là : voulant me procurer une de ses œuvres en librairie, il s'avère indisponible à la Fnac ainsi que chez Hisler Even.

Heureusement que la plupart de ses oeuvres doivent pouvoir se trouver en accès libre sur Google Livres ou Gallica. Par ailleurs, je pense qu'on peut trouver beaucoup de choses en occasion.
Mais il est exact que si Bossuet a toujours fait partie des études classiques et contribué à la formation du goût pour une langue belle et soignée, il n'a jamais été vraiment lu en dehors de l'école.

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Pourquoi Bossuet est-il si peu connu, lu, étudié, accessible ?

Et pourtant ...
Vu au festival d'Avignon :
http://lepetitrenaudon.blogspot.com/201 … 2.html?m=1

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Pourquoi Bossuet est-il si peu connu, lu, étudié, accessible ?

Oui, il faut le truchement d'un spectacle pour qu'on l'entende, mais on ne le lit plus (une telle généralité admet bien forcément quelques exceptions dans la réalité, sûrement).

6 (Modifié par olivier68 17/06/2018 à 20:51)

Pourquoi Bossuet est-il si peu connu, lu, étudié, accessible ?

Hi hi... je dois être une desdites exceptions ;-)

Je relis régulièrement Les oraisons funèbres dans la version Folio Classique (numéro 3996) édité par Jacques Truchet, ou Les Sermons.

Son style est absolument magique. C'est un grand, très grand, écrivain et qui manie la langue de façon parfaite... et d'une culture, chrétienne, historique et politique, époustouflante.

Le souci, probablement, est sans doute qu'on craint de lire des textes "religieux" (donc ennuyeux ?)... mais ce n'est pas le cas. Le style est vif, alerte, rythmé, avec quelques tournures assez exceptionnelles qui donnent à son discours une force et des références exceptionnelles. Quand on y lit par exemple  "Madame a cependant passé du matin au soir, ainsi que l'herbe des champs..."... comment ne pas y voir une référence à Ronsard au-delà du psaume auquel la formule se réfère ?

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Pourquoi Bossuet est-il si peu connu, lu, étudié, accessible ?

On trouve en ce moment sur un site d'enchères le volume des œuvres de Bossuet édité à La Pléiade pour... 15 €
(1616 pages : Oraisons funèbres - Panégyriques - Discours sur l'Histoire universelle. Sermons : Méditation sur la brièveté de la vie - Sermon sur la Providence - Second sermon sur la Providence - Sermon sur la mort. Relation sur le Quiétisme. )

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Pourquoi Bossuet est-il si peu connu, lu, étudié, accessible ?

Le même vendeur propose aussi un tas d'autres volumes de la Pléiade (mais généralement des dépareillés) à des prix incroyablement bas pour des ouvrages de cette réputation et de cette qualité. Quel dommage que mes bibliothèques soient déjà surchargées.

9 (Modifié par olivier68 21/06/2018 à 16:26)

Pourquoi Bossuet est-il si peu connu, lu, étudié, accessible ?

Bonjour,

Le prix d'un volume de la Pléiade, d'occasion, dépend de plusieurs facteurs :
- l'ancienneté de l'édition
- la notoriété de l'auteur
- l'état général du volume
- la présence, ou pas, du rhodoïde d'origine
- la présence, ou pas, de la couverture d'origine
- la présence, ou pas, (et l'état) du boitier d'origine

Les 3 derniers manquent souvent... et le prix s'en ressent.

Notez qu'il existe (existai-en-t) sur Internet des sites proposant de reconstruire les
boîtiers et rhodoïdes. J'ai testé, c'est pas mal. Ils peuvent aussi faire les couvertures... mais on
voit tout de suite que c'est du "neuf" (nature du papier utilisé).

Les mêmes remarques s'appliquent aux Albums. Plus rares. Même d'occasion, les prix peuvent s'envoler.
Jusqu'à plusieurs centaines d'euros pour les premiers et/ou grands écrivains français.

Vous vous interrogiez sur l'"accessibilité" de Bossuet. Certains textes, comme les Oraisons sont tout à fait accessibles. Je parle ici du sens (pas le fait de les trouver ou pas en librairie). D'autres ne le sont sans doute plus car nous n'avons pour la plupart plus la culture religieuse nécessaire. Par exemple, "Relations sur le Quiétisme"... querelle religieuse subtile entre Bossuet et Fénelon... assez incompréhensible aujourd'hui au commun des mortels (notez que je me mets ici dans le commun !  ).

Notez qu'il n'y a plus guère que chez Bossuet que l'on trouve quelques conjugaisons qui ont aujourd'hui disparu : "a voulu qu'elle survéquît".

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Pourquoi Bossuet est-il si peu connu, lu, étudié, accessible ?

Notez qu'il n'y a plus guère que chez Bossuet que l'on trouve quelques conjugaisons qui ont aujourd'hui disparu : "a voulu qu'elle survéquît".

Littré :

Dans le XVIIe et le XVIIIe siècles on disait encore au parfait défini: je survéquis; aujourd'hui on ne dit plus que je survécus.
"Sa femme [d'Attalus, roi de Pergame] le survéquit", Malherbe, le XXXIIIe livre de T.-Live, ch. 21.
"Pas un ne survéquit d'un combat si funeste", Mairet, Mort d'Asdr. v, 2.
"L'amour qui nous unissait survéquit à l'espérance", Rousseau, Hél. III, 18.

https://www.littre.org/definition/survivre
Naturellement, même chose pour le simple "vivre" :

2. Dans le XVIIe siècle, l'usage et les grammairiens n'étaient pas fixés sur la forme du prétérit: je vécus ou je véquis, et de l'imparfait du subjonctif: je vécusse ou je véquisse.
"La corruption de la raison parait par tant de différentes et extravagantes mœurs; il a fallu que la vérité soit venue, afin que l'homme ne véquît plus en soi-même", Pascal, Pens. XXV, 90, éd. HAVET.
"Jamais prince ne véquit si bien dans son domestique", Fléchier, Hist. Théodose, IV, 80.
"Ce fameux conquérant, ce vaillant Sésostris, Qui jadis en Égypte, au gré des destinées, Véquit de si longues années, N'a vécu qu'un jour à Paris", Racine, Épigr. sur le Sésostris de Longepierre.
Aujourd'hui on ne dit plus que: je vécus, je vécusse.