Dislocation de constructions : à la recherche de sources…

Soit la phrase :

« La conception moderne de la nature aide à mieux mesurer la spontanéité de la vie et sa créativité — mieux encore que la vision du  monde stable, répétitive, des philosophies grecque, médiévale et de la Renaissance. » (1)

Considérons-en le dernier groupe nominal — « des philosophies grecque, médiévale et de la Renaissance ». Il est constitué ainsi :

art. déf. contracté + nom commun + [groupe complément]

Par ailleurs, le groupe complément complexe « grecque, médiévale et de la Renaissance », qui qualifie philosophies, est formé des éléments suivants :

adj. qualif. épith. + adj. qualif. épith. + ( groupe nominal = prép. + art. déf. + nom propre)

La qualification se fait donc par deux moyens différents dans le cadre d'un syntagme unique : des adjectifs ; un groupe nominal. À ces deux moyens correspondent des constructions grammaticales différentes.

Très répandues (2) , les constructions de ce genre (avec un nombre variable d'adjectifs et de compléments de nom) me paraissent essentiellement fautives, en ce qu'elles sont disloquées. En outre (tel n'est pas le cas ici, toutefois), on constate souvent qu'un groupe nominal complément de nom, selon l'organisation d'ensemble de la phrase, porte à une confusion de sens, par exemple quand la préposition de est employée précédemment.

En d'autres termes, dans le cas d'espèce, la construction correcte serait :

(…) des philosophies grecque et médiévale et de la philosophie de la Renaissance (…)

Il y a certes une répétition du mot philosophie, lourdeur stylistique dont il conviendrait autrement de se garder, mais elle écarte le solécisme.

J'éprouve en revanche quelque difficulté à étayer mon point de vue par la littérature grammaticale — point de vue auquel m'ont rallié des rédacteurs professionnels éblouissants. La règle la plus proche qui m'est apparue en rapport avec une rupture de construction figure à l'art. 215 de mon édition du Bon Usage (3).

Le point de vue documenté des usagers de ce forum m'intéresserait, étant entendu que ne sont recevables que les avis conformes à la prémisse : « Le bon usage est le parler de ceux qui s'efforcent de bien parler. » Les arguments tels que « Tout le monde dit comme cela » ou « Maintenant c'est comme ça qu'on le dit » ne répondent bien évidemment pas à cette exigence.


(1) SHELDRAKE, Rupert, L'âme de la nature, Paris, Albin Michel, 2001, p. 111.

(2) Inter alia, au détour d'une lecture : « (…) présentation systématique et des exceptions (…) »

(3) GREVISSE, Maurice, Le Bon Usage, Grammaire française, Gembloux, Duculot, 1961, 7e édition, p.155

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Dislocation de constructions : à la recherche de sources…

En d'autres termes, dans le cas d'espèce, la construction correcte serait :

(…) des philosophies grecque et médiévale et de la philosophie de la Renaissance (…)

Il y a certes une répétition du mot philosophie, lourdeur stylistique dont il conviendrait autrement de se garder, mais elle écarte le solécisme.


L'adjectif "renaissant" est envisageable. Mais pour moi, rien ne vaut la phrase de départ. Je n'y vois nul solécisme, nulle ambiguïté puisque le CDN termine le groupe.

Et d'autre part, la philosophie grecque n'est pas si statique que cela : pensons à Héraclite, aux Sophistes...

Dislocation de constructions : à la recherche de sources…

Ce sont des réponses documentées que j'espère, non des avis.

La grammaire n'est pas affaire d'avis, ou presque jamais, et alors après épuisement des sources. L'argumentation est toujours bienvenue, en revanche. Si elle fait défaut, seules des sensibilités différentes s'affrontent, le forum se muant en cour de récréation.

Pour ce qui est des éléments de votre réponse, dans l'ordre:

1) l'expression «philosophie renaissante» ne pourrait se substituer à «la philosophie de la Renaissance», car elle elle introduirait une ambiguïté sémantique;

2) le fait que le complément de nom vienne en dernière position est hors de propos (lequel est la dislocation de la construction);

3) votre avis sur un éventuel caractère «statique» de la philosophie grecque est  hors du sujet. Si vous souhaitez le faire valoir, c'est l'auteur, M. Sheldrake, qu'il faut interpeller.

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Dislocation de constructions : à la recherche de sources…

"1) l'expression «philosophie renaissante» ne pourrait se substituer à «la philosophie de la Renaissance», car elle elle introduirait une ambiguïté sémantique;

Non, à cause des adjectifs "grecque" et "médiévale". Le contexte éclaire suffisamment le sens du mot.

2) le fait que le complément de nom vienne en dernière position est hors de propos (lequel est la dislocation de la construction);

Certes, mais vous avez évoqué vous-même le caractère non ambigu du CDN dans la phrase qui nous occupe.

3) votre avis sur un éventuel caractère «statique» de la philosophie grecque est  hors du sujet. Si vous souhaitez le faire valoir, c'est l'auteur, M. Sheldrake, qu'il faut interpeller."

Non, pas possible ? Je ne m'en étais pas aperçu, figurez-vous.


Dit autrement : "votre avis, on s'en tape". Je le comprends fort bien.

C'était en attendant la réponse des spécialistes de grammaire française, dont je ne suis pas.

5 (Modifié par lamaneur 16/05/2018 à 10:51)

Dislocation de constructions : à la recherche de sources…

BriceC a écrit :

« La conception moderne de la nature aide à mieux mesurer la spontanéité de la vie et sa créativité — mieux encore que la vision du  monde stable, répétitive, des philosophies grecque, médiévale et de la Renaissance. »
[…]
Ce sont des réponses documentées que j'espère, non des avis.
La grammaire n'est pas affaire d'avis, ou presque jamais, et alors après épuisement des sources.

Et que croyez-vous que les grammairiens donnent dans les œuvres qui constituent vos sources ? Des avis, bien évidemment. Plus ou moins argumentés, mais des avis, qui diffèrent d'ailleurs d'un grammairien à l'autre.
Des avis sont tout à fait acceptables, mais la difficulté est d'opérer un tri entre ces avis. Comment savoir à qui accorder sa confiance ?

BriceC a écrit :

1) l'expression «philosophie renaissante» ne pourrait se substituer à «la philosophie de la Renaissance», car elle elle introduirait une ambiguïté sémantique;

Ce n'est que votre avis, mais la documentation le permet pourtant :

B. − [Corresp. à renaissance II] Relatif à la Renaissance. L'art renaissant. Honneur à l'Athénien, à l'esprit, à l'âme, à l'homme athénien (...) qui servent ainsi notre langue médiévale et renaissante (Verlaine, Œuvres posth., t. 3, Pèlerin passionné, 1896, p. 97).L'Allemagne médiévale et renaissante (...) est ressuscitée avec une grande puissance d'évocation (Béguin,Âme romant.,1939, p. 263).

http://www.cnrtl.fr/definition/renaissant
Bizarrement, je suis plutôt de votre avis et n'aime pas tellement cette formulation.

BriceC a écrit :

2) le fait que le complément de nom vienne en dernière position est hors de propos (lequel est la dislocation de la construction);

Ce n'est que votre avis, non documenté ! Je pense au contraire que cela n'est pas indifférent au fait qu'on accepte ou qu'on n'accepte pas aisément ce tour. Je n'imagine pas un instant d'écrire "des philosophies de la Renaissance, médiévale et grecque", qui présente la même "dislocation de construction" mais est sérieusement ambiguë.

Pour ma part, je trouve le terme de "dislocation de construction" un peu fort, mais on peut aussi appeler ces tours des attelages ou des zeugmas syntaxiques. Ce ne sont que des noms. Que dit la documentation ?

La Nouvelle Grammaire française de Grevisse-Goosse, au paragraphe 107 du chapitre sur la coordination (pp. 88-89), écrit :
https://preview.ibb.co/ifhSYy/Capture1.png
[…]
https://preview.ibb.co/cdpVmJ/Capture.png


Vous trouvez la même chose, avec des variantes ou des additions dans :
Le Grevisse de l'étudiant: Grammaire graduelle du français de Cécile Narjoux
Le Bon Usage, de Grevisse-Goosse, édition 2016