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Il n'y a pas d'un côté la littérature et de l'autre la vie...

Bonjour, je prépare le CAPES de lettres modernes et je coince quelque peu sur un sujet de dissertation que voilà :
Marielle Macé écrit dans Façons de lire la poésie, manière d'être (Gallimard, 2011 p9-10)

« Il n'y a pas d'un côté la littérature et de l'autre la vie, dans un face-à-face brutal et sans échanges qui ferait par exemples des désirs romanesques de Sartre (ou de la façon dont Emma Bovary se laisse emporter par des modèles) une simple confusion entre la réalité et la fiction, un renoncement à l'action, une humiliation du réel, et par conséquent un affaiblissement de la capacité à vivre. Il y a plutôt, à l'intérieur de la vie elle-même, des formes, des élans, des images et des manières d'être qui circulent entre les sujets et les œuvres, qui les exposent, les animent, les affectent. »

Et honnêtement, je ne sais pas vraiment quoi mettre dans ma troisième partie.
Pour le I- j'ai appuyé sa thèse,
et pour le II- j'ai un contesté sa thèse en parlant du Bovarysme, de Don Quichotte etc.
Qu'en pensez-vous ? Je ne sais pourquoi je suis particulièrement bloquée avec ce sujet qui est pourtant relativement limpide.
Merci d'avance !

2 (Modifié par Zeruel 18/03/2018 à 16:43)

Il n'y a pas d'un côté la littérature et de l'autre la vie...

Comme on ne dispose pas de ta problématique, c'est difficile de deviner quel axe tu as pu adopter mais si je comprends bien : tu contestes son point de vue sur la base de la connotation pathologique qu'il y a à confondre réalité et fiction. Mais en faisant ça je pense que tu laisses de côté la gageure de l'extrait, qui s'oppose précisément à un état d'esprit qui voudrait dissocier absolument le monde de l'art et celui de la vie, ce qui relève du spectacle et ce qui relève de l'action.
Je pense que c'est important, comme tu l'as fait en seconde partie, de mettre en valeur les excès qui semblent procéder des mêmes principes que la position de l'auteure, mais ça ne peut marcher qu'à condition de bien montrer que : poussé à l'extrémité, on n'a plus affaire à de la littérature, mais à de la psychiatrie.

Est-ce que le côté pathologique du Bovarysme nous fait irrémédiablement sortir de l'art et de la littérature ? Je pense que tu pourrais faire une troisième partie en répondant non, et ça permet d'accréditer avec plus de force la thèse de l'auteure : c'est dans le côté monstrueux que peut prendre l'expérience quotidienne, dans les abîmes existentielles, que précisément la littérature devient extrêmement intéressante. Ça permet de montrer avec beaucoup de limpidité le point d'articulation de son argument, à savoir qu'une littérature riche ne se situe pas en retrait du réel, mais enchevêtrée à lui, en en épousant le foisonnement, les splendeurs autant que les défectuosités.

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Il n'y a pas d'un côté la littérature et de l'autre la vie...

Le titre de l'ouvrage de Marielle Macé peut être une piste. La présentation de l'éditeur également.

Façons de lire. Manières de vivre.

http://www.detambel.com/f/index.php?sp= … vre_id=827

4 (Modifié par hortensine 18/03/2018 à 17:34)

Il n'y a pas d'un côté la littérature et de l'autre la vie...

Merci pour ta réponse c'est très intéressant effectivement !
Du coup  oui ma problématique (que je n'ai pas encore bien formulée) c'est : On pourrait donc se demander si la littérature échappe toujours à cette confusion entre  fiction et réalité au profit d'une relation apaisée entre ces deux entités qui à elles deux permettraient l'animation des œuvres.
Et du coup en
I- OUI
A- Individuation (école de constance etc)
B- Je voulais parler de Proust et de La lecture
C- Position physique du lecteur

II- NON
A- Bovarysme, Don Quichotte etc
B- Proust dans la recherche
C- Sartre

III-
A- Je voulais parler de l'intertextualité (montrer qu'il n'y a pas que des liens vie/oeuvre qui existent mais prouver l'importance des liens entre les œuvres elles-même)
B- Ne pas oublier que les écrivains sont avant-tout de grands lecteurs (j'avoue que cette sous partie est encore bien floue ahah)
C- Prouver donc que l'excès n'est pas forcément une sortie de l'art

Donc oui, je comprends ce que tu veux dire. La question de base ça serait donc de ne pas réduire l'art et la vie à deux mondes contraires et hérmétiques c'est cela ? Et du coup en troisième partie de dire que ce qui est pathologie, ne sort pas de l'art puisque l'art puise lui même dans les excès, les travers etc ?

Merci pour le lien, c'est effectivement éclairant!

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Il n'y a pas d'un côté la littérature et de l'autre la vie...

Bonjour,

Quelques pistes complémentaires :

Il est curieux que le genre autobiographique n'ait pas été abordé.
Une question qui mériterait également d'être posée est celle de savoir si la littérature peut nous apprendre à vivre ou si elle nous trompe.
De même certains écrivains comme Baudelaire ont voulu refaire la vie (ou la sauver) au travers de leur art.
Enfin tout écrivain digne de ce nom nous présente a minima sa propre perception esthétique de la vie. Dans ces conditions, même le réalisme est un leurre car il est d'abord une théorie.

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Il n'y a pas d'un côté la littérature et de l'autre la vie...

Merci beaucoup, c'est vrai que je voulais parler de la littérature qui influence notre vie : et si elle nous apprend à vivre ou si elle nous trompe c'est totalement ce que je cherchais !
Pour le genre autobiographique j'en parlais avec Sartre du coup, mais c'est vrai que je peux le ré-aborder dans une autre partie.
Ca m'aide beaucoup !

Il n'y a pas d'un côté la littérature et de l'autre la vie...

Bonsoir,
Tu parles de Proust dans le oui (oui quoi, au fait ? et dans le non, non quoi ?)
Je serais curieuse de savoir ce que tu comptes dire de Proust.
Voilà un écrivain qui semble choisir d'écrire sa vie en lieu et place de la vivre.
Pour vivre vraiment, faut-il écrire ? C'est l'impression qu'il nous donne. "La vraie vie, c'est la littérature", Le temps retrouvé

8 (Modifié par hortensine 18/03/2018 à 22:07)

Il n'y a pas d'un côté la littérature et de l'autre la vie...

Quand je dis oui et non c'est en réponse à la thèse du sujet. Donc oui, effectivement j'appuie sa thèse, et non je la réfute.
Proust j'ai parlé de lui dans le "oui", puisque dans Sur la lecture, il évoque les moments où il lisait, où malgré tout le monde extérieur participait à sa lecture : "l'abeille ou le rayon de soleil gênants qui nous forçaient à lever les yeux de la page", et où il dit qu'il ne peut retrouver cette lecture puisqu'elle était constituée de tout cet environnement finalement agréable.

Auriez-vous un autre exemple d'un auteur/ poète qui distinguerait nettement l'art/ la littérature et la vie ? S'il vous plait ! Je trouve que Proust ne suffit pas.

Il n'y a pas d'un côté la littérature et de l'autre la vie...

En fait, ce sujet n'est pas si limpide que tu le dis.
Nous sommes d'accord : il porte sur la littérature et la vraie vie.
Mais ce problème peut être envisagé du côté de l'écrivain et de celui du lecteur.
Et je me demande s'il faut mélanger les deux aspects...

Du côté des écrivains...
Des écrivains qui sortent, même momentanément, de la vie pour l'écrire, il y en a.
On a parlé de Proust.
Des "il faut vivre pour écrire", on en trouve. C'est une citation de Jules renard.
Le philosophe Kierkegaard peut aussi être cité :« Écrire fut ma vie »
Jean-Luc a mentionné l'écriture autobiographique.
Qui permet, dans le cas de Rousseau (ce n'est qu'un exemple) de revivre sa vie, ou de la recréer pour ceux qui n'auraient pas compris...

L'ambivalence de Montaigne (homme d'action et homme d'écriture) pourrait peut-être aussi servir de référence, peut-être de transition..

Par ailleurs, je crois qu'il ne faut pas confondre Emma Bovary et Don Quichotte, héros de roman, qui prennent la littérature pour la  vie réelle, avec leur créateur. Ils doivent être placés du côté des lecteurs.
Et à ce moment, effectivement, on peut montrer comment la lecture peut fournir une image de la vie, réaliste, ou du moins vraisemblable ou complètement déformée, comment elle peut influencer la vie dans un sens positif ou négatif.
Comment elle peut être ce miroir qu'on promène le long d'un chemin dont parlait Stendhal.

10 (Modifié par Jehan 23/03/2018 à 14:51)

Il n'y a pas d'un côté la littérature et de l'autre la vie...

Bien sûr que le sujet n'est pas limpide sinon ils ne le donneraient pas ahah! Je trouve juste qu'il est quand même relativement compréhensible par rapport à certains
Sinon j'ai bien entendu parler des écrivains! Et je sais que Don Quichotte et Emma Bovary sont à placer du côté des lecteurs, c'est le principe du bovarysme ! 
J'ai parlé de Rousseau et notamment des Confessions et de l'histoire du ruban volé.
Je n'ai pas pensé à parler de Montaigne malheureusement ! Je ne maîtrise pas tellement cet auteur à part de vagues connaissances des Essais ..
Merci pour ton aide!

J'ai finalement eu 11.5 à ma dissert', merci pour votre aide à tous même si ma prof n'a pas toujours trouvé ça très pertinent ahha!
Bonne journée à tous!