Flaubert, L’Éducation sentimentale - Frédéric descendit l'escalier marche à marche...

Bonsoir je dois réaliser une sorte de commentaire, je dis 'une sorte' car ma professeur m'a déjà donné la problématique : Montrer que la description du lieu révèle l'état d'esprit du personnage. Le texte correspond au chapitre 5 de la première partie de L'éducation Sentimentale de Gustave Flaubert. Je vous met l'extrait en question en dessous de mes recherches. J'ai quelques pistes mais j'ai du mal à relever beaucoup d'exemples, pourriez vous m'aider ?

Donc pour commencer je pense que l'état d'esprit du personnage est l'ennui et la tristesse car l'on nous dit "commencèrent trois mois d'ennui" le personnage s'étant fait mal ressevoir par le mari de la femme qu'il aime. Maintenant il faut mettre en relation l'ennui et la descritption du lieu.

"Il passait des heures à regarder" le personnage est immobile, innactif voire passif = ennui ( mais ma citation fait-elle partie de la description ? )
Il observe la Seine "grisâtre", "noircis […] par la bavure des égouts" et on remarque également la cruauté des "gamins" qui baignent un caniche dans la vase. Cette vision pessimiste de Paris peut être une traduction de l'ennui du personnage.

Ensuite "il remontait au hasard" il èrre sans but --> ennui (mais encore une fois je ne pense pas que cette citation fait partie de la description ce qui en fait alors un hors-sujet ? )

On relève le quartier latin "désert". Les murs "allongé par le silence" qui ont un "aspect encore plus morne" encore une fois vision pessimiste du lieu.

"la dame du comptoir baillait" lui même relève l'ennui des autres.
"les journaux demeuraient en ordre" rien ne se passe, tout est calme --> ennuyeux.
"l'espoir d'un disctraction" il est conscient de son ennui" ?

voilà c'est tout ce que je peux voir pour le moment et je trouve cela un peu léger. Merci d'avance

Voici l'extrait :

"Frédéric descendit l'escalier marche à marche. L'insuccès de cette première tentative le décourageait sur le hasard des autres. Alors commencèrent trois mois d'ennui. Comme il n'avait aucun travail, son désœuvrement renforçait sa tristesse.

Il passait des heures à regarder, du haut de son balcon, la rivière qui coulait entre les quais grisâtres, noircis, de place en place, par la bavure des égouts, avec un ponton de blanchisseuses amarré contre le bord, où des gamins quelquefois s'amusaient, dans la vase, à faire baigner un caniche. Ses yeux délaissant à gauche le pont de pierre de Notre-Dame et trois ponts suspendus, se dirigeaient toujours vers le quai aux Ormes, sur un massif de vieux arbres, pareils aux tilleuls du port de Montereau. La tour Saint-Jacques, l'Hôtel de Ville, Saint-Gervais, Saint-Louis, Saint- Paul se levaient en face, parmi les toits confondus, – et le génie de la colonne de Juillet resplendissait à l'orient comme une large étoile d'or, tandis qu'à l'autre extrémité le dôme des Tuileries arrondissait, sur le ciel, sa lourde masse bleue. C'était par-derrière, de ce côté-là, que devait être la maison de Mme Arnoux.

Il rentrait dans sa chambre ; puis, couché sur son divan, s'abandonnait à une méditation désordonnée : plans d'ouvrages, projets de conduite, élancements vers l'avenir. Enfin, pour se débarrasser de lui-même, il sortait.

Il remontait, au hasard, le Quartier latin, si tumultueux d'habitude, mais désert à cette époque, car les étudiants étaient partis dans leurs familles. Les grands murs des collèges, comme allongés par le silence, avaient un aspect plus morne encore ; on entendait toutes sortes de bruits paisibles, des battements d'ailes dans des cages, le ronflement d'un tour, le marteau d'un savetier ; et les marchands d'habits, au milieu des rues, interrogeaient de l'oeil chaque fenêtre, inutilement. Au fond des cafés solitaires, la dame du comptoir bâillait entre ses carafons remplis ; les journaux demeuraient en ordre sur la table des cabinets de lecture ; dans l'atelier des repasseuses, des linges frissonnaient sous les bouffées du vent tiède. De temps à autre, il s'arrêtait à l'étalage d'un bouquiniste ; un omnibus, qui descendait en frôlant le trottoir, le faisait se retourner ; et, parvenu devant le Luxembourg, il n'allait pas plus loin.

Quelquefois, l'espoir d'une distraction l'attirait vers les boulevards. Après de sombres ruelles exhalant des fraîcheurs humides, il arrivait sur de grandes places désertes, éblouissantes de lumière, et où les monuments dessinaient au bord du pavé des dentelures d'ombre noire. Mais les charrettes, les boutiques recommençaient, et la foule l'étourdissait, – le dimanche surtout, – quand, depuis la Bastille jusqu'à la Madeleine, c'était un immense flot ondulant sur l'asphalte, au milieu de la poussière, dans une rumeur continue ; il se sentait tout écœuré par la bassesse des figures, la niaiserie des propos, la satisfaction imbécile transpirant sur les fronts en sueur ! Cependant, la conscience de mieux valoir que ces hommes atténuait la fatigue de les regarder."

2 (Modifié par Jehan 03/03/2018 à 19:12)

Flaubert, L’Éducation sentimentale - Frédéric descendit l'escalier marche à marche...

Peut-être analyser l'extrait en fonction des focalisations.
Repérer le lexique de la vue, du regard.
Montrer l'interaction  entre le décor et le personnage ( ex : "le faisait se retourner "/ "l'espoir d'une distraction l'attirait vers les boulevards" / "il se sentait tout écœuré par ...")

Flaubert, L’Éducation sentimentale - Frédéric descendit l'escalier marche à marche...

Voilà, à travers le regard de Frédéric tout le paysage devient négatif. Il remarque le noir de la "bavure de égouts" sur les quais par exemple. Son regard "délaisse" certains éléments du décors et est attiré par le quartier où vit Mme Arnoux et par tout ce qui coïncide avec son état d'esprit.