1 (Modifié par Kimmy23 23/02/2018 à 15:34)

Proust, Du côté de chez Swann - Ma mère craignait qu’il ne se développât chez Françoise...

Bonjour,
Je suis étudiante en L1 Lettres Modernes et je voudrais qu'on m'aide à éclaircir quelques points sur un passage de A la recherche du temps perdu de Proust pour pouvoir en faire une analyse. Je ne comprend pas la référence à l'histoire dans ce passage... Je met le passage ci-dessous :

Ma mère craignait qu’il ne se développât chez Françoise une véritable haine pour ma tante qui l’offensait le plus durement qu’elle le pouvait. En tous cas Françoise attachait de plus en plus aux moindres paroles, aux moindres gestes de ma tante une attention extraordinaire. Quand elle avait quelque chose à lui demander, elle hésitait longtemps sur la manière dont elle devait s’y prendre. Et quand elle avait proféré sa requête, elle observait ma tante à la dérobée, tâchant de deviner dans l’aspect de sa figure ce que celle-ci avait pensé et déciderait. Et ainsi — tandis que quelque artiste lisant les Mémoires du xviie siècle, et désirant de se rapprocher du grand Roi, croit marcher dans cette voie en se fabriquant une généalogie qui le fait descendre d’une famille historique ou en entretenant une correspondance avec un des souverains actuels de l’Europe, tourne précisément le dos à ce qu’il a le tort de chercher sous des formes identiques et par conséquent mortes — une vieille dame de province, qui ne faisait qu’obéir sincèrement à d’irrésistibles manies et à une méchanceté née de l’oisiveté, voyait sans avoir jamais pensé à Louis XIV les occupations les plus insignifiantes de sa journée, concernant son lever, son déjeuner, son repos, prendre par leur singularité despotique un peu de l’intérêt de ce que Saint-Simon appelait la « mécanique » de la vie à Versailles, et pouvait croire aussi que ses silences, une nuance de bonne humeur ou de hauteur dans sa physionomie, étaient de la part de Françoise l’objet d’un commentaire aussi passionné, aussi craintif que l’étaient le silence, la bonne humeur, la hauteur du Roi quand un courtisan, ou même les plus grands seigneurs, lui avaient remis une supplique, au détour d’une allée, à Versailles.

Merci Beaucoup.

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Proust, Du côté de chez Swann - Ma mère craignait qu’il ne se développât chez Françoise...

Bonjour,

A l'évidence Proust fait preuve d'humour.
L'effet est double :
- Marcel élève les mesquineries de la vie provinciale à la hauteur de la représentation mondaine donnée par la cour du Roi-Soleil.
- Il suit le modèle d'un écrivain qu'il admirait, Saint-Simon, en rapetissant l'admiration servile portée au roi par ses sujets.