1 (Modifié par Jehan 09/11/2017 à 19:34)

La Bruyère, Les Caractères - Ménalque le distrait

Bonsoir,

Je suis actuellement en L1 de Lettres et dois faire un commentaire de texte sur un extrait de l'oeuvre "Les caractères" de La Bruyère. Voici le texte en question:

Ménalque descend son escalier, ouvre sa porte pour sortir, il la referme : il s’aperçoit qu’il est en bonnet de nuit ; et venant à mieux s’examiner, il se trouve rasé à moitié, il voit que son épée est mise du côté droit, que ses bas sont rabattus sur ses talons, et que sa chemise est par-dessus ses chausses. S’il marche dans les places, il se sent tout d’un coup rudement frappé à l’estomac ou au visage ; il ne soupçonne point ce que ce peut être, jusqu’à ce qu’ouvrant les yeux et se réveillant, il se trouve ou devant un limon de charrette, ou derrière un long ais de menuiserie que porte un ouvrier sur ses épaules. On l’a vu une fois heurter du front contre celui d’un aveugle, s’embarrasser dans ses jambes, et tomber avec lui chacun de son côté à la renverse. Il lui est arrivé plusieurs fois de se trouver tête pour tête à la rencontre d’un prince et sur son passage, se reconnaître à peine, et n’avoir que le loisir de se coller à un mur pour lui faire place. Il cherche, il brouille, il crie, il s’échauffe, il appelle ses valets l’un après l’autre : on lui perd tout, on lui égare tout ; il demande ses gants, qu’il a dans ses mains, semblable à cette femme qui prenait le temps de demander son masque lorsqu’elle l’avait sur son visage. Il entre à l’appartement, et passe sous un lustre où sa perruque s’accroche et demeure suspendue : tous les courtisans regardent et rient ; Ménalque regarde aussi et rit plus haut que les autres, il cherche des yeux dans toute l’assemblée où est celui qui montre ses oreilles, et à qui il manque une perruque. S’il va par la ville, après avoir fait quelque chemin, il se croit égaré, il s’émeut, et il demande où il est à des passants, qui lui disent précisément le nom de sa rue ; il entre ensuite dans sa maison, d’où il sort précipitamment, croyant qu’il s’est trompé. Il descend du Palais, et trouvant au bas du grand degré un carrosse qu’il prend pour le sien, il se met dedans : le cocher touche et croit remener son maître dans sa maison ; Ménalque se jette hors de la portière, traverse la cour, monte l’escalier, parcourt l’antichambre, la chambre, le cabinet ; tout lui est familier, rien ne lui est nouveau ; il s’assit, il se repose, il est chez soi. Le maître arrive : celui-ci se lève pour le recevoir ; il le traite fort civilement, le prie de s’asseoir, et croit faire les honneurs de sa chambre ; il parle, il rêve, il reprend la parole : le maître de la maison s’ennuie, et demeure étonné ; Ménalque ne l’est pas moins, et ne dit pas ce qu’il en pense : il a affaire à un fâcheux, à un homme oisif, qui se retirera à la fin, il l’espère, et il prend patience : la nuit arrive qu’il est à peine détrompé.

Voici donc mon introduction rédigée des mes propres mains: 

Ce texte est un extrait de l’oeuvre “Les caractères” de Jean de la Bruyère, parue en 1866. L’oeuvre “Les caractères” est principalement connue en raison de sa structure atypique, en effet, l’intégralité de l’oeuvre est en fait composée de courtes narrations qui constituent un regard sur les mœurs et la société de son temps. En l’occurrence, nous avons ici un portrait définissant le personnage de Ménalque. Il s’agira tout au long de ce commentaire de cerner l’opinion de l’auteur sur la société de son temps en corrélation avec le portrait de Ménalque. Dans cette optique, nous verrons donc qu’il s’agit ici d’un portrait comique, qui tend à dénoncer la superficialité des mœurs des rangs aristocratiques au temps de la Bruyère. 

L'idée principale que je vous voudrais transmettre tourne autour du fait que Menalque, personnage maladroit, doit sans cesse se corriger pour satisfaire les codes de la société (notamment au niveau vestimentaire).
Dans un premier temps, est-ce compréhensible ce que je raconte là ? Ensuite, mon plan est-il cohérent ? Est-ce bien l'enjeu du texte ? Ce que je dis me semble cohérent, mais j'ai peur de trahir le véritable message que voudrait délivrer l'auteur.

Merci d'avance.

La Bruyère, Les Caractères - Ménalque le distrait

Bonsoir.

Je crois que ce portrait de Ménalque dépasse la simple satire des mœurs aristocratiques...
Je ne trouve pas que ce soit vraiment l'enjeu principal.
C'est un portrait à valeur plus universelle, il me semble.

3

La Bruyère, Les Caractères - Ménalque le distrait

Bonjour,

Ne pas chercher midi à quatorze heures.
Ménalque est le portrait à charge du distrait.
C'est une satire par accumulation d'invraisemblances.
De là à voir une critique des moeurs, il y a un saut que je n'effectuerai pas.
Ménalque est un original asocial. Aujourd'hui on se demanderait peut-être s'il ne souffre pas de la maladie d'Alzheimer.
Finalement faut-il rire de lui ou le plaindre ?

4 (Modifié par floreale 09/11/2017 à 19:52)

La Bruyère, Les Caractères - Ménalque le distrait

Je suis étonnée que tu en sois déjà à l'introduction qui affirme un point de vue, le tien.

Peut-être conviendrait-il de situer ce "caractère" du distrait dans son chapitre XI : De l'homme.
Puis de consulter les notes de la Bruyère ajoutée à la 8° édition.
" Ceci est  moins un caractère particulier qu'un recueil de faits de distractions. Ils ne sauraient être en trop grand nombre  s'ils sont agréables car les goûts étant différents, on a à choisir".
Analyser le portrait du distrait, qui quoi qu'en dise La Bruyère, se caractérise par l' effet d'accumulation. Portrait charge destiné à faire rire.
Portrait à clé peut-être. Les contemporains auraient reconnu Charles de Villars, comte de Brancas, chevalier d'honneur d'Anne d'Autriche.  La Bruyère aurait emprunté des traits aussi au prince de Conti ... La liste est longue. Tant mieux, chaque lecteur indulgent repensera à ses propres distractions qu'il n'ose pas avouer ...
Au-delà, noter les invraisemblances.
Repérer ce que ce texte nous apprend des moeurs du XVII°.

5 (Modifié par Bubblegreen 09/11/2017 à 20:55)

La Bruyère, Les Caractères - Ménalque le distrait

Merci de vos réponses.
Mais alors quel plan adopter ?

Je pense garder l'aspect comique, mais je me vois mal faire une partie traitant du pourquoi doit-on le qualifier de distrait, cela me semble bien rébarbatif...
L'accumulation ne fait-elle pas partie du comique ? Et que traduit cet effet ?

La Bruyère, Les Caractères - Ménalque le distrait

Le portrait d'un distrait.
Un portrait en mouvement.
Un portrait caricatural jusqu'à l'absurde. L'image d'un homme qui perd la notion des choses et des gens.