1 (Modifié par penseur sauvage 27/10/2017 à 16:28)

Comment se déroule un doctorat de philosophie ?

Bonjour à tous,

Je suis actuellement en seconde année de Master de philosophie à Nanterre et j'envisage de poursuivre en doctorat. Étant le seul de ma famille à atteindre ce niveau d'étude je ne sais pas comment se déroule ce cursus et ça m'angoisse un peu sachant que mon cas est particulier, je m'explique :

J'ai repris les études avec un projet spécifique (en résumé : reformuler la manière dont on pense les rapports humains au reste du vivant, après avoir travaillé un moment auprès d'animaux). Mais j'ai eu un parcours scolaire très difficile, possiblement en raison d'un syndrome d'Asperger qui est en cours de diagnostique. J'ai repris les études en 2013 en étudiant à distance car je ne supporte pas les cours en présentielle. J'ai des difficultés sociales assez lourdes : je vois très peu de gens, les examens me stressent énormément et je suis incapable de tenir un emploi du temps sur le long terme. Si j'essaye de me forcer à supporter ces exigences "comme tout le monde" le stress s'accumule et je peux en arriver à faire des crises de panique violentes. Au fil du temps j'ai dû me faire une raison : il faut que je choisisse entre cette "vie normale" et ma santé, je ne peux tout simplement pas poursuivre l'un sans sacrifier l'autre.

Jusqu'à présent les études à distance ont été une solution presque idéale pour moi : j'ai accès aux cours depuis chez moi, je peux étudier à mon rythme et si j'ai une période difficile je peux faire une pause sans préavis et rattraper le retard ensuite (alors qu'en présentielle je raterais juste des cours). Seulement je viens de réaliser que Nanterre ne propose pas de doctorat de philosophie à distance, donc la meilleure solution pour poursuivre en doctorat semble être de m'inscrire en présentielle à l'université la plus proche de chez moi (l'UPMF à Grenoble) et ça m'angoisse pas mal vu que je ne sais pas ce qui est attendu d'un thésard de philosophie en présentielle.

J'ai fait quelques recherches et j'ai vu qu'il y a pas mal de moyens différents de poursuivre une thèse. En ce qui me concerne j'ai déjà mon propre projet de thèse, je ne cherche pas à être embauché par quelque entreprise ou institut que ce soit en contrat doctorant, pour le financement je me débrouillerai par moi-même et pour ce qui est d'enseigner ou de présenter des conférences, vous aurez compris que ça ne fait pas exactement parti de mon plan, si je suis contraint à des engagements de ce type je ne suis pas sûr de vouloir m'engager en doctorat.

En bref ce que j'aimerais savoir, c'est s'il est possible de passer une thèse doctorante de la même manière que j'ai passé ma licence et bientôt mon master en EAD : j’étudierais et ferais mes recherches depuis chez moi, je n'aurais pas d'obligation de présence à des séminaires et serais évalué en dérogatoire en fin d'année durant des partiels, examens et soutenances. Je peux bien sûr communiquer avec mes directeurs de thèses et tout autre intervenant, mais de préférence à distance sauf quand c'est indispensable de se voir en personne.

Est-ce qu'on peut valider une thèse comme ça ? Ou bien est-ce qu'il faudra forcément s'engager à suivre des séminaires en présentielle, donner/assister à des conférences, donner/assister à des cours etc. etc. ? Parce que ces obligations pourraient me pousser à renoncer au doctorat, je prend déjà énormément sur moi depuis bientôt 5 ans pour valider mes examens en fin d'année. Mais d'un autre coté je tiens vraiment à aller au bout de mon projet et soutenir cette thèse, ça me décevrait beaucoup d'être obligé d'y renoncer après 5 ans d'études dédiées à ce projet.

Merci d'avance aux thésards / doctorants qui sauront m'éclairer sur ce cursus au travers de leur propre expérience.

Comment se déroule un doctorat de philosophie ?

Tout d'abord, je cite ce que j'avais écrit (8e message d'un autre sujet, auquel tu as d'ailleurs répondu récemment : https://www.etudes-litteraires.com/foru … ophie.html) et qui me semble essentiel :

Sfdd a écrit :

Il faut que tu saches d'abord ce qui te motive : tout le monde peut faire de la philosophie "en amateur" ; si tu souhaites t'engager dans un doctorat, c'est donc que tu recherches quelque chose d'autre : le diplôme ou le titre, un accès vers un certain type d'activité, en particulier une profession, que sais-je... Il est bon de s'interroger sur les moyens qui existent pour atteindre ces objectifs sous-jacents et sur le bien-fondé du choix de cette voie-là pour l'atteindre.

Je répète également que la raison d'être du doctorat aujourd'hui est de contribuer à étendre le corpus de connaissances disponibles sur un sujet pointu : c'est donc ton attirance pour un sujet et non pour le diplôme qui dicte l'éventail des potentiels directeurs de thèses et laboratoires, donc l'éventail des établissements à considérer. La deuxième conséquence, c'est que les "études doctorales" ne sont pas sanctionnées par un examen de contrôle des connaissances : à la fin de la thèse, le potentiel docteur est censé être la seule personne du monde à connaître aussi bien le sujet sur lequel il a passé ses récentes années.

Ensuite, pour ce qui est de l'expérience du doctorat, il s'agit toujours un peu, et ce quelle que soit le domaine, d'un apprentissage "sur le tas". Vu ce que j'ai écrit plus haut, tu peux t'imaginer que les conditions du doctorat dépendent d'une étroite collaboration avec une personne spécifique, le directeur de thèse, et avec son environnement académique, plutôt qu'avec le rôle plus formatté de l'enseignant : cette relation unique fait que les "études doctorales" sont toujours faites sur mesure et qu'il existe une très grande variabilité en fonction du directeur, du labo, de l'université, du lieu, du pays, etc. Pas de réponse générale, donc.
Pour cette raison également, il n'y a pas de doctorat formellement proposé à distance. Le doctorat de philosophie ou de lettres, voire d'histoire, a cependant ceci de spécifique qu'il s'agit moins de travailler en laboratoire qu'en bibliothèque, donc pratiquement à distance , mais je ne recommanderais certainement pas un cursus où le directeur de thèse ne s'investirait pas personnellement et régulièrement dans sa collaboration avec son thésard, par des entrevues nombreuses au cours de l'année.

Comment se déroule un doctorat de philosophie ?

Bonjour,

Je vais essayer de répondre aux diverses questions.

Je ne comprends pas pourquoi tu ne veux pas tenter le contrat doctoral. Concrètement, le seul engagement, c'est de mener à bien ta thèse, et ça te donne une sécurité matérielle pour trois ans.

Aucune obligation de faire du réseau, de publier des articles ou de faire des conférences. Mais concrètement, cela veut dire que tu ne feras pas une carrière académique et que ta recherche n'aura pas de retentissement et donc aura une utilité sociale/intellectuelle limitée. Ce qui n'est pas forcément un souci, mais c'est pour que les choses soient claires.

La thèse est un travail solitaire. Aucun souci à ce niveau-là, donc, tu pourras t'organiser comme tu veux. Il y a d'ailleurs pour tous les thésards des moments de vide. Tu auras sans doute à voir ton directeur de thèse à une fréquence que vous déciderez. Je pense que le voir tous les mois, tous les deux mois, est un minimum pour pouvoir être sûr que tu es bien sûr les rails. On s'enfance dans les réflexions conceptuelles, et on a du mal à prendre du recul sur ce que l'on fait, surtout après des mois de conceptualisation. Le directeur de thèse est celui qui permet de faire un pas de côté et de reconsidérer le plan général, dans mon expérience.

Bon courage !

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Comment se déroule un doctorat de philosophie ?

Merci à vous deux pour vos éclaircissements, je vais répondre aux points que vous soulevez du mieux que je peux, désolé par avance si je m'égare, le fonctionnement universitaire est parfois très abstrait pour moi :

Sfdd a écrit :

si tu souhaites t'engager dans un doctorat, c'est donc que tu recherches quelque chose d'autre : le diplôme ou le titre, un accès vers un certain type d'activité, en particulier une profession, que sais-je...

Concrètement je n'ai aucun projet qui relève de ce qu'on pourrait appeler (pour faire court) une "carrière universitaire", je pense que ce qui décrirait le mieux mon projet c'est d'être auteur philosophe. Certes comme vous le dites je pourrais le faire dès maintenant "en amateur", mais je tiens à le faire le plus sérieusement et efficacement possible ; et à mon sens la légitimité universitaire est le meilleur moyen d'y parvenir.

En bref ce qui m'intéresse c'est d'une part le titre  : avoir un doctorat attesterait en quelque sorte que j'ai "fait ma part" en terme de méthodologie et de recherche pour revendiquer une autorité dans le sujet concerné. D'autre part l'encadrement universitaire : pour les raisons que j'ai expliqué précédemment j'ai tendance à travailler dans ma bulle et ça n'est pas une bonne habitude. Je pense qu'un cursus doctorant aurait l'avantage de m’obliger à travailler de manière coordonnée avec d'autres universitaires et garantirait notamment que les thèses que je défend soient confrontées à la critique voire à la contradiction de pairs.

Sfdd a écrit :

Je répète également que la raison d'être du doctorat aujourd'hui est de contribuer à étendre le corpus de connaissances disponibles sur un sujet pointu

Mon objectif est double : d'une part je cherche à diffuser une meilleure (selon moi) compréhension de notre rapport au vivant dans le "grand public" ; d'autre part je cherche à le faire dans le cadre d'une méthodologie et des débats de spécialistes (universitaires donc). Pour prendre une comparaison : ma démarche est comparable à l'oeuvre de Peter Singer qui a su formuler une proposition très débattue dans le milieu universitaire (en philosophie de la morale) mais adressée avant-tout au grand public sur lequel elle a eu une forte influence. Donc il y a bien l'idée d'étendre un corpus de connaissance dans ce même domaine, mais aussi de ne pas m'y limiter et m'adresser en premier lieu au grand public.

Sfdd a écrit :

La deuxième conséquence, c'est que les "études doctorales" ne sont pas sanctionnées par un examen de contrôle des connaissances : à la fin de la thèse, le potentiel docteur est censé être la seule personne du monde à connaître aussi bien le sujet sur lequel il a passé ses récentes années.

Du coup oui, j'aspire à ça aussi en quelque sortes. Mais mon projet n'est pas spécialisé sur un sujet précis comme j'ai l'impression que le sont les projets de thèses de philosophie "par tradition" (mais ce n'est peut être qu'une idée reçue de ma part). C'est assez ambitieux mais j'envisage de proposer une sorte de refondation éthique (utilitariste) de notre relation au vivant basée sur ce que nous apprend l'anthropologie et l'éthologie comparée. Je ne sais pas dire si ça rentre dans le champs de ce que vous décrivez comme se spécialiser dans un domaine de connaissance, j'ai l'impression que oui mais comme j'ai cette habitude de ne jamais voir les choses de la même manière que tout le monde je préfère avoir votre opinion : est-ce qu'un projet de ce type rentre dans le champs de ce qui est usuellement considéré comme un projet de thèse doctorante ?

Sfdd a écrit :

les "études doctorales" sont toujours faites sur mesure et qu'il existe une très grande variabilité en fonction du directeur, du labo, de l'université, du lieu, du pays, etc. Pas de réponse générale, donc. Pour cette raison également, il n'y a pas de doctorat formellement proposé à distance.

Ce qui explique donc mes difficultés à m'informer sur le sujet : il n'existe pas de réponse toute faite. Mais à priori je peux donc m'inscrire en doctorat sans me retrouver obligé de travailler dans un cadre qui serait inadapté à mon fonctionnement, ça me rassure.

Artz a écrit :

Je ne comprends pas pourquoi tu ne veux pas tenter le contrat doctoral. Concrètement, le seul engagement, c'est de mener à bien ta thèse, et ça te donne une sécurité matérielle pour trois ans.

Si c'est bien le cas c'est que mes raisons sont mauvaises tout simplement ; mais j'ai cru comprendre qu'un contrat doctoral implique un projet consécutif au doctorat. Comme devenir enseignant/chercheur, ou bien chercheur dans le privé auprès de l'entreprise avec laquelle on aura signe le contrat. Aussi il m'a semblé comprendre que ces contrats impliquaient que le sujet de thèse était prédéterminé, par exemple une entreprise d'aéronautique qui cherche à embaucher un thésard sur telle ou telle spécificité de la dynamique des fluides en vue de l'embaucher ensuite comme chercheur. Je ne sais pas comment ça se passe dans le champs de la philosophie.

S'il est possible d'obtenir un contrat doctorant qui me laisse la liberté du sujet de thèse et n'implique aucune contrepartie de type conférence, enseignement, stage, emploi futur etc. Bien entendu que ça serait bête d'y renoncer, mais j'ai du mal à croire qu'il soit possible de trouver une structure prête à financer un projet de thèse sans aucune contrepartie comme ça. Si j'ai bien compris on parle d'un salaire de l'ordre de 3000€ par mois sur 3 ans, soit 108 000€ sur le cursus, j'imagine bien qu'aucune structure n'investirait cette somme par pure charité. Mais s'il existe des contrat d'état qui me permettent de poursuivre mon projet sans contrepartie qui ne me conviennent pas, bien entendu que ça m'intéresse de les connaitre. Comme je l'ai dit je n'ai pas la moindre idée de comment fonctionne ce cursus et ta remarque démontre que je fais bien de poser la question ici : ça m'évitera peut-être de passer à coté d'informations intéressantes.

Artz a écrit :

Mais concrètement, cela veut dire que tu ne feras pas une carrière académique et que ta recherche n'aura pas de retentissement et donc aura une utilité sociale/intellectuelle limitée. Ce qui n'est pas forcément un souci, mais c'est pour que les choses soient claires.

Je n'ai pas l'intention de faire une carrière académique, mais pas non plus l'intention de me situer en opposition par rapport à l’académie. Comme je l'ai dit je cherche à contribuer académiquement mais en "électron libre". Mon but est donc bien d'avoir une porté intellectuelle et sociale, mais à te lire peut-être que mon projet actuel n'est pas le plus judicieux. Je comprend mal en quoi il y aurait une limitation de cette porté sans carrière accadémique, tu peux préciser en quoi ça pourrait être le cas ?

Mon intention actuelle c'est d'être auteur philosophe, si je le conçois comme "auteur libre" ou "indépendant" c'est pas pour une question de principe mais simplement parce qu'être chercheur en philosophie implique d'être enseignant et ça c'est une de mes phobies plus qu'autre chose. J'ai déjà un peu de visibilité au travers de ma chaîne Youtube actuellement, je pense que ça peut être un bon moyen de croître en influence et promouvoir les livres que j'ai prévu d'écrire plus tard. Mais je pense que c'est important de garder un lien avec le milieu universitaire, c'est pour ça que j'envisage le doctorat : publier un livre qui défend une thèse n'importe qui peut le faire (et en vivre), mais si je veux me démarquer qualitativement d'un Jacques Grimault par exemple c'est important de le faire dans la continuité des débats universitaires et surtout pas en opposition (c'est un peu la marque de fabrique de ceux qui racontent n'importe quoi de dire que l'université "formate" les gens ou que ce qu'ils disent est vrai en prenant pour preuve que la "secte" des académiciens les rejette).

Est-ce que tu penses que ne pas poursuivre de carrière académique me condamne en quelque sorte à être "exclu" des débats académiques (ou en tout cas de ne pas y avoir assez de visibilité) ? Pour moi le doctorat est justement le moyen d'avoir cette visibilité, mais si ça doit être au prix de m'engager à devenir enseignant chercheur je crois que c'est au dessus de mes moyens.

Artz a écrit :

Il y a d'ailleurs pour tous les thésards des moments de vide.

C'est l'histoire de ma vie ça Je ne m'inquiètes trop pas à ce sujet là, des passages à vide j'en ai déjà un paquet au palmarès.

Artz a écrit :

Tu auras sans doute à voir ton directeur de thèse à une fréquence que vous déciderez. Je pense que le voir tous les mois, tous les deux mois, est un minimum pour pouvoir être sûr que tu es bien sûr les rails

Ok ça me rassure, ça ressemble à l'idée que je m'en faisais dans l'idéal : j'ai une thèse à présenter en fin de cursus ; je bosse dessus librement mais en coordination avec un directeur de thèse ; à coté de ça les modalités sont à voir relativement au projet de thèse mais le cursus n'implique pas nécessairement de faire quoi que ce soit d'autre que rédiger la thèse. J'ai bien saisis ce que vous me dites ou c'est juste mon biais de confirmation qui parle là ? Si c'est bien ça alors je ne vois aucun obstacle à suivre ce cursus, ça me va très bien.

Comment se déroule un doctorat de philosophie ?

Une thèse en M2 ! 3000 € par mois pour une contrat doctoral ! Vérifie ce que tu écris...

Comment se déroule un doctorat de philosophie ?

Si j'ai bien compris on parle d'un salaire de l'ordre de 3000€ par mois sur 3 ans, soit 108 000€ sur le cursus

Mais c'est génial ! Finalement, je crois que je vais m'y mettre.

7 (Modifié par mattlev 28/10/2017 à 13:04)

Comment se déroule un doctorat de philosophie ?

Certaines thèses sont bien financées à ce niveau-là -peut-être un peu moins-, mais c'est pour les gens qui font un travail de recherche sérieux (i.e. productif), pas pour les lettreux et autres futurs chômeurs ! Les doctorants travaillant dans l'aéronautique faisant partie de cette première catégorie, Penseur sauvage a plutôt raison = ).



J'ai un point du vue assez distinct de celui d'Artz. Un thèse est un exercice avant tout académique et qui, en France en tous cas, est une introduction à la carrière de chercheur/se.  Postuler à une bourse de thèse sans vouloir faire de recherche après, c'est potentiellement "prendre" la place d'un étudiant qui veut en faire son métier. C'est une question de principe mais c'est important à mon sens, étant donnée la situation de la recherche en sciences humaines et sociales en France (et pas que...).

Comment se déroule un doctorat de philosophie ?

A ce point là ? Il faut des années et des années d'ancienneté à un professeur agrégé pour atteindre ce salaire...

9 (Modifié par penseur sauvage 28/10/2017 à 14:45)

Comment se déroule un doctorat de philosophie ?

Anne345 a écrit :

Une thèse en M2 ! 3000 € par mois pour une contrat doctoral ! Vérifie ce que tu écris...

Je n'ai pas parlé de passer une thèse en M2, j'ai dit que je suis actuellement en M2 et j'envisage un cursus doctorant ensuite (en T1 donc). Pour les 3000€ par mois apparemment mes chiffres sont erronés, c'est un ami qui a un master de psychologie qui m'avait donné ce chiffre sur la base de ce qui se fait en psychologie, mais j'imagine qu'en philosophie c'est pas la même chose du coup. Cela dit j'imagine qu'avec un bac+5 on a quand même un peu plus que le SMIC, donc même à 1 500€ par mois ça représente 54 000€ le cursus (en ne comptant rien d'autre que le salaire). Là non plus je ne suis pas convaincu qu'on trouve ce genre de contrats sans contre-partie, mais si je me trompes dites-le moi.

mattlev a écrit :

Postuler à une bourse de thèse sans vouloir faire de recherche après, c'est potentiellement "prendre" la place d'un étudiant qui veut en faire son métier.

J'avoue que je n'avais pas pensé à ça, mais si on va dans ce sens là acheter un ordinateur c'est exploiter des travailleurs précaire dans les pays où ils sont fabriqués. Dans un monde idéal je m'assurerais qu'aucun de mes choix n'empiète sur les projets des autres, mais comme on vie dans la réalité c'est pas possible. Là si je pense que m'inscrire en doctorat est justifié en vue de mon projet et bah je m'inscris, désolé si ça fait perdre une place d'enseignant chercheur à quelqu'un d'autre mais dans la mesure où moi-même je ne cherche pas à devenir enseignant chercheur je ne peux pas en être tenu responsable, c'est la gestion des postes d'enseignant-chercheurs qui  est mal fichue.

Comment se déroule un doctorat de philosophie ?

Le contrat doctoral, en France, c'est environ 1300 net, et environ 1600 net si on enseigne (en brut : http://www.enseignementsup-recherche.go … toral.html). Rien de mirobolant (les doctorants sont tout de même au moins à bac +6-7-8-9). Et il n'y a pas d'engagement derrière.

Pour répondre à mattlev, en m'éloignant du sujet, donc, je trouve qu'il y a en France une conception assez troublant de la carrière comme quelque chose d'uni, où, globalement, tu dois avoir à 16 ans une idée générale d'où tu vas. Quelqu'un qui commence un doctorat n'a aucune idée de ce qu'est le métier de chercheur. Pas même s'il a fait un master recherche (auquel cas, il a une vague idée de ce qu'est la recherche, mais pas du métier). Je comprends qu'on puisse se lancer dans l'aventure du doctorat, mettre toutes les chances de son côté en cherchant un contrat, et se rendre compte que ce n'est pas ce qu'on veut faire de sa vie. D'ailleurs, même si on sait dès le départ qu'on ne souhaite pas poursuivre dans cette voie, on a tout de même consacré un travail hautement qualifié et quotidien à la "science" et, concrètement, à une institution, pendant 3 ans. Le tout pour être payé certes, mais sans non plus que ça soit extraordinaire. Alors, certes, il n'y a pas beaucoup de places, et ça prend la place de quelqu'un d'autre. Mais si on trouve la situation injuste, et je la trouve injuste, on peut soit s'attaquer au premier membre de la phrase précédente, soit au second. Moi, c'est le premier.

Maintenant, pour répondre plus précisément au sujet : je pense que tu as une vision bien optimiste de la façon dont fonctionne la recherche et la publication. Si tu écris une bonne thèse, tu vas être bien reçu pour la soutenance, tu auras le titre de docteur, et ta thèse sera mise dans une bibliothèque universitaire quelque part (la fameuse contribution à la science dont je parlais plus haut). Et c'est tout. Aucune garanti que tu seras publié, aucune garanti que tu seras lu au-delà du cercle de ton jury. La construction du réseau, la multiplication des conférences et des articles, toute cette partie du travail d'un thésard qui veut faire une carrière académique, ça ne sert, finalement, qu'à être lu, à faire connaître ses travaux. Donc il n'est pas impossible que tu puisses être connu et reconnu sans ce travail, si ton directeur de thèse te soutient complètement et a de l'influence, ou si un éditeur mise sur ton manuscrit. Mais ça me semble improbable. Mais je me trompe peut-être.