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Comment ces trois extraits parviennent-ils à représenter ou à évoquer des actes violents ?

Bonjour, j'ai essayé de faire un corpus et en fait je ne comprends pas trop la question...

Après avoir précisément déterminé les raisons pour lesquelles les meurtriers commettent leur crime, vous examinerez comment les trois extraits du corpus parviennent à représenter ou à évoquer ces actes violents.

Deux Romains, Horace et Camille, sont frère et sœur. Par un tragique hasard, Horace doit combattre l’époux de Camille, un guerrier issu de la cité voisine, Albe. N’écoutant que son devoir patriotique, il tue cet ennemi, provoquant la colère de sa sœur Camille.
Horace
Suis moins ta passion, règle mieux tes désirs,
Ne me fais plus rougir d’entendre tes soupirs;
Tes flammes désormais doivent être étouffées;
Bannis-les de ton âme, et songe à mes trophées:
Qu’ils soient dorénavant ton unique entretien1.
Camille
Donne-moi donc, barbare, un cœur comme le tien;
Et si tu veux enfin que je t’ouvre mon âme,
Rends-moi mon Curiace2, ou laisse agir ma flamme:
Ma joie et mes douleurs dépendaient de son sort;
Je l’adorais vivant, et je le pleure mort.
Ne cherche plus ta sœur où tu l’avais laissée;
Tu ne revois en moi qu’une amante offensée,
Qui comme une furie attachée à tes pas,
Te veut incessamment reprocher son trépas3.
Tigre altéré de sang, qui me défends les larmes,
Qui veux que dans sa mort je trouve encor des charmes,
Et que jusques au ciel élevant tes exploits,
Moi-même je le tue une seconde fois!
Puissent tant de malheurs accompagner ta vie,
Que tu tombes au point de me porter envie4;
Et toi, bientôt souiller par quelque lâcheté
Cette gloire si chère à ta brutalité!
Horace
Ô ciel! Qui vit jamais une pareille rage!
Crois-tu donc que je sois insensible à l’outrage,
Que je souffre en mon sang ce mortel déshonneur?
Aime, aime cette mort qui fait notre bonheur,
Et préfère du moins au souvenir d’un homme
Ce que doit ta naissance aux intérêts de Rome.
Camille
Rome, l’unique objet de mon ressentiment!
Rome, à qui vient ton bras d’immoler mon amant5!
Rome qui t’a vu naître, et que ton cœur adore!
Rome enfin que je hais parce qu’elle t’honore!
Puissent tous ses voisins ensemble conjurés
Saper ses fondements encor mal assurés!
Et si ce n’est assez de toute l’Italie,
Que l’orient contre elle à l’occident s’allie;
Que cent peuples unis des bouts de l’univers
Passent pour la détruire et les monts et les mers!
Qu’elle-même sur soi renverse ses murailles,
Et de ses propres mains déchire ses entrailles!
Que le courroux du ciel allumé par mes vœux
Fasse pleuvoir sur elle un déluge de feux!
Puissé-je de mes yeux y voir tomber ce foudre,
Voir ses maisons en cendre, et tes lauriers en poudre,
Voir le dernier Romain à son dernier soupir,
Moi seule en être cause, et mourir de plaisir!
Horace, mettant l’épée à la main, et poursuivant sa sœur qui s’enfuit.
C’est trop, ma patience à la raison fait place;
Va dedans les enfers plaindre ton Curiace.
Camille, blessée derrière le théâtre6.
Ah! Traître!
Horace, revenant sur le théâtre7.
Ainsi reçoive un châtiment soudain
Quiconque ose pleurer un ennemi romain!
Pierre Corneille, Horace, acteIV, scène5 (extrait), 1641.

Le duc de Florence, un débauché tyrannique, est craint et détesté par tous les habitants de la ville. Lorenzo, surnommé Lorenzaccio, a gagné la confiance du duc pour l’assassiner. Il lui a donné rendez-vous dans sa chambre, lui faisant croire que sa tante Catherine est prête à passer la nuit avec lui. Il est accompagné de son valet Scoronconcolo.
La chambre de Lorenzo. Entrent le Duc et Lorenzo.
Le Duc. – Je suis transi, – il fait vraiment froid. (Il ôte son épée). Eh bien, mignon, qu’est-ce que tu fais donc?
Lorenzo. – Je roule votre baudrier1 autour de votre épée, et je la mets sous votre chevet. Il est bon d’avoir toujours une arme sous la main. (Il entortille le baudrier de manière à empêcher l’épée de sortir du fourreau.)
Le Duc. – Tu sais que je n’aime pas les bavardages, et il m’est revenu que la Catherine était une belle parleuse. Pour éviter les conversations, je vais me mettre au lit. – À propos, pourquoi donc as-tu fait demander des chevaux de poste à l’évêque de Marzi?
Lorenzo. – Pour aller voir mon frère, qui est très malade, à ce qu’il m’écrit.
Le Duc. – Va donc chercher ta tante.
Lorenzo. – Dans un instant. (Il sort.)
Le Duc, seul. – Faire la cour à une femme qui vous répond «oui» lorsqu’on lui demande «oui ou non» cela m’a toujours paru très sot, et tout à fait digne d’un Français. Aujourd’hui, surtout que j’ai soupé comme trois moines, je serais incapable de dire seulement: «Mon cœur, ou mes chères entrailles», à l’infante2 d’Espagne. Je veux faire semblant de dormir; ce sera peut-être cavalier3, mais ce sera commode. (Il se couche. – Lorenzo rentre l’épée à la main.)
Lorenzo. – Dormez-vous, seigneur? (Il le frappe.)
Le Duc. – C’est toi, Renzo?
Lorenzo. – Seigneur, n’en doutez pas. (Il le frappe de nouveau. – Entre Scoronconcolo).
Scoronconcolo. – Est-ce fait?
Lorenzo. – Regarde, il m’a mordu au doigt. Je garderai jusqu’à la mort cette bague sanglante, inestimable diamant.
Scoronconcolo. – Ah! mon Dieu! c’est le duc de Florence!
Lorenzo, s’asseyant sur le bord de la fenêtre. – Que la nuit est belle! Que l’air du ciel est pur! Respire, respire, cœur navré de joie4!
Scoronconcolo. – Viens, Maître, nous en avons trop fait; sauvons-nous.
Lorenzo. – Que le vent du soir est doux et embaumé! Comme les fleurs des prairies s’entrouvrent! O nature magnifique, ô éternel repos!
Scoronconcolo. – Le vent va glacer sur votre visage la sueur qui en découle. Venez, seigneur.
Lorenzo. – Ah! Dieu de bonté! quel moment!
Scoronconcolo, à part. – Son âme se dilate singulièrement. Quant à moi, je prendrai les devants.
Lorenzo. – Attends! Tire ces rideaux. Maintenant, donne-moi la clef de cette chambre.
Scoronconcolo. – Pourvu que les voisins n’aient rien entendu!
Lorenzo. – Ne te souviens-tu pas qu’ils sont habitués à notre tapage? Viens, partons. (Ils sortent.)
Alfred de Musset, Lorenzaccio, acteIV, scène11, 1834.

Clytemnestre, aidée de son amant Égisthe, a assassiné son mari le roi Agamemnon. Un tel crime, commis à l’insu de tous, leur a permis d’usurper le pouvoir. Vers la fin de la pièce, le Mendiant dévoile aux personnages présents les circonstances de ce meurtre encore impuni.
Alors le roi des rois1 donna de grands coups de pied dans le dos de Clytemnestre, à chacun elle sursautait toute, la tête muette sursautait et se crispait, et il cria, et alors pour couvrir la voix, Égisthe poussait de grands éclats de rire, d’un visage rigide. Et il plongea l’épée. Et le roi des rois n’était pas ce bloc d’airain et de fer qu’il imaginait, c’était une douce chair, facile à transpercer comme l’agneau; il y alla trop fort, l’épée entailla la dalle. Les assassins ont tort de blesser le marbre, il a sa rancune: c’est à cette entaille que moi j’ai deviné le crime. Alors il cessa de lutter; entre cette femme de plus en plus laide et cet homme de plus en plus beau, il se laissa aller; la mort a ceci de bon qu’on peut se confier à elle; c’était sa seule amie dans ce guet-apens, la mort; elle avait d’ailleurs un air de famille, un air qu’il reconnaissait, et il appela ses enfants, le garçon d’abord, Oreste, pour le remercier de le venger un jour, puis la fille, Électre, pour la remercier de prêter ainsi pour une minute son visage et ses mains à la mort. Et Clytemnestre ne le lâchait pas, une mousse à ses lèvres, et Agamemnon voulait bien mourir, mais pas que cette femme crachât sur son visage, sur sa barbe. Et elle ne cracha pas, tout occupée à tourner autour du corps, à cause du sang qu’elle évitait aux sandales, elle tournait dans sa robe rouge, et lui déjà agonisait, et il croyait voir tourner autour de lui le soleil. Puis vint l’ombre. C’est que soudain, chacun d’eux par un bras, l’avait retourné contre le sol. À la main droite quatre doigts déjà ne bougeaient plus. Et puis, comme Égisthe avait retiré l’épée sans y penser, ils le retournèrent à nouveau, et lui la remit bien doucement, bien posément dans la plaie.
Jean Giraudoux, Électre, acte Il, scène9 (extrait), 1937.

En fait, je ne comprends pas comment "déterminer précisément". À part dans le texte de Racine, il n'y a pas vraiment de mention claire?

Dans l'annabac, ils disent que nous trouverons les raisons des meurtres dans le paratexte, mais on ne peut pas justifier avec le paratexte! Et puis "déterminé" ça ne veut pas dire lire tout simplement le paratexte, si? Personnellement, j'ai fait ma première partie sur les raisons du meurtres grâce aux textes, mais ça fait un peu bateau quoi...

Qu'en pensez-vous? Comment interpréter la question?

Merci!

2 (Modifié par Jean-Luc 14/06/2017 à 20:40)

Comment ces trois extraits parviennent-ils à représenter ou à évoquer des actes violents ?

Bonjour,

Représenter ou évoquer peuvent indiquer les pistes suivantes :
- mise en scène de l'acte : récit, préparation, cérémonial...
- ce qu'elles révèlent de l'être intérieur : trouble, haine, jalousie...

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Comment ces trois extraits parviennent-ils à représenter ou à évoquer des actes violents ?

Merci beaucoup mais justement j'ai compris cette partie de la question. Ce que je n'ai pas compris c'est comment "déterminer précisement" les raisons des meurtres alors qu'il n'y a pas de mentions claires. Dans l'annabac, ils disent de se référer au paratexte mais pourtant, on n'a pas le droit de citer le paratexte, donc ce n'est pas "déterminé précisément"...

Comment ces trois extraits parviennent-ils à représenter ou à évoquer des actes violents ?

Bonsoir,

Personnellement, j'ai fait ma première partie sur les raisons du meurtres grâce aux textes, mais ça fait un peu bateau quoi...

Mais c'est pourtant ce qu'il faut faire, s'appuyer sur les textes.

comment les trois extraits du corpus parviennent à représenter ou à évoquer ces actes violents.

Jean-Luc te donne des pistes, et je ne saurais dire mieux.
En même temps, chaque fois qu'il est question de comment, tu peux considérer les procédés utilisés par les différents auteurs (de différentes époques de surcroît.)

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Comment ces trois extraits parviennent-ils à représenter ou à évoquer des actes violents ?

Merci, donc quand l'annabac dit qu'il faut, pour déterminer les raisons du meurtres se référer au paratexte, et qu'ensuite il passe directement à la deuxième partie de la question sans expliquer plus, on peut dire que ce n'est pas un très bon conseil?