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Coquelicot de Guillevic

Bonjour,

Je suis actuellement en seconde et comme tout le monde j'apprends à rédiger des commentaires de texte dans l'optique de préparer le bac de français. Je dois, pour lundi prochain (24 avril), en rendre un sur le poème de Guillevic "Coquelicot". En voici le texte :

Coquelicot,
Quand je pense
Que je te parle
Et que tu l'ignores,
Que j'envie ta fierté, ton assurance,
Ton absence d'hésitation,
Ta certitude d'avoir gagné,
De continuer à rayonner,
J'ai de la peine à sentir
Qu'on ne communique pas
Avec ce que l'on aime, ou admire
Et je me sens seul,
Étranger à moi-même.
Tu ne le sauras pas,
Mais continue
À m'éblouir.


J'aimerais connaître votre avis sur le plan que je compte utiliser (selon la méthode de mon professeur = I : La base de l'oeuvre c'est-à-dire ce que le texte dit "en gros", le registre et la fonction de la poésie / II : La forme de l'oeuvre c'est-à-dire  "décryptage" technique du poème, de sa structure et de son style / III : Le fond de l'oeuvre c'est-à-dire l'idée implicitement exprimée ou la critique faite). Voici donc mon plan :

Introduction

I : Poème d'amour envers une fleur
  A) Amour à sens unique envers un coquelicot sûr de lui

  B) Fonction du poème = Exprimer (souffrances d'un amour non-partagé)
  C) Emploi du registre lyrique (Champ lexical des sentiments, exagération du malheur du narrateur & utilisation de la première personne) & élégiaque

Lien entre I&II

II : Un poème résolument contemporain
  A) Analyse de la rythmique/versification/niveau de langue/vitesse du poème (= poème déstructuré, sans rimes réellement organisées ou égalité de longueur des vers ; long car seulement deux phrases, comme si l'amour durait depuis longtemps) => poème à la structure contemporaine
  B) Poème en apparence simple
Là je bloque, je ne sais pas quoi faire de cette sous-partie et je ne sais pas non-plus trop où mener ma partie...

Lien entre II&III

III : La personnification du coquelicot
  A) Métaphore d'une femme ?
  B) Femme inaccessible (= "je te parle, tu l'ignores" ; différents enjambements comme si il devait "enjamber" des obstacles ; "tu ne le sauras pas mais continue à m'éblouir") compliquée (= périphrase "ton absence d'hésitation" pour spontanée ; "ta certitude d'avoir gagné" comme si la vie était un jeu) & vieillissant (= "ta certitude... de continuer à rayonner" comme si elle ne rayonnait plus autant qu'avant) => femme peut-être un peu frivole qui "éblouit" tout le monde
  C) Le fait que le coquelicot soit en réalité une femme fait-il pencher vers un registre pathétique puisque le narrateur semble perdre l'esprit ? (= "étranger à moi-même)

Conclusion




Merci de votre aide !

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Coquelicot de Guillevic

Bonjour,

Ce qui me contrarie dans la méthode de ton professeur est qu'elle sépare le fond et la forme. En principe cette dichotomie est fermement condamnée par les examinateurs.

Ton analyse (hormis la 2e partie pour les raisons évoquées plus haut) fait preuve de sensibilité.

Je ne suis pas sûr que le poète pense à une femme. Le coquelicot a pour valeur couramment admise d'être une humble fleur des champs à l'existence brève. Guillevic l'utilise donc à contre-emploi. Est-il une métaphore de la poésie ?

Coquelicot de Guillevic

J'aimerais connaître votre avis sur le plan que je compte utiliser (selon la méthode de mon professeur = I : La base de l'oeuvre c'est-à-dire ce que le texte dit "en gros", le registre et la fonction de la poésie

Premier piège :  paraphraser le texte, le répéter avec d'autres mots c'est peine de mort dirait Mathilde Levesque

/ II : La forme de l'oeuvre c'est-à-dire  "décryptage" technique du poème, de sa structure et de son style

Second piège : on ne sépare pas le fond et la forme.

/ III : Le fond de l'oeuvre c'est-à-dire l'idée implicitement exprimée ou la critique faite).

Troisième piège, combinant les deux premiers : paraphrase et séparation de la forme et du fond.

Bref, vous allez droit dans le mur !
Musset le disait : les idées s'expriment en prose, la poésie est un langage spécifique. Ce que dit la poésie, la prose ne pourrait pas le dire. Etudiez la musique du texte, sa construction : quelle impression éveille-t-il en vous ?

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Coquelicot de Guillevic

Poème qui figure dans le recueil posthume publié en 2002 : Quotidiennes (sous-titre : Poèmes) (Poèmes écrits entre 1994 et 1996)
Le langage des fleurs ou le langage du poète ? la communication impossible ?

I. Tentative de dialogue : un élan vers la fleur
Quand ... je te parle
j'ai de la peine
j'envie
je me sens seul /étranger à moi-même

II. Le mutisme de la fleur
tu l'ignores
on ne communique pas
tu ne le sauras pas

III. Le coquelicot comme un cadeau, comme la présence du monde
ses qualités :

ta fierté, ton assurance,
Ton absence d'hésitation,

continuer à rayonner,

continue à m'éblouir

je t'aime, je t'admire ...
La simplicité d'un poème épuré en offrande à la fleur des champs.

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Coquelicot de Guillevic

Tout d'abord, merci à tous pour vos réponses ! Ensuite :

Jean-Luc a écrit :

Ce qui me contrarie dans la méthode de ton professeur est qu'elle sépare le fond et la forme. En principe cette dichotomie est fermement condamnée par les examinateurs.

Delia a écrit :

Premier piège :  paraphraser le texte, le répéter avec d'autres mots c'est peine de mort dirait Mathilde Levesque
Second piège : on ne sépare pas le fond et la forme.
Troisième piège, combinant les deux premiers : paraphrase et séparation de la forme et du fond.

Ce n'est pas très rassurant de savoir que mon professeur ne nous enseigne pas la bonne méthode mais cette information m'est très précieuse, merci énormément !


Jean-Luc a écrit :

Ton analyse (hormis la 2e partie pour les raisons évoquées plus haut) fait preuve de sensibilité.
Je ne suis pas sûr que le poète pense à une femme. Le coquelicot a pour valeur couramment admise d'être une humble fleur des champs à l'existence brève. Guillevic l'utilise donc à contre-emploi. Est-il une métaphore de la poésie ?

Puis-je donc considérer que le I & le III n'ont pas besoin d'être modifiés ? Mais le fait de parler de la possibilité de la métaphore féminine ne relève-t-il pas de l'interprétation personnelle, et donc n'est-il pas correct ? Ou cela est-il proscrit car relevant de la sur-interprétation ? A mes yeux, c'est la première chose qu'on comprend en lisant ce poème... Que voulez-vous dire par contre-emploi ? Que l'auteur veut dire que le coquelicot n'est pas humble lorsqu'il a la "certitude d'avoir gagné"  et qu'il vieilli alors qu'il ne devrait pas ?


Jean-Luc a écrit :

Est-il une métaphore de la poésie ?


Je n'y avais pas pensé mais effectivement, c'est très intelligent ! La poésie est libre comme la fleur décrite et a la prétention de n'être qu'un assemblage de mots, ce qui la rend humble. Mais le côté éphémère du coquelicot n'est-il pas opposé à l'essence même de la poésie (càd durer dans le temps en parquant les esprits) ?


Dois-je recommencer tout mon travail ?



floreale a écrit :

I. Tentative de dialogue : un élan vers la fleur
II. Le mutisme de la fleur


L'idée du langage des fleurs et de la communication impossible est extrêmement bien trouvé, merci beaucoup ! Par contre, si je puis me permettre, votre plan me semble assez peu adapté... Il paraît évident que le poète tente de communiquer avec la fleur mais que celle-ci ne lui répond pas... J'ai l'impression que c'est presque de la paraphrase...

floreale a écrit :

III. Le coquelicot comme un cadeau, comme la présence du monde

Je vais sembler stupide mais je ne comprend pas ce que vous voulez dire par-là...

Coquelicot de Guillevic

Le poète bégaie :

Coquelicot,
Quand je pense
Que je te parle
Et que tu l'ignores,
Que j'envie ta fierté, ton assurance,

puis la  parole devient plus aisée, allitération (s/z/)mais aussi /t/d/ :

Ton absence d'hésitation,
Ta certitude d'avoir gagné,
De continuer à rayonner,
J'ai de la peine à sentir

puis revient le bégaiement :

Qu'on ne communique pas
Avec ce que l'on aime, ou admire

la  parole redevient fluide :

Et je me sens seul,
Étranger à moi-même.
Tu ne le sauras pas,
Mais continue
À m'éblouir.

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Coquelicot de Guillevic

Comprenne qui pourra ...

Inclus (extrait)

En somme,
Avec les mots,
C’est comme avec les herbes,
Les chemins, les maisons, tout cela
Que tu vois dans la plaine
Et que tu voudrais prendre.
Il faut les laisser faire,
Par eux se laisser faire,
Ne pas les bousculer, les contrarier,
Mais les apprivoiser en se faisant
Soi-même apprivoiser.
Les laisser parler, mais,
Sans qu’ils se méfient,
Leur faire dire plus qu’ils ne veulent,
Qu’ils ne savent,
De façon à recueillir le plus possible
De vieille sève en eux,
De ce que l’usage du temps
A glissé en eux du concret.

Guillevic (extrait du recueil "Inclus" - Gallimard, 1973)

Iris (titre proposé)

Iris,
vous me désespérez,
Mais je vivrai comme vivent les hommes

Qui essaient eux aussi
de fleurir.

Guillevic

Coquelicot de Guillevic

Coquelicot,
Quand je pense
Que je te parle
Et que tu l'ignores,//
Que j'envie ta fierté, ton assurance,
Ton absence d'hésitation,
Ta certitude d'avoir gagné
De continuer à rayonner,//

J'ai de la peine
à sentir
Qu'on ne communique pas
Avec ce que l'on aime, ou admire

Et je me sens seul,
Étranger à moi-même.
Tu ne le sauras pas,
Mais continue
À m'éblouir.

-Une métaphore de la poésie me plaît aussi.
-L'idée du poète incompris également.
-Un plan assez logique dans ce poème finalement =>
-La contemplation d'une fleur, et ce ne doit pas être un hasard, d'une fleur sauvage particulièrement ordinaire, qui ne suscite pas d'ordinaire l'admiration, sinon par sa couleur et surtout par sa présence dans le groupe, au milieu des prés qu'elle illumine
-Déclenche une série de réflexions plutôt mélancoliques (à mon sens... NB abondance de négations, ou de vocabulaire négatif)
-Le seul aspect positif apparaît à la fin : Continue...éblouir...Note d'espoir ?

9 (Modifié par Delia 20/04/2017 à 18:05)

Coquelicot de Guillevic

-Une métaphore de la poésie me plaît aussi.

Tout poème est une métaphore de la poésie m'a-t-on appris.
Ici, nous avons un poète tétanisé, bégayant tel Moïse devant le buisson ardent.  Progressivementsa parole se libère :

Mais continue
À m'éblouir.

La poésie intimide mais elle conduit à l'extase pour peu qu'on s'abandonne, qu'on lâche prise.