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Référence sur la parole et exemple littérature classique héros contraire à la morale

Bonsoir,

Mon thème de l'année est la parole et je cherche du coup quelques références originales, ou simplement celles que vous aimez. Et si vous avez le temps quelques explications!

En outre j'ai besoin d'une référence litteraire ( si possible quelque chose de classique) qui dépeind un personnage contraire à la morale commune au premier abord, mais qui se révèle être un héro. J'ai l'impression que les "nouveaux héros" repondent plus à ce genre de concept mais je me trompe peut être, je suis vraiment pas tres callé littérature. Un peu comme dans la série True détective.

merci d'avance.

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Référence sur la parole et exemple littérature classique héros contraire à la morale

Bonsoir,

Tu peux essayer Les Chants de Maldoror de Lautréamont.
Tu y trouveras un héros révolté, maléfique, étrange.

3 (Modifié par Etudeslitteraires99 23/03/2017 à 16:36)

Référence sur la parole et exemple littérature classique héros contraire à la morale

ok merci!

Tu peux me conseiller un passage ? je n'aurais pas le temps de le lire en entier pour le moment, les écrits sont trop proches. Quelle est ton analyse sur ce héro ?

4 (Modifié par Jean-Luc 23/03/2017 à 18:29)

Référence sur la parole et exemple littérature classique héros contraire à la morale

Deux extraits

Lautréamont a écrit :

J’établirai dans quelques lignes comment Maldoror fut bon pendant ses premières années, où il vécut heureux ; c’est fait. Il s’aperçut ensuite qu’il était né méchant : fatalité extraordinaire ! Il cacha son caractère tant qu’il put, pendant un grand nombre d’années ; mais, à la fin, à cause de cette concentration qui ne lui était pas naturelle, chaque jour le sang lui montait à la tête ; jusqu’à ce que, ne pouvant plus supporter une pareille vie, il se jeta résolument dans la carrière du mal... atmosphère douce ! Qui l’aurait dit ! lorsqu’il embrassait un petit enfant, au visage rose, il aurait voulu lui enlever ses joues avec un rasoir, et il l’aurait fait très souvent, si Justice, avec son long cortège de châtiments, ne l’en eût chaque fois empêché. Il n’était pas menteur, il avouait la vérité et disait qu’il était cruel. Humains, avez-vous entendu ? il ose le redire avec cette plume qui tremble ! Ainsi donc, il est d’une puissance plus forte que la volonté... Malédiction ! La pierre voudrait se soustraire aux lois de la pesanteur ? Impossible. Impossible, si le mal voulait s’allier avec le bien. C’est ce que je disais plus haut.
Il y en a qui écrivent pour rechercher les applaudissements humains, au moyen de nobles qualités du coeur que l’imagination invente ou qu’ils peuvent avoir. Moi, je fais servir mon génie à peindre les délices de la cruauté ! Délices non passagères, artificielles ; mais, qui ont commencé avec l’homme, finiront avec lui. Le génie ne peut-il pas s’allier avec la cruauté dans les résolutions secrètes de la Providence ? ou, parce qu’on est cruel, ne peut-on pas avoir du génie ? On en verra la preuve dans mes paroles ; il ne tient qu’à vous de m’écouter, si vous le voulez bien... Pardon, il me semblait que mes cheveux s’étaient dressés sur ma tête ; mais, ce n’est rien, car, avec ma main, je suis parvenu facilement à les remettre dans leur première position. Celui qui chante ne prétend pas que ses cavatines soient une chose inconnue ; au contraire, il se loue de ce que les pensées hautaines et méchantes de son héros soient dans tous les hommes.
[…]
J’ai fait un pacte avec la prostitution afin de semer le désordre dans les familles. Je me rappelle la
nuit qui précéda cette dangereuse liaison. Je vis devant moi un tombeau. J’entendis un ver luisant, grand comme une maison, qui me dit : «Je vais t’éclairer. Lis l’inscription. Ce n’est pas de moi que vient cet ordre suprême.» Une vaste lumière couleur de sang, à laquelle mes mâchoires claquèrent et mes bras tombèrent inertes, se répandit dans les airs jusqu’à l’horizon. Je m’appuyai contre une muraille en ruine, car j’allais tomber, et je lus : «Ci-gît un adolescent qui mourut poitrinaire : vous savez pourquoi. Ne priez pas pour lui.» Beaucoup d’hommes n’auraient peut-être pas eu autant de courage que moi. Pendant ce temps, une belle femme nue vint se coucher à mes pieds. Moi, à elle, avec une figure triste : «Tu peux te relever.» Je lui tendis la main avec laquelle le fratricide égorge sa soeur. Le ver luisant, à moi : «Toi, prends une pierre et tue-la. – Pourquoi ? lui dis-je.» Lui, à moi : «Prends garde à toi ; le plus faible, parce que je suis le plus fort. Celle-ci s’appelle Prostitution.» Les larmes dans les yeux, la rage dans le coeur, je sentis naître en moi une force inconnue. Je pris une grosse pierre ; après bien des efforts, je la soulevai avec peine jusqu’à la hauteur de ma poitrine ; je la mis sur l’épaule avec les bras. Je gravis une montagne jusqu’au sommet : de là, j’écrasai le ver luisant. Sa tête s’enfonça sous le sol d’une grandeur d’homme ; la pierre rebondit jusqu’à la hauteur de six églises. Elle alla retomber dans un lac, dont les eaux s’abaissèrent un instant, tournoyantes, en creusant un immense cône renversé. Le calme reparut à la surface ; la lumière de sang ne brilla plus. «Hélas ! Hélas ! s’écria la belle femme nue ; qu’as-tu fait ?» Moi, à elle : «Je te préfère à lui ; parce que j’ai pitié des malheureux. Ce n’est pas ta faute, si la justice éternelle t’a créée.» Elle, à moi : «Un jour, les hommes me rendront justice ; je ne t’en dis pas davantage. Laisse-moi partir, pour aller cacher au fond de la mer ma tristesse infinie. Il n’y a que toi et les monstres hideux qui grouillent dans ces noirs abîmes, qui ne me méprisent pas. Tu es bon. Adieu, toi qui m’as aimée.» Moi, à elle : «Adieu ! encore une fois : adieu ! Je t’aimerai toujours !... Dès aujourd’hui, j’abandonne la vertu.» C’est pourquoi, ô peuples, quand vous entendrez le vent d’hiver gémir sur la mer et près de ses bords, ou au-dessus des grandes villes, qui, depuis
longtemps, ont pris le deuil pour moi, ou à travers les froides régions polaires, dites : «Ce n’est pas l’esprit de Dieu qui passe : ce n’est que le soupir aigu de la prostitution, uni avec les gémissements graves du Montévidéen.» Enfants, c’est moi qui vous le dis. Alors, pleins de miséricorde, agenouillez-vous ; et que les hommes, plus nombreux que les poux, fassent de longues prières.

Tu noteras l'ambivalence, la dérision, l'humour noir, voire la parodie de la Bible.

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Référence sur la parole et exemple littérature classique héros contraire à la morale

merci beaucoup!

J'ai une question sur me passage avec le ver luisant, qui lui suggère un meurtre. La réponse du héro est elle bien (en substance) : il n y a que les faible tenté par ce genre de cruauté ? à la manière dont nietzsche décrit le fort et le faible.

Peut on dire que ce hero a une morale nietzschéene ? D'une certaine manière une saine morale.

6 (Modifié par Jean-Luc 23/03/2017 à 23:07)

Référence sur la parole et exemple littérature classique héros contraire à la morale

Oui, Lautréamont développe à sa manière une morale du surhomme qui condamne la faiblesse servile du christianisme qui met socialement et hypocritement à mort la prostituée.

7 (Modifié par Etudeslitteraires99 24/03/2017 à 02:26)

Référence sur la parole et exemple littérature classique héros contraire à la morale

l'affranchissement du héro lui permet d'avoir le choix de cette "compassion voulue", j'ai bien compris? ou on est plus dans la critique pure et simple de la morale religieuse ?

merci encore!

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Référence sur la parole et exemple littérature classique héros contraire à la morale

Bonjour,
Il me semblait avoir déjà posté ce message hier, mais il n'apparaît nulle part. Je ne vois pas pourquoi il aurait été supprimé, et je n'ai aucune reçu aucune information en privé, alors il doit s'agir d'une erreur de ma part
Mon thème de l'année est la parole, j'ai besoin de quelques références sur l'esthétisme de la parole, et le pouvoir "esthétisant qu'elle peut exercer".
Biensur il y a la poésie mais je pensais plutôt à quelque chose d'uniquement oral ( un discours par exemple), qui vient rendre "beau" un objet et le sauve d'une certaine manière de la destruction et de la violence.
merci!

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Référence sur la parole et exemple littérature classique héros contraire à la morale

Pourquoi ne proposes-tu pas déjà un ou deux exemples pour montrer un début de recherche ?
Il y a bien sûr les objets du quotidien dans le Parti pris des choses de Ponge, la madeleine de Proust, l'alambic de l'Assommoir, la jalousie de Robbe-Grillet, la collection du Cousin Pons, le miroir, le buffet, la flacon, la fenêtre, le perroquet empaillé Loulou chez Flaubert ....
La liste est  très très longue.

« Elle l'entraîna devant un marchand de bric-à-brac où l'on vendait des chiffons et des os, où s'entassaient des chenets rongés de rouille, des lampes bossuées, des coquillages poussiéreux, des clysopompes veufs de leurs tuyaux et des leurs becs, des croix de la Légion d'honneur, des peaux de lapins, des boîtes à thé, des hausse-cols, des lèchefrites, des bottes, des jumelles sans verres, des mouchettes, des vases de fleurs artificielles, couronnés d'un globe sale avec chenille rouge en bas ».

Huysmans, Les Sœurs Vatard

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Référence sur la parole et exemple littérature classique héros contraire à la morale

merci beaucoup de ta réponse.

Ce poste est sensé être posté dans " esthétique et littérature" mais il est redéplacé à chaque fois par un modérateur, qui n' a apparemment pas compris que je parle bien d'esthétisme avant de parler de litterature.

Pour ma part j'ai quelques idées, mais les gens ici sont très fort pour me trouver des choses originales

je pensais par exemple à des discours sur la liberté par exemple qui galvanise les foule et empêche le repli sur soi de la société avec tout ce que ca implique :haine, racisme etc..

Dans les oeuvres que tu m a citées il me semble, que le discours rend les choses belles, certes, mais de quelle manière cette beauté les sauve elles de la violence ?

merci d'avance!