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En quoi ces documents mettent-ils en évidence le lien entre littérature et Histoire ?

Bonjour, j'ai un corpus de texte à faire, les quatre textes à étudiés sont les suivants: Albert Camus, la Peste, épilogue, 1947; Albert Camus, extrait de la conférence du 14 décembre 1957 dans Discours de Suède,1958; Michel Tournier, Le Roi des Aulnes, 1970, et enfin Patrick Modiano, Dora Bruder, 1997

Problématique: En quoi ces documents mettent-ils en évidence le lien entre littérature et Histoire

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En quoi ces documents mettent-ils en évidence le lien entre littérature et Histoire ?

Bonjour,

As-tu commencé à rechercher des éléments de réponse ?
De plus fournir les textes pourrait nous faciliter la tâche.

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En quoi ces documents mettent-ils en évidence le lien entre littérature et Histoire ?

comment pourrais-je vous fournir les textes , c'est pour cela que j'ai donné les nom car on ne peut pas mettre des pièces jointes sur ce site.

non je n'ai pas encore d'éléments de réponse

merci

En quoi ces documents mettent-ils en évidence le lien entre littérature et Histoire ?

On peut faire des copier-coller...
Ou encore donner les première et dernière phrases de chaque texte, ce qui nous permettrait peut-être de les retrouver sur le Net.

5 (Modifié par reazer61 27/03/2017 à 19:21)

En quoi ces documents mettent-ils en évidence le lien entre littérature et Histoire ?

Bonjour, j'ai un corpus de texte à faire, les quatre textes à étudiés sont les suivants: Albert Camus, la Peste, épilogue, 1947; Albert Camus, extrait de la conférence du 14 décembre 1957 dans Discours de Suède,1958; Michel Tournier, Le Roi des Aulnes, 1970, et enfin Patrick Modiano, Dora Bruder, 1997

Problématique: En quoi ces documents mettent-ils en évidence le lien entre littérature et Histoire ?

J'ai déjà commencé mes recherches et j'ai fait un plan

I) Approcher le réel de l'histoire
II) par des moyens différents

texte A :

La Peste est le récit d'une épidémie qui ravage la ville d'Oran en Algérie à  là fin du roman, la ville fête enfin sa victoire sur la maladie. Le docteur Rieux, l'un de ceux qui ont lutté contre le fléau, assiste de loin aux festivités.

Du port obscur montèrent les premières fusées des réjouissances officielles. La ville les salua par une longue et sourde exclamation. Cottard,* Tarrou,* ceux et celle que Rieux avait aimés et perdus, tous, morts ou coupables, étaient oubliés. Le vieux * avait raison, les hommes étaient toujours les mêmes. Mais c'était leur force et leur innocence et c'est ici que, par-dessus toute douleur, Rieux sentait qu'il les rejoignait. Au milieu des cris qui redoublaient de force et de durée, qui se répercutaient longuement jusqu'au pied de la terrasse, à mesure que les gerbes multicolores s'élevaient plus nombreuses dans le ciel, le docteur Rieux décida alors de rédiger le récit qui s'achève ici, pour ne pas être de ceux qui se taisent, pour témoigner en faveur de ces pestiférés, pour laisser du moins un souvenir de l'injustice et de la violence qui leur avaient été faites, et pour dire simplement ce qu'on apprend au milieu des fléaux, qu'il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser.

Mais il savait cependant que cette chronique ne pouvait pas être celle de la victoire définitive. Elle ne pouvait être que le témoignage de ce qu'il avait fallu accomplir et que, sans doute, devraient accomplir encore, contre la terreur et son arme inlassable, malgré leurs déchirements personnels, tous les hommes qui, ne pouvant être des saints et refusant d'admettre les fléaux, s'efforcent cependant d'être des médecins.

Ecoutant, en effet, les cris d'allégresse qui montaient de la ville, Rieux se souvenait que cette allégresse était toujours menacée. Car il savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu'on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu'il peut rester pendant des dizaines d'années endormi dans les meubles et le linge, qu'il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l'enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse.

                                                                                                Albert CAMUS, La Peste, 1947
                                                                                                                        Ed. Gallimard

texte B :

Pendant cent cinquante ans, les écrivains de la société marchande, à de rares exceptions près, ont cru pouvoir vivre dans une heureuse irresponsabilité. Ils ont vécu, en effet, et puis sont morts seuls, comme ils avaient vécu. Nous autres, écrivains du XXe siècle, ne serons plus jamais seuls. Nous devons savoir au contraire que nous ne pouvons nous évader de la misère commune, et que notre seule justification, s’il en est une, est de parler, dans la mesure de nos moyens, pour ceux qui ne peuvent le faire. Mais nous devons le faire pour tous ceux, en effet, qui souffrent en ce moment, quelles que soient les grandeurs, passées ou futures, des États et des partis qui les oppriment : il n’y a pas pour l’artiste de bourreaux privilégiés. C’est pourquoi la beauté, même aujourd’hui, surtout aujourd’hui, ne peut servir aucun parti ; elle ne sert, à longue ou brève échéance, que la douleur ou la liberté des hommes. Le seul artiste engagé est celui qui, sans rien refuser du combat, refuse du moins de rejoindre les armées régulières, je veux dire le franc-tireur. La leçon qu’il trouve alors dans la beauté, si elle est honnêtement tirée, n’est pas une leçon d’égoïsme, mais de dure fraternité. Ainsi conçue, la beauté n’a jamais asservi aucun homme. Et depuis des millénaires, tous les jours, à toutes les secondes, elle a soulagé au contraire la servitude de millions d’hommes et, parfois, libéré pour toujours quelques-uns. Pour finir, peut-être touchons-nous ici la grandeur de l’art, dans cette perpétuelle tension entre la beauté et la douleur, l’amour des hommes et la folie de la création, la solitude insupportable et la foule harassante, le refus et le consentement.

Il chemine entre deux abîmes, qui sont la frivolité et la propagande. Sur cette ligne de crête où avance le grand artiste, chaque pas est une aventure, un risque extrême. Dans ce risque pourtant, et dans lui seul, se trouve la liberté de l’art. Liberté difficile et qui ressemble plutôt à une discipline ascétique. Quel artiste le nierait ? Quel artiste oserait se dire à la hauteur de cette tâche incessante ? Cette liberté suppose une santé du cœur et du corps, un style qui soit comme la force de l’âme et un affrontement patient. Elle est, comme toute liberté, un risque perpétuel, une aventure exténuante et voilà pourquoi on fuit aujourd’hui ce risque comme on fuit l’exigeante liberté pour se ruer à toutes sortes de servitudes, et obtenir au moins le confort de l’âme. Mais si l’art n’est pas une aventure qu’est-il donc et où est sa justification ? Non, l’artiste libre, pas plus que l’homme libre, n’est l’homme du confort. L’artiste libre est celui qui, à grand peine, crée son ordre lui-même. Plus est déchaîné ce qu’il doit ordonner, plus sa règle sera stricte et plus il aura affirmé sa liberté. Il y a un mot de Gide que j’ai toujours approuvé bien qu’il puisse prêter à malentendu. « L’art vit de contrainte et meurt de liberté.» Cela est vrai. Mais il ne faut pas en tirer que l’art puisse être dirigé. L’art ne vit que des contraintes qu’il s’impose à lui-même : il meurt des autres. En revanche, s’il ne se contraint pas lui-même, le voilà qui délire et s’asservit à des ombres. L’art le plus libre, et le plus révolté, sera ainsi le plus classique ; il couronnera le plus grand effort. Tant qu’une société et ses artistes ne consentent pas à ce long et libre effort, tant qu’ils se laissent aller au confort des divertissements ou à celui du conformisme, aux jeux de l’art pour l’art ou aux prêches de l’art réaliste, ses artistes restent dans le nihilisme et la stérilité. Dire cela, c’est dire que la renaissance aujourd’hui dépend de notre courage et de notre volonté de clairvoyance.

Albert Camus, extrait de la conférence du 14 décembre 1957 dans Discours de Suède

Texte c :

Ils venaient de Reval et de Pernau en Estonie, de Riga et de Libau en Lettonie, de Memel et de Kowno en Lituanie, et ils attiraient moins l'attention que les autres réfugiés parce qu'ils voyageaient principalement de nuit, sous une escorte de ss, qui faisait le vide autour d'eux. Une vieille paysanne qui les avait vus passer au clair de la lune dans un silence fantomatique raconta que les morts des cimetières de l'Est s'étaient levés de tombes, et fuyaient devant l'ennemi, violeur de sépultures. D'autres témoins confirmèrent que leur crâne rasé surplombait une face de tête de mort, mais ils ajoutaient qu'ils flottaient comme des mannequins de bâtons articulés dans des pyjamas rayés et qu'ils étaient parfois enchaînés les uns aux autres. Lorsque l'un d'eux tombait d'épuisement, l'escorteur le plus proche l'achevait d'une balle de revolver dans la nuque, et ainsi cet exode secret laissait derrière lui des vestiges.
Tiffauges ne rencontra jamais l'une de ces colonnes provenant des usines de mort, des mines et des carrières, des ghettos ou des camps de concentration de l'Est qu'il fallait évacuer en catastrophe devant l'Armée rouge. Un jour pourtant qu'une affaire l'avait fait remonter au nord jusqu'à Angerburg, il arrêta Barbe-Bleue pour découvrir un corps caché dans le fossé bordier sous une vieille cape de berger. C'était le cadavre d'un être dans sexe et sans âge, impossible à identifier, sinon par un numéro tatoué sur le poignet gauche, et par une J jaune se détachant sur une étoile de David rougeâtre cousue au côté gauche. Il remonta à cheval, mais ce fut pour s'arrêter encore deux kilomètres plus loin, devant un paquet de toiles de sacs appuyé à une borne. Il s'agissait de cette foie d'un enfant, coiffé d'un bonnet formé de trois pièce de feutre cousues ensemble. Il respirait, il vivait encore. Tiffauges le secoua doucement, voulut en tirer des réponses. Vainement. Il était plongé dans une torpeur qui paraissait proche de la mort. Lorsque Tiffauges le souleva dans ses bras, il eut le cœur serré de le trouver si incroyablement léger, comme si il n'y avait rien dans le ballot de tissus grossiers d’où sortait sa tête. Il reprit au pas le chemin Kaltenborn. La citadelle était encore à une bonne vingtaine de kilomètres ; il y arriverait, comme il le souhaitait, avant le lever du jour.

Michel Tournier, le Roi des Aulnes, Gallimard 1970

Texte d :

Lisant,  dans un journal de 1988,  un avis de recherche sur une jeune fille,  Dora Bruder,  l'écrivain Patrick Modiano,  auteur par ailleurs de Place de l’étoile,  s'engage dans une enquête longue et minutieuse . Il reconstitue ainsi,  avec des zones d'ombres,  le parcours de cette jeune juive déportée à Auschwitz
A cause du trop plein du camp et en prévision des convois qui viendraient de zone libre,  les autorités décidèrent d'envoyer de Drancy au camp de Pithiviers les juifs de nationalité française,  le 2 et le 5 septembre.  Les quatre filles qui étaient arrivées le même jour que Dora aux Tourelles et qui avaient toutes seize ou dix-sept ans Claudine Winerbett,  Zélie Strohlitz,  Marthe Nachmanowicz et Yvonne Pitoun,  firent partie de ce convoi d'environ mille cinq cents juifs français.  Sans doute avaient-ils  l'illusion qu'ils seraient protégés par leur nationalité.  Dora,  qui était française,  aurait pu elle aussi quitter Drancy avec eux.  Elle ne le fit pas pour une raison qu'il est facile de deviner elle préféra 15 rester avec son père.
Tous deux, le père et la fille,  quittèrent Drancy le 15 septembre,  avec mille autres hommes et femmes,  dans un convoi pour Auschwitz.  La mère de Dora,  Cécile Bruder fut arrêtée le 16 juillet 1942,  le jour de la grande rafle,  et internée à Drancy.  Elle y retrouva son mari 20 pour quelques jours,  alors que leur fille était aux Tourelles.  Cécile Bruder fut libérée de Drancy le 23 juillet,  sans doute parce qu'elle était née à Budapest et que les autorités n'avaient pas encore donné l'ordre de déporter les juifs originaires de Hongrie A-t-elle pu rendre visite à Dora aux Tourelles un jeudi ou un 2 dimanche de cet été 1942 Elle fut de nouveau internée au camp de Drancy le 9 janvier 1943,  et elle partit dans le convoi du 1 l février 1943 pour Auschwitz,  cinq mois après son mari et sa fille Le samedi 19 septembre,  le lendemain du départ de Dora et de son père,  les autorités d'occupation imposèrent un couvre-feu en 30 représailles à un attentat qui avait été commis au cinéma Rex Personne n'avait le droit de sortir,  de trois heures de l'après-midi jusqu'au lendemain matin.  La ville était déserte,  comme pour marquer l'absence de Dora Depuis,  le Paris où j'ai tenté de retrouver sa trace est demeuré aussi désert et silencieux que ce jour-là.  Je marche à travers les rues vides.  Pour moi elles le restent,  même le soir,  à l'heure des embouteillages,  quand les gens se pressent vers les bouches de métro.  Je ne peux pas m'empêcher de penser à elle et de sentir un écho de sa présence dans certains quartiers.  L'autre soir,  c'était près de la gare du 40 Nord J'ignorerai toujours à quoi elle passait ses journées,  où elle se cachait,  en compagnie de qui elle se trouvait pendant les mois d'hiver de sa première fugue et au cours des quelques semaines de printemps ou elle s'est échappée à nouveau.  C'est là son secret.  Un pauvre et précieux secret que les bourreaux,  les ordonnances,  les autorités dites d'occupation,  le Dépôt,  les casernes,  les camps,  l'Histoire,  le temps tout ce qui vous souille et vous détruit n'auront pas pu lui voler.

Patrick Modiano, Dora Bruder, Gallimard, 1997

merci pour votre aide

cordialement