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Accord avec le mot "aucun"

On a le choix, et ce choix est d’autant plus appréciable qu’il peut être raisonné. Le sujet a suscité pas mal de discussions, depuis longtemps.
Ainsi, dans mon Petit Dictionnaire raisonné des difficultés et exceptions de la langue française, de Soulice et Sardou, Hachette, 1914, seconde édition, je lis :

Il est donc incontestable que aucun admet l'idée et par conséquent le signe de pluralité. Le singulier est plus exclusif que le pluriel, c'est pourquoi il est plus souvent employé que ce dernier nombre; mais aucun se met très bien au pluriel, lorsque c'est une idée de pluralité que l'on doit exprimer, ou bien lorsqu'on veut que le sens ne soit pas complètement exclusif. C'est ainsi que Racine a dit : aucuns monstres par moi domptés jusqu'aujourd'hui, ne m'ont acquis le droit de faillir comme lui. Comme le fait observer Lemare, rien n'empêchait Racine de dire au singulier : aucun monstre par moi dompté jusqu’aujourd'hui, ne m'a donné le droit de faillir comme lui; mais c'est quelques monstres, c'est plusieurs monstres qu'a domptés Thésée, et qui lui ont donné le droit que n'a pas Hippolyte
Avec un substantif, qui ne s’emploie pas au singulier, ou dont la signification n’est pas la même au singulier qu’au pluriel, aucun prend nécessairement un s. Aucunes funérailles. Il a obtenu ce qu’il demandait, sans aucuns frais. (Acad.). Il n’a fait aucunes dispositions, aucuns préparatifs (Ibid.)

Cette seconde édition de 1914 reprend en fait la première édition de 1843, où les deux auteurs redisaient en partie ce que Antoine-Léandre Sardou*** exprimait déjà tout seul six ans plus tôt dans ses Leçons de grammaire française et exercices de style (1837) disponibles sur la Toile.
On y lit par exemple ceci :

Tous nos meilleurs écrivains ont écrit au pluriel aucuns, aucunes. Racine a dit : aucuns monstres; Bossuet : aucunes bornes; Montesquieu: aucunes affaires, aucunes lois; Vertot : aucunes mesures; J.-J. Rousseau: aucuns droits politiques, aucuns principes généraux; Buffon: aucunes choses mortes; Bernardin de Saint-Pierre : aucunes réflexions; Voltaire : aucuns médecins, aucunes visites; J.-B. Rousseau : aucuns secrets, etc. Ces exemples et mille autres n'ont pas empêché les grammairiens de décider que l'adjectif aucun exclut toute idée de pluralité, parce que, disent-ils, aucun signifie pas un.
Mais il n'est pas vrai que aucun signifie pas un. […]
Dans la phrase de Voltaire : La république n'avait ni aucunes troupes régulières aguerries, ni aucuns officiers expérimentés, l'adjectif aucuns est au pluriel parce que Voltaire ne veut point dire que la république n'avait pas un seul officier expérimenté, ce qui serait trop exclusif, mais qu'elle n'avait pas quelques officiers.

Toute cette discussion fait écho à d’autres discussions qui ont précédé, par exemple celle qu’on peut lire ici :
https://www.example.net/pics/572827books.png
https://books.google.fr/books?id=JaUPAA … mp;f=false
Il est intéressant de noter que l’Académie avait admis qu’on pût écrire aucuns préparatifs. Pourtant, dans toutes ses éditions du Dictionnaire, de la 4e à la 8e et avant-dernière, elle donne l’exemple On n'a fait encore aucun préparatif tout en ne craignant pas d’écrire Ce mot s'emploie presque toujours au pluriel, ce qui est une belle preuve d’inconsistance. Du coup, elle a supprimé cet exemple de la 9e et dernière édition !
***Antoine-Léandre Sardou était le père de Victorien Sardou, le célèbre auteur dramatique, notamment de Madame Sans Gêne et de Tosca, plus connue dans la version opératique de Puccini.

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Accord avec le mot "aucun"

lamaneur a écrit :

Ainsi, dans mon Petit Dictionnaire raisonné des difficultés et exceptions de la langue française, de Soulice et Sardou, Hachette, 1914, seconde édition, je lis : […]
Cette seconde édition de 1914 reprend en fait la première édition de 1843, où les deux auteurs redisaient en partie ce que Antoine-Léandre Sardou*** exprimait déjà tout seul six ans plus tôt dans ses Leçons de grammaire française et exercices de style (1837).

C'est aussi pour ça que j'aime venir sur ce forum. 

Accord avec le mot "aucun"

Merci pour vos réponses !

Dans le cas qui m'occupe, je me contenterai de l'emploi du singulier, moins choquant pour l’œil non averti auquel mon courrier est destiné. Je garde néanmoins la tournure au pluriel en réserve pour épater les jolies filles 

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Accord avec le mot "aucun"

Merci pour ces explications, Lamaneur.
Je venais d'écrire dans un autre forum (informatique, mais certains membres sont aussi  des lettrés) :
"Aucuns problèmes !".
En informatique, le problème est exceptionnellement unique, d'où ma volonté de mettre ma réponse au pluriel
J'ai eu quand même un doute sur la possibilité de l'emploi au pluriel, surtout que TLFi n'en parle pas, en dehors du classique "d'aucuns" ou après le sujet.
Larousse accepte, Hanse aussi, mais c'est ici que je viens d'avoir  des exemples plus concrets qui me permettront une éventuelle réponse à certains moqueurs.

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Accord avec le mot "aucun"

Pour moi, l'affaire est entendue.

L'Académie française donne cet exemple dans son dictionnaire (dernière éd.) :
Ces prestations n'entraîneront aucuns frais supplémentaires.


Le Bon usage, version électronique, admet aucuns au pluriel, et pas seulement devant des noms qui n'ont pas de singulier.

Le pluriel est généralement admis devant des noms qui s’emploient uniquement (ou surtout) au plur. et devant des noms qui prennent au pluriel un sens particulier :

Il ne fait aucuns frais inutiles (Martin du G., Devenir !Pl., p. 190). — L’acquéreur n’est tenu d’aucuns dommages et intérêts (Code civil, art. 1750). […]

Voici ce que le Bon usage "répond" fort pertinemment à ceux qui n'acceptent pas aucuns suivi d'un nom au pluriel :

Selon Martinon (p. 165), l’usage de aucun au pluriel est rarement utile, et rien n’empêche même d’écrire Je n’ai fait aucun frais , c’est-à-dire logiquement aucun des frais que j’aurais pu faire. — Cette opinion force le sens naturel de l’expression et ôte au nom le pouvoir de gouverner le déterminant ; un nom qui ne s’emploie qu’au pluriel ne peut pas être contraint à régler son nombre sur celui de aucun. […]

b) La langue écrite, surtout littéraire, continue à utiliser le pluriel devant d’autres noms que ceux qui sont prévus ci-dessus :

Et le "Grevisse" de citer de nombreux ex. avec fruits, droits, ombres, scrupules, etc.