1 (Modifié par Abrida 15/02/2017 à 13:29)

Zola, l'Assommoir - Elle luttait, elle disait non de la tête, énergiquement...

Bonsoir.

Je dois faire un commentaire sur le texte suivant :

Elle luttait, elle disait non de la tête, énergiquement. Dans son trouble, comme pour montrer qu’elle resterait là, elle se déshabillait, jetait sa robe de soie sur une chaise, se mettait violemment en chemise et en jupon, toute blanche, le cou et les bras nus. Son lit était à elle, n’est-ce pas ? elle voulait coucher dans son lit. À deux reprises, elle tenta encore de trouver un coin propre et de passer. Mais Lantier ne se lassait pas, la prenait à la taille, en disant des choses pour lui mettre le feu dans le sang. Ah ! elle était bien plantée, avec un loupiat de mari par-devant, qui l’empêchait de se fourrer honnêtement sous sa couverture, avec un sacré salaud d’homme par derrière, qui songeait uniquement à profiter de son malheur pour la ravoir ! Comme le chapelier haussait la voix, elle le supplia de se taire. Et elle écouta, l’oreille tendue vers le cabinet où couchaient Nana et maman Coupeau. La petite et la vieille devaient dormir, on entendait une respiration forte. – Auguste, laisse-moi, tu vas les réveiller, reprit-elle, les mains jointes. Sois raisonnable. Un autre jour, ailleurs... Pas ici, pas devant ma fille... Il ne parlait plus, il restait souriant ; et, lentement, il la baisa sur l’oreille, ainsi qu’il la baisait autrefois pour la taquiner et l’étourdir. Alors, elle fut sans force, elle sentit un grand bourdonnement, un grand frisson descendre dans sa chair. Pourtant, elle fit de nouveau un pas. Et elle dut reculer. Ce n’était pas possible, la dégoûtation était si grande, l’odeur devenait telle, qu’elle se serait elle-même mal conduite dans ses draps. Coupeau, comme sur de la plume, assommé par l’ivresse, cuvait sa bordée, les membres morts, la gueule de travers. Toute la rue aurait bien pu entrer embrasser sa femme, sans qu’un poil de son corps en remuât. – Tant pis, bégayait-elle, c’est sa faute, je ne puis pas... Ah ! mon Dieu ! ah ! mon Dieu ! il me renvoie de mon lit, je n’ai plus de lit... Non, je ne puis pas, c’est sa faute. Elle tremblait, elle perdait la tête. Et, pendant que Lantier la poussait dans sa chambre, le visage de Nana apparut à la porte vitrée du cabinet, derrière un carreau. La petite venait de se réveiller et de se lever doucement, en chemise, pâle de sommeil. Elle regarda son père roulé dans son vomissement ; puis, la figure collée contre la vitre, elle resta là, à attendre que le jupon de sa mère eût disparu chez l’autre homme, en face. Elle était toute grave. Elle avait de grands yeux d’enfant vicieuse, allumés d’une curiosité sensuelle.



Je n'arrive pas à trouver des procédés ou des axes...
Pour l'instant mon plan est :

I/ Une scène dégoutante
avec un vocabulaire de registre vulgaire etc

II/ La victimisation de Gervaise


J'ai donc vraiment besoin de votre aide.
Merci d'avance.

Personne ne peut m'aider ?

2 (Modifié par fidji45 17/02/2017 à 00:02)

Zola, l'Assommoir - Elle luttait, elle disait non de la tête, énergiquement...

bonsoir

Si tu hesites pour ton plan ,je te conseille de suivre ce lien qui te permet de "passer en revue" les procédés utilisés : champs lexicaux, points de vues, figures de style.....

on a bien cinq personnes en présence:En mouvement: Gervaise qui veut se coucher et qui repousse Lantier
                                                          qui dorment: son mari et sa belle-mère
                                                          une enfant qui se réveille : nana


ce lien te permettra une grille de lecture
http://www.studyrama.com/revision-exame … urs-101327

Prends des notes et regarde ce que Gervaise veut faire et comment elle "justifie" le fait de céder à Lantier.
Note bien le début de l'extrait "Elle (Gervaise ) lutte" et la fin avec Nana qui regarde "avec de grands yeux d'enfant vicieuse,allumés..."

Gervaise est-elle une "victime?"
oui c'est une scène qui est "écoeurante" mais ce qui est repoussant est cette odeur de vomi dans le lit ,non?
Il y a d'autre part des scènes qui sont expliquées dans d'autres "fils" et qui te permettront de bien analyser la focalisation

Zola, l'Assommoir - Elle luttait, elle disait non de la tête, énergiquement...

Bonjour fidji45 et merci pour votre réponse.

Je viens de passer 5 heures à étudier le texte et je pense avoir trouvé plusieurs éléments avec l'aide de votre lien.

J'aimerai que vous me confirmiez que ces éléments sont corrects et que vous m'aidiez à élaborer mon plan. Puisqu'il y a plusieurs éléments, je vais les "lister" avec des numéros pour que l'on s'y retrouve plus facilement (vous n'aurez qu'à utiliser le numéro correspondant pour commenter un élément en particulier).


1. Il s'agit d'une scène : le temps de lecture correspond au temps de l'action

2. Il s'agit d'un registre de langue familier, argotique voire vulgaire

3. Le registre dominant est celui du tragique

4. Il y a un champ lexical de la violence : "énergiquement", "jetait", "violemment", "prenait", "poussait". On peut voir que la première à utiliser la violence est Gervaise puis elle cède et Lantier l'utilise à son tour (il la pousse)

5. Il s'agit d'une focalisation zéro jusqu'à "elle regarda son père", puis une focalisation interne à Nana

6. Il y a du discours indirect libre "Ah ! elle était bien plantée […] pour la ravoir !" qui dévoile le raisonnement du narrateur (c'est-à-dire que deux hommes sont responsables de la chute de Gervaise)

7. Il y a une répétition du mot lit quatre fois dans le texte (je ne sais pas si cela est utile) ainsi qu'une répétition du verbe baiser dans une même ligne : "baisa sur l'oreille, ainsi qu'il la baisait autrefois"

8. "était si grande" : le si est un adverbe d'intensité. "l'odeur devenait telle" : telle est un adjectif d'intensité (??)

9. Comparaison "Coupeau, comme sur de la plume" (à quoi pourrait-elle servir ?)

10. Plusieurs hyperboles : "sacré salaud", "assommé", "morts", "toute la rue", "perdait la tête"

11. Animalisation de Coupeau : "gueule de travers"

12. Il y a deux références au passé "la ravoir" et "autrefois" (à quoi cela pourrait-il nous servir ?)

13. Lorsque Gervaise dit "c'est sa faute, je ne puis pas..." ; faut-il le voir comme une prise à témoin du lecteur ?

14. Invocation de Dieu précédée par l'interjection "Ah !" répétée deux fois dans la même ligne : "Ah ! mon Dieu ! ah mon Dieu !"

15. On peut observer une métaphore du feu "lui mettre le feu dans le sang", répétée à la fin du texte "grands yeux d'enfant vicieuse, allumés d'une curiosité sensuelle"

16. Les connecteurs logique "Alors" et "Et" indique un déroulement logique de la scène

17. Gervaise est presque immobile : "resterait là", "plantée". Elle résiste une dernière fois en faisant "un pas" symbolique



Voilà, je crois avoir fini ma liste de course.
Je vous remercie d'avance pour votre aide et vous souhaite une bonne fin de journée.

4

Zola, l'Assommoir - Elle luttait, elle disait non de la tête, énergiquement...

Extrait de la préface :

Lorsque L'Assommoir a paru dans un journal, il a été attaqué avec une brutalité sans exemple, dénoncé, chargé de tous les crimes. Est-il bien nécessaire d'expliquer ici, en quelques lignes, mes intentions d'écrivain ? J'ai voulu peindre la déchéance fatale d'une famille ouvrière, dans le milieu empesté de nos faubourgs. Au bout de l'ivrognerie et de la fainéantise, il y a le relâchement des liens de la famille, les ordures de la promiscuité, l'oubli progressif des sentiments honnêtes, puis comme dénouement la honte et la mort. C'est la morale en action, simplement.

Zola, l'Assommoir - Elle luttait, elle disait non de la tête, énergiquement...

Bonsoir floreale et merci pour votre réponse (énigmatique).

"comme dénouement la honte et la mort" -> cela confirme donc qu'il s'agit d'une tonalité tragique ?

6

Zola, l'Assommoir - Elle luttait, elle disait non de la tête, énergiquement...

Mon intention n'était pas de te donner une réponse énigmatique mais plutôt de rappeler le projet naturaliste de Zola qui, dans cette scène,  pointe les aspects de la déchéance. Ces quelques lignes pourraient même te donner les axes de ton commentaire.

7 (Modifié par Abrida 19/02/2017 à 23:52)

Zola, l'Assommoir - Elle luttait, elle disait non de la tête, énergiquement...

Dans cet extrait précis je n'ai pas l'impression qu'il y ait assez de matière pour traiter de la misère du milieu, je me trompe ?

Le "relâchement des liens de la famille" et les "ordures de la promiscuité" devraient-ils constituer mes deux axes selon vous ?

Pourriez-vous simplement me dire si je fais fausse route ? (vous m'indiquez des pistes puis me lâchez lorsque je vous demande confirmation  )

8

Zola, l'Assommoir - Elle luttait, elle disait non de la tête, énergiquement...

Je pensais que tu pourrais continuer seule. Je crois t'avoir dit que je construirais mon développement sur les facettes de la déchéance que ce texte met en lumière ... bien que ce soit la nuit. L'analyse serrée du texte te donnera les deux ou trois dominantes.

Zola, l'Assommoir - Elle luttait, elle disait non de la tête, énergiquement...

Bonsoir floreale,

Que pensez-vous de ce plan :

I/ La déchéance physique
1) Une scène violente
2) Une scène dégoûtante

II/ La déchéance morale
1) Gervaise abandonne la lutte
2) L'illustration du déterminisme (avec Nana qui est pervertie dès son plus jeune âge etc.)

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Zola, l'Assommoir - Elle luttait, elle disait non de la tête, énergiquement...

Essaie de formuler une problématique pour ton travail.