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Le lecteur est-il plus touché par la comédie ou par le tragique ?

Bonjour !

Je n'ai pas l'habitude de demander de l'aide sur les forums, mais j'ai une dissertation et je n'arrive pas à trouver un plan cohérent.
Voici l'intitulé du sujet :

D'après une citation d'un personnage de La Fontaine,
"comme la tragédie ne nous représente que des aventures extraordinaires et qui, vraisemblablement, ne nous arriveront jamais, nous n'y prenons point de part et nous sommes froids, à moins que l'ouvrage ne soit excellent... La comédie, n'employant que des aventures ordinaires, et qui peuvent nous arriver, nous touche toujours, plus ou moins, selon son degré de perfection."

Pensez-vous que le lecteur est plus touché par la comédie ou le tragique ?

Du coup, j'ai pensé faire :

I) La comédie touche le lecteur émotionnellement
II) Mais la tragédie aussi

Mais mon problème c'est quoi mettre dans mes parties...
Pour la comédie, je pensais au fait que le lecteur est touché intellectuellement, mais après je sèche...

Merci d'avance !

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Le lecteur est-il plus touché par la comédie ou par le tragique ?

Bonjour,

Il te faut d'abord identifier quelles sont les émotions développées par chaque genre :
- selon la poétique d'Aristote, la terreur et la pitié dans la tragédie,
- l'attente amusée du succès d'une tromperie, la satire sociale selon le principe du castigat ridendo mores,

Quel genre te touche le plus ? le sérieux des questions fondamentales ? ou la légèreté des intrigues tordues ?

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Le lecteur est-il plus touché par la comédie ou par le tragique ?

Du coup, j'ai pensé faire :

I) La comédie touche le lecteur émotionnellement
II) Mais la tragédie aussi

Votre plan n'est pas terrible. Même s'il vous paraît évident (ce qui est très problématique : pourquoi "toucher" serait-il synonyme de "produire une émotion" ?) que comédie comme tragédie sont génératrices d'émotions, il s'agit d'essayer, dans chaque partie d'esquisser une différenciation entre les deux genres. On en trouve une chez Aristote :

"[tandis que] la tragédie est la représentation d'une action de caractère noble et complète, [la comédie] est une représentation de ce qui est laid, dont une partie est le ridicule. En effet, le ridicule a pour cause une faute et une laideur non accompagnées de souffrance et non pernicieuses : par exemple, on rit tout d'abord à la vue d'un visage laid et déformé, sans que celui qui le porte en souffre"(Aristote, Poétique, 1449a-1450a)

D'où Bergson tire la conséquence morale suivante :

"un personnage de tragédie ne changera rien à sa conduite parce qu'il saura comment nous la jugeons ; il y pourra persévérer, même avec la pleine conscience de ce qu'il est, même avec le sentiment très net de l'horreur qu'il nous inspire. Mais un défaut ridicule, dès qu'il se sent ridicule, cherche à se modifier, au moins extérieurement […]. C'est en ce sens surtout que le rire "châtie les mœurs""(Bergson, le Rire, i, 2)

Ce qui, ajouté à la citation de La Fontaine, vous permet d'amorcer une réflexion, non ?

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Le lecteur est-il plus touché par la comédie ou par le tragique ?

Merci de votre réponse !
Pour le plan, c'était mon professeur de Français qui avait conseillé de mettre d'un côté la comédie et de l'autre le tragique.
Je prends note de vos citations, même si elles ne m'avancent pas trop pour mes sous-parties

5 (Modifié par PhiPhilo 13/02/2017 à 14:58)

Le lecteur est-il plus touché par la comédie ou par le tragique ?

Pour le plan, c'était mon professeur de Français qui avait conseillé de mettre d'un côté la comédie et de l'autre le tragique.

Bien sûr. Mais pas pour y dire la même chose ! Vous pouvez faire une partie sur la comédie et une sur la tragédie en montrant quel est l'impact de chacun des deux genres théâtraux sur le spectateur (quitte à répondre explicitement à la question dans une troisième partie). Et comme il y a peu de chances pour que cet impact soit le même, le plan "1°) la comédie touche émotionnellement 2°) mais la tragédie aussi" est très peu pertinent. Non : votre plan doit montrer ce que vous avez découvert vous-même en cherchant de quelle manière chacun des deux genres "touche" le spectateur.

La faiblesse du pan initialement proposé tient, à mon avis, à ce qu'il vous paraît évident que "toucher" est synonyme de "produire des émotions". C'est extrêmement contestable. D'une part, on pourrait sans doute appliquer au cas du théâtre cette remarque de Wittgenstein concernant la musique :

"on a dit parfois que ce que la musique nous transmet, ce sont des sentiments d'allégresse, de mélancolie, de triomphe, etc., et ce qui nous répugne dans cette explication, c'est qu'elle semble dire que la musique est un instrument qui vise à produire en nous une succession de sentiments. Et on pourrait en conclure que n'importe quel autre moyen de produire de tels sentiments ferait pour nous l'affaire à la place de la musique"(Wittgenstein, le Cahier Brun, 179)

D'autre part, comme le dit encore Wittgenstein,

"les hommes d'aujourd'hui croient que les savants sont là pour pour leur donner un enseignement, les poètes, les musiciens, etc. pour les réjouir. Que ces derniers aient quelque chose à leur enseigner, cela ne leur vient pas à l'esprit"(Wittgenstein, Remarques Mêlées, 36)

Ce qui implique que, tout particulièrement, la comédie et/ou la tragédie nous "touchent" peut-être en nous apprenant quelque chose sur la réalité humaine. C'est ce que suggère Aristote dans la citation que j'ai donnée. C'est aussi ce que dit La Fontaine dans la citation qui vous est fournie, même s'il pense pour sa part que c'est surtout la comédie qui nous apprend quelque chose, la tragédie nous laissant "froids", prétend-il, "à moins que l'ouvrage ne soit excellent" (c'est important, cette restriction : il faut la commenter par des exemples). Bergson va un peu dans le sens de La Fontaine en établissant une distinction morale entre les deux genres : la comédie nous "touche" en ce qu'elle nous incite à nous corriger ("castigat ridendo mores", devise des comédiens). Vous voyez, personne, ici, ne parle d'"émotions".

6 (Modifié par lebossdu78 13/02/2017 à 16:29)

Le lecteur est-il plus touché par la comédie ou par le tragique ?

Merci encore une fois de votre réponse détaillée.

Si j'ai bien compris, il ne faut pas que je me limite à la définition émotionnelle du mot "toucher", mais plutôt que je compare ce que la comédie et la tragédie apporte au spectateur, que ce soit un enseignement moral, ou bien une réalité sur la condition humaine ?

Vous pouvez faire une partie sur la comédie et une sur la tragédie en montrant quel est l'impact de chacun des deux genres théâtraux sur le spectateur (quitte à répondre explicitement à la question dans une troisième partie).

Je pense que je vais partir sur ce plan.

De plus, est-il pertinent d'opposer la citation de La Fontaine et celle de Bergson?

Pour finir, La Fontaine dit :

à moins que l'ouvrage ne soit excellent

Avez-vous des exemples d'ouvrages tragiques que La Fontaine jugeait excellent ?

Bonne fin de journée.

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Le lecteur est-il plus touché par la comédie ou par le tragique ?

La Fontaine admirait particulièrement les auteurs de l'antiquité (il a pris parti pour les premiers dans la "querelle des Anciens et des Modernes"). De plus, on lui prête plus ou moins une certaine admiration pour Racine. Vous ne devriez donc pas avoir de difficulté à trouver des exemples de tragédies "classiques" qui eussent agréé à La Fontaine. La difficulté sera plutôt d'essayer d'expliquer en quoi de tels "ouvrages excellents" sont dignes, d'après lui, d'être mis sur le même plan que la comédie en général : est-ce parce qu'il est faux que de telles tragédies "nous représentent que des aventures extraordinaires et qui, vraisemblablement, ne nous arriveront jamais" ? est-ce parce que ce défaut est, chez elles, compensé par une autre qualité, mais laquelle ? Là, vous devez prendre le risque de vous exprimer en faisant des hypothèses.

Par ailleurs, en effet, il n'est pas pertinent d'opposer La Fontaine et Bergson. L'un et l'autre sont, chacun à sa manière, des moralistes. Disons que le second complète et actualise le premier en consacrant tout un ouvrage (le Rire) à la fonction sociale du comique, tout particulièrement du comique de comédie (auquel il puise presque tous ses exemples). La véritable opposition se situerait plutôt entre Aristote d'une part et La Fontaine/Bergson d'autre part.

Voilà. Bon travail.

8 (Modifié par Jehan 14/02/2017 à 13:12)

Le lecteur est-il plus touché par la comédie ou par le tragique ?

Merci à tous les deux de vos réponses, je vous tiens au courant de la note si ça vous intéresse.

Le lecteur est-il plus touché par la comédie ou par le tragique ?

Le problème est que la citation, tout comme la distinction étroite des genres, sont datées... A partir de quel corpus travaillez-vous ?

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Le lecteur est-il plus touché par la comédie ou par le tragique ?

Bonjour, je n'ai pas de corpus pour cette dissertation