Héros de roman qui ne vont pas au bout de leur destin

Bonsoir pourriez vous me donner des exemples de héros qui ne vont pas au bout de leur destin merci d'avance
Je pensais à princesse de cléves car elle ne peut pas être avec son amour mais sinon je n'ai pas vraiment d'idée

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Héros de roman qui ne vont pas au bout de leur destin

Dans quel cadre s'inscrit ce devoir ?
Le héros de roman, être de papier, a le destin que le romancier lui forge.

3 (Modifié par PhiPhilo 01/02/2017 à 08:27)

Héros de roman qui ne vont pas au bout de leur destin

Le héros tragique (Oedipe, Phèdre, Polyeucte, ...) va toujours, par définition de ce qu'est la tragédie, "au bout de son destin". Mais le problème se pose certainement pour le personnage romanesque. Notamment pour le héros romantique, surtout lorsqu'il se suicide (Werther) ou se laisse mourir (Jean Valjean). Et que dire des personnages de Dostoïevski, de Virginia Woolf ou de Modiano ?

4 (Modifié par Hippocampe 01/02/2017 à 09:04)

Héros de roman qui ne vont pas au bout de leur destin

Bonjour,

Peut-on parler du personnage principal du Désert des Tartares (de Dino Buzzati) ?
Il a sacrifié sa carrière et sa vie privée pour rester dans le fort de sa première affectation car il s'attendait à ce que les Tartares finissent par attaquer son pays en commençant par son fort.
Finalement, car il est vieux ou malade, je ne sais plus très bien, on l'évacue de son fort au moment où les Tartares l'attaquent après des décennies d'attente.
Il meurt peu après.

5 (Modifié par floreale 01/02/2017 à 13:30)

Héros de roman qui ne vont pas au bout de leur destin

Qu'est-ce que le bout du destin ?
A bien y réfléchir, l'expression n'a aucun sens !

Je suis allée faire un petit tour sur wikipedia et j'ai trouvé ceci :

Le destin désigne, au moment présent, l'histoire future d'un être humain ou d'une société telle qu'elle est prédéfinie par une instance qui est soit considérée comme supérieure aux hommes (éventuellement divine) dans les conceptions finalistes du Monde, soit comme immanente à l'univers (éventuellement la Philosophie de l'histoire ou la nature) dans les conceptions déterministes.

Pour les personnages de papier que sont les héros de roman, l'instance supérieure est le romancier qui prédéfinit l'histoire de son personnage. Le personnage fait ce que l'auteur a décidé : le destin de la Princesse de Clèves c'est de refuser de confronter sa passion à la réalité des relations conjugales, celui de Werther de se suicider, celui de Jean Valjean de mourir dans la solitude... C'est en vue de cette fin qu'ils ont été conçus !

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Héros de roman qui ne vont pas au bout de leur destin

Bonjour,

Bien entendu le personnage littéraire est la créature soumise de son créateur. La question cherche sans doute à pointer ces héros qui sont en rupture manifeste avec leur déterminisme psychologique ou sociologique. En d'autres termes pourquoi leur auteur a-t-il voulu surprendre son lecteur en s'écartant d'une fin attendue ? Peut-être le héros de La Pitié dangereuse de Zweig qui accepte de survivre à son déshonneur ou Julien Sorel de Le Rouge et le noir qui se convertit de l'arrivisme cynique à l'égotisme amoureux ?

7 (Modifié par PhiPhilo 02/02/2017 à 07:03)

Héros de roman qui ne vont pas au bout de leur destin

Pour les personnages de papier que sont les héros de roman, l'instance supérieure est le romancier qui prédéfinit l'histoire de son personnage. Le personnage fait ce que l'auteur a décidé

Bien que l'ars et la tekhnè soient étymologiquement apparentés (les termes latin et grec sont synonymes), le processus de production artistique n'est sans doute pas l'application mécanique d'un concept pré-conçu comme c'est le cas dans un processus technique de production. S'agissant de la création d'un personnage romanesque, Proust écrit, par exemple, que "une fois devant son papier, [Jean] écrivait ce qu'il ne connaissait pas encore, ce qui l'invitait sous l'image où c'était caché (et qui n'était en quoi que ce soit un symbole) et non ce qui, par raisonnement, lui aurait paru intelligent et beau"(Proust, Jean Santeuil). Or, si tel est le cas, c'est sans doute parce que les personnages romanesques sont, justement, tout sauf des "personnages de papier", c'est-à-dire un simple agglomérat de matière pré-existante. Et le même d'ajouter : "tandis que le génie de l'auteur nous enchante au point que nous saisissons avec joie dans les interstices du récit toute phrase sur des sujets que nous connaissons […] ses personnages nous apparaissent si vivants que nous n'aimons pas à songer que c'est une invention artificielle qui les a fabriqués plutôt que d'autres. Et puis nous pouvons déjà être capables de grandes passions pour les personnes vivantes et pour les personnages des livres, sans savoir encore rien de la vie, sans en comprendre la plupart des rapports"(Proust, Jean Santeuil). En ce sens, parler du "destin" d'un personnage n'est pas plus paradoxal que parler de celui d'une personne.

8 (Modifié par Delia 02/02/2017 à 13:50)

Héros de roman qui ne vont pas au bout de leur destin

Julien Sorel de Le Rouge et le noir qui se convertit de l'arrivisme cynique à l'égotisme amoureux ?

Pour moi, et cela n'engage que moi, Julien Sorel est de bout en bout un arriviste cynique.
il est intéressant de noter que le romancier lui trace son destin :

Il la [l'église de Verrières]trouva sombre et solitaire. À l’occasion d’une fête, toutes les croisées de l’édifice avaient été couvertes d’étoffe cramoisie. Il en résultait, aux rayons du soleil, un effet de lumière éblouissant, du caractère le plus imposant et le plus religieux. Julien tressaillit. Seul, dans l’église, il s’établit dans le banc qui avait la plus belle apparence. Il portait les armes de M. de Rênal.

Sur le prie-Dieu, Julien remarqua un morceau de papier imprimé, étalé là comme pour être lu. Il y porta les yeux et vit :

Détails de l’exécution et des derniers moments de Louis Jenrel, exécuté à Besançon, le...

Le papier était déchiré. Au revers on lisait les deux premiers mots d’une ligne, c’étaient : Le premier pas.

— Qui a pu mettre ce papier là ? dit Julien. Pauvre malheureux, ajouta-t-il avec un soupir, son nom finit comme le mien... et il froissa le papier.

En sortant, Julien crut voir du sang près du bénitier, c’était de l’eau bénite qu’on avait répandue : le reflet des rideaux rouges qui couvraient les fenêtres, la faisait paraître du sang.

Louis Jenrel est l'anagramme de Julien Sorel.

Quos vult perdere Jupiter dementat : Julien est l'artisan de sa perte :
Du marquis à sa fille :

Lisez la lettre que je reçois en réponse aux renseignements que j’avais demandés. L’impudent m’avait engagé lui-même à écrire à Mme de Rênal

Le romancier boucle la boucle :

Julien entra dans l’église neuve de Verrières. Toutes les fenêtres hautes de l’édifice étaient voilées avec des rideaux cramoisis. Julien se trouva à quelques pas derrière le banc de madame de Rênal. Il lui sembla qu’elle priait avec ferveur. La vue de cette femme qui l’avait tant aimé fit trembler le bras de Julien d’une telle façon, qu’il ne put d’abord exécuter son dessein. Je ne le puis, se disait-il à lui-même ; physiquement, je ne le puis.

En ce moment, le jeune clerc qui servait la messe sonna pour l’élévation. Madame de Rênal baissa la tête qui un instant se trouva presque entièrement cachée par les plis de son châle. Julien ne la reconnaissait plus aussi bien ; il tira sur elle un coup de pistolet et la manqua ; il tira un second coup, elle tomba

La machine infernale du romancier fonctionne remarquablement bien. A noter cette femme qui l'avait tant aimé : à aucun moment il n'est question d'une femme que Julien eût aimée...

S'agissant de la création d'un personnage romanesque, Proust écrit, par exemple, que "une fois devant son papier, [Jean] écrivait ce qu'il ne connaissait pas encore, ce qui l'invitait sous l'image où c'était caché (et qui n'était en quoi que ce soit un symbole) et non ce qui, par raisonnement, lui aurait paru intelligent et beau"(Proust, Jean Santeuil).

Proust n'a pas achevé Jean Santeuil et en ce sens on peut ranger Jean Santeuil parmi les héros qui ne vont pas au bout de leur destin car l'auteur les abandonne en route.
Pour la Recherche, Proust a construit son plan qu'il compare à une cathédrale. Comme les bâtisseurs de cathédrale il a été amené à infléchir ses plans en cours de construction mais la fin est bien celle qu'il avait prévue dès le départ.

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Héros de roman qui ne vont pas au bout de leur destin

Oui, mais la conversion de Julien a lieu après, lorsqu'il se retrouve en prison. Et là son conditionnement inspiré de l'affaire Berthet brusquement disparaît. Julien devient, à notre grande surprise, un disciple de l'art de vivre italien cher au coeur d'Henri Beyle.

Stendhal a écrit :

Pour Julien, excepté dans les moments usurpés par la présence de Mathilde, il vivait d'amour et sans presque songer à l'avenir. Par un étrange effet de cette passion, quand elle est extrême et sans feinte aucune, Mme de Rênal partageait presque son insouciance et sa douce gaieté.

-- Autrefois, lui disait Julien, quand j'aurais pu être si heureux pendant nos promenades dans les bois de Vergy, une ambition fougueuse entraînait mon âme dans les pays imaginaires. Au lieu de serrer contre mon coeur ce bras charmant qui était si près de mes lèvres, l'avenir m'enlevait à toi; j'étais aux innombrables combats que j'aurais à soutenir pour bâtir une fortune colossale... Non, je serais mort sans connaître le bonheur, si vous n'étiez venue me voir dans cette prison.

10 (Modifié par Delia 02/02/2017 à 14:58)

Héros de roman qui ne vont pas au bout de leur destin

Julien devient, à notre grande surprise, un disciple de l'art de vivre italien

Vous y croyez, vous ?

Autrefois, lui  disait Julien,

C'est du baratin : Julien joue encore la comédie pour continuer à recevoir ces visites qui le divertissent au sens pascalien...