11 (Modifié par Formalismeféministe 03/02/2018 à 10:08)

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Delia a écrit :

Ce n'est plus de la lecture, mais des travaux forcés !
Entendons-nous : cette lecture avec prise de notes s'impose dans les préparations d'examen, rédaction de thèses et ouvrages critiques.
Je ne fais rien : si le livre est fort, il s'imprime tout seul, sinon, tant pis !

Non. Certains diront (et moi aussi) qu'on ne lit pas vraiment sans travailler le texte, voire contre le texte. C'est précisément le travail acharné qui permet d'entretenir une relation de jouissance avec le texte littéraire, sinon tout reste à plat. Du coup, lire avec dictionnaire, crayon et cahier de notes est indispensable à toute tentative de lecture approfondie. Les bons écrivains méritent de bons lecteurs, pour paraphraser Nabokov.

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Si vous voulez que Delia vous réponde, ça va être assez difficile...   

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Ah oui, j'ai tendance à me perdre dans les pages du forum et à trouver des messages qui m'interpellent... Je ne suis pas toujours attentive aux dates 

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Il n'y a pas que les dates qui soient en jeu (mais laissons cela)...

Je ne suis que partiellement d'accord avec ce que vous dites. Il existe plusieurs sortes de plaisir du texte : quand je lis ou relis (cas très fréquent !), je tiens à ce que seule la sensibilité soit en jeu. Je n'imagine pas une intervention trop marquée de l'intelligence réflexive, encore moins celle de l'écrit. Je ne prends jamais de notes quand je lis un texte nouveau. Je compare souvent le plaisir que j'en retire au déchiffrage d'une partition musicale. Analysée et "travaillée" (massacrée en ce qui me concerne), l'œuvre ne me procure plus du tout le même plaisir, comme un plat dont on aurait abusé et qui finirait pas nous sembler insipide. En revanche, j'éprouve aussi du plaisir à me livrer à un "corps à corps" avec l'œuvre si je dois en faire une étude approfondie, mais ce plaisir est d'un autre ordre et je ne confonds pas les deux.

15 (Modifié par Formalismeféministe 03/02/2018 à 22:31)

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Si ça vous convient, tant mieux. Pour moi, la lecture ne doit pas être une activité éphémère qui s'apparente à la consommation. J'ai besoin d'être changée par elle, au quotidien. Par ailleurs, j'ai l'intime conviction qu'une lecture de sensibilité ne passe jamais outre la reconnaissance, au sein du texte, d'éléments que nous connaissons déjà. Combien de lectures sont faussées, au jour le jour, par le déjà-connu, le lieu commun, le pré-existant, bref la subjectivité bayardienne d'un lecteur qui s'étend sur un texte à peine ouvert ? Jusqu'aux analyses les plus canoniques, partagées sur les bancs d'école. C'est ça, massacrer le texte : le plier à sa réception immédiate, souvent obtuse. Seul le travail sur le texte nous permet d'arriver sur le terrain particulier du texte, mais ces propos n'engagent que moi.

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Vous avez dû mal me comprendre : je ne parle pas de consommation, mais de jouissance !
Lire n'est pas prendre une connaissance superficielle d'un texte, c'est se l'approprier en faisant taire momentanément ce que la culture ou la réflexion pourraient interposer entre ce texte et soi. Quand on lit, je crois qu'il faut s'efforcer d'abolir les réflexes du critique ou du professeur : ce sont eux qui vous feront perdre l'écho du Verbe primordial que recèle toute grande œuvre, d'autant plus puissant qu'il est nu et qu'il se suffit à lui-même. Il faut respecter cette nudité, qui est la condition même de sa divine naissance.
Tous vos arguments, je les fais miens, mais en faveur d'une lecture naïve au possible.

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en faveur d'une lecture naïve au possible.

Pour une fois, sur ce point au moins, je suis d'accord avec toi, jacquesvaissier.
Je vais même jusqu'à éviter de lire les préfaces, que je lirai au besoin après, pour me plonger directement dans l'oeuvre.

18 (Modifié par Formalismeféministe 04/02/2018 à 11:33)

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jacquesvaissier a écrit :

Vous avez dû mal me comprendre : je ne parle pas de consommation, mais de jouissance !
Lire n'est pas prendre une connaissance superficielle d'un texte, c'est se l'approprier en faisant taire momentanément ce que la culture ou la réflexion pourraient interposer entre ce texte et soi. Quand on lit, je crois qu'il faut s'efforcer d'abolir les réflexes du critique ou du professeur : ce sont eux qui vous feront perdre l'écho du Verbe primordial que recèle toute grande œuvre, d'autant plus puissant qu'il est nu et qu'il se suffit à lui-même. Il faut respecter cette nudité, qui est la condition même de sa divine naissance.
Tous vos arguments, je les fais miens, mais en faveur d'une lecture naïve au possible.

Monsieur, nous disons la même chose. A mon sens, il faut fuir absolument l'aura qui précède et entoure le texte. Quel était ce mot de Baudelaire, sur la pensée incommunicable ?

Cela dit, la pure sensibilité est, je crois, insuffisante : Nabokov parlait d'une lecture menée ni par le cœur, ni par le tête, mais plutôt par l'épine dorsale. J'aime l'image.

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Oui, mais cela dépend peut-être aussi de ce qu'on lit. Il n'y a pas grand chose de commun entre un "conte" de Voltaire (pour citer un auteur que je n'aime pas) et une ode de Claudel...

20 (Modifié par Laoshi 04/02/2018 à 11:52)

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Nabokov parlait d'une lecture menée ni par le cœur, ni par le tête, mais plutôt par l'épine dorsale. J'aime l'image.

L'image est effectivement originale, mais bien que l'homme soit corps, coeur et esprit,  le coeur et... l'esprit me semblent plus essentiels que l'épine dorsale, qui, selon les âges de la vie peut être moins vigoureuse.