21 (Modifié par mattlev 22/11/2016 à 20:33)

Classes préparatoires - L'ascenseur social est-il en panne ?

@ Laoshi: Je trouve aussi ce texte très bizarre. Pour Lyon ça ne colle vraiment pas. 32 agrégatifs en lettres en 2011 (https://www.ccomptes.fr/content/downloa … ieures.pdf)? Quand je vois la taille des promos en histoire et en philo des trois dernières années, je doute vraiment... Ça voudrait dire que les effectifs ont sacrément augmenté entre 2011 et 2014-2015, ce qui devrait faire plaisir à la Cour des Comptes.




@ Embu: effectivement - jusqu'à il y a dix ans en tous cas -, l'orientation se faisait lors de l'année qui équivaut à notre 6e française.

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Classes préparatoires - L'ascenseur social est-il en panne ?

Embu a écrit :

Je me souviens d'un copain suisse qui m'avait dit que le pays des Helvètes avait ceci de particulier dans son système éducatif que dès le début, les écoliers déterminaient leur avenir par leurs résultats dans ce qui constitue l'équivalent du primaire/secondaire. En gros, de ce que j'avais compris, la tranche d'âge qui permettait l'ascension sociale là-bas était inférieure à 15 ans. Je ne sais pas si c'est toujours le cas actuellement, mais ce qui est sûr, c'est que ça ne favorise pas du tout

Si on analyse le système scolaire Suisse à l'aune de la situation française, on risque de commettre des erreurs de jugement. En Suisse, les filières professionnelles sont valorisées et ne sont pas du tout vécues comme un échec social ou professionnel. D'ailleurs, les élèves qui poursuivent des études "générales" sont minoritaires dans le système Suisse. D'autre part, un ouvrier spécialisé et expérimenté (re)trouve du travail sans problème et gagne très bien sa vie, sans doute mieux qu'un professeur agrégé en France, même en tenant compte des différences de coût de la vie, surtout s'il est son propre patron.

Pour ce qui est du cas français, je suis d'accord avec tout ce qui a été dit, et notamment avec l'analyse de Portia en lien avec le développement économique.
Mais quand on parle d'ascenseur social - je vais dire quelque chose qui pourra paraître choquant - je crois que le principal obstacle à cet ascenseur, vient des classes défavorisées elles-mêmes qui en général s'autocensurent ou n'ont pas du tout l'esprit de s'élever dans la société, bien qu'elles en aient parfois la volonté. En effet, bien sûr, tous aimeraient bien gagner plus, avoir une vie moins dépendante financièrement, mais la culture, l'éducation, la réussite scolaire ne sont pas intériorisées, ce qui explique sans doute pourquoi toutes les initatives politiques visant à améliorer le système ont été jusqu'ici mises en échec; et c'est d'ailleurs un des défis majeurs des professeurs de ZEP de donner l'envie, le goût pour les études aux élèves, ce goût n'étant souvent pas relayé au niveau familial.
Pas étonnant dans ces conditions, que l'ascenseur social n'ait jamais vraiment fonctionné et ne soit pas prêt de l'être.

Classes préparatoires - L'ascenseur social est-il en panne ?

L'ascenseur social, AMH, c'est le bâton de maréchal que tout soldat avait dans sa giberne : un leurre bien utile aux élites.
Les élites achètent ainsi la paix sociale : inutile de vous révolter, si vous appartenez aux classes défavorisées, (quel mot !) c'est de votre faute, vous n'aviez qu'à  monter dans l'ascenseur et si vous n'y êtes pas monté, c'est que vous n'êtes pas capables. Est-ce que vous n'avez pas zéro à la dictée ?
Autre avantage : les élites se perpétuent et se renouvellent en écrémant par le biais des concours les esprits les plus utilisables pour elles.

J'ajoute que ces remarques me furent faites lors d'un stage de formation que je suivis en 1971 et rien dans ma carrière ultérieure ne m'en a donné le démenti.

Classes préparatoires - L'ascenseur social est-il en panne ?

@Portia : Merci pour cette analyse interessante.

@Scipione : C'est sans doute du a mon determinisme, mais je crois que l'auto-censure est un produit social. Autrement dit, je crois que ca n'est pas seulement que la culture dominante n'est pas interiorisee, mais que c'est aussi que la culture de classe fait sentir une difference - on sait s'habiller, parler, se tenir comme on le doit, ou pas, bref l'habitus- qui, elle, est interiorisee. Donc je ne crois pas que ca soit un phenomene d'inertie, mais bien l'interiorisation d'"une violence sociale".

Ps : Je suis sur un clavier British, donc les accents sont passes a la trappe, desole !

Classes préparatoires - L'ascenseur social est-il en panne ?

Mais quand on parle d'ascenseur social - je vais dire quelque chose qui pourra paraître choquant - je crois que le principal obstacle à cet ascenseur, vient des classes défavorisées elles-mêmes qui en général s'autocensurent ou n'ont pas du tout l'esprit de s'élever dans la société

Cela ne me paraît pas seulement choquant. Cela me fait hurler de colère !

Les classes défavorisées n'ont pas du tout le goût de s'élever dans la société ?
Ton père est mineur, tu seras mineur, mon fils !
Mais cela, c'est Zola, cela date légèrement.
Je ne dis pas que cela n'existe pas.
Mais une telle généralisation est vraiment simpliste et intolérable.

Des parents aimants sont normalement portés à souhaiter la réussite de leur enfants. Et ils n'ont pas tous le QI d'un bigorneau.
Encore faut-il que l'école leur en donne la possibilité, et je crois bien que c'est de moins en moins le cas.

Les ZEP, parlons-en justement. Le problème des ZEP, c'est justement qu'il existe des ZEP.
Je l'ai déjà dit plus haut, lorsqu'on enferme une partie de la population dans des cités-ghettos, que l'on plante au milieu d'immeubles de quinze étages un malheureux collège dont les fenêtres des classes servent de cibles aux voyous qui habitent dans les tours voisines pour s'entraîner à tirer (j'ai expérimenté un tel collège, je ne raconte pas de choses en l'air), qui est responsable ?
Les parents qui n'ont pas le souci de l'avenir de leur enfants, ou la politique qui a conduit à la constitution de tels ghettos ?
Dans ce genre d'établissement, il n'y a quasiment pas de mixité sociale, et on est entre soi. L'école n'est pas un ailleurs, n'est pas le sanctuaire de la connaissance, hors du monde qu'elle devrait être, et où l'on découvre autre chose que le monde environnant.
Fatalement, à de rares exceptions près, l'ascenseur social va avoir du mal à fonctionner, tout comme celui des immeubles voisins.
bien souvent, le professeur doit s'adapter à son public, perdre son temps et son énergie à faire de la discipline.

J'ai connu, moi, une école, puis un lycée où le fils de l'ouvrier côtoyait le fils de l'employé, celui du professeur, du médecin ou du commandant de bord.
Le cours était identique pour tous. Le professeur ne s'adaptait pas aux élèves. C'était aux élèves de s'adapter à l'enseignement.
Je ne dis pas que c'était toujours facile.
L'école était  censé ouvrir sur autre chose que le quotidien. L'école ouverte sur la vie ? La bonne blague !
Pour certains au contraire, cela pouvait paraître un moyen de s'évader d'un quotidien médiocre, et de parvenir à réussir mieux que leurs parents n'avaient eu la possibilité de le faire.
L'ambition n'est pas réservée aux bourgeois, et on n'est pas forcément simple d'esprit, parce qu'on est issu d'un milieu modeste.
On doit davantage se battre, cela est sûr. Et les élites aiment bien se reproduire...

Classes préparatoires - L'ascenseur social est-il en panne ?

Ce qui me choque le lus, me fit hurler de colère, c'est l'expression classes défavorisées.

27 (Modifié par Scipione 24/11/2016 à 01:03)

Classes préparatoires - L'ascenseur social est-il en panne ?

Je craignais que mes propos soient mal interprétés, et bien ils le furent, malheureusement. J'ai employé l'expression "classes défavorisées", ok, ce n'est pas pas très heureux, mais il n'y a aucun mépris de ma part. Comment d'ailleurs pourrait-il en avoir? Mes parents vivaient à St Denis, et les personnes de milieu "défavorisé" (si vous trouvez une meilleure expression, je suis preneur!), je les ai connus de près, notamment au travers des fréquentations de mon frère aîné, lui-même d'ailleurs déscolarisé à 16 ans...
C'est sans doute un cas spécial et je peux  bien croire que ça peut arriver dans tous les milieux sociaux, même si il y a quand même un certain déterminisme...
Mais j'ai eu plus de chance que lui: mes parents nous ont envoyés, mon autre frère et moi, dans un lycée privé en province, mais pas pour autant huppé, où j'ai connu la mixité sociale et constaté là encore, même si ce n'était pas aussi systématique, un phénomène d'autocensure chez ceux qui n'étaient pas les plus "socialement favorisés". A ce propos, le commentaire de Artz me semble convaincant.

"des parents aimants sont normalement portés à souhaiter la réussite de leur enfants": Bien évidemment! Je n'ai pas dit le contraire! Bien sûr que ce n'est pas une question de QI, mais il faut leur donner les bonnes clefs à ces enfants et, malheureusement, les parents ne les ont pas toujours. Ne serait-ce que pousser l'enfant à faire ses devoirs, l'aider s'il le faut, mais jusque où et quand le peuvent-ils? Porter toute son attention alors que l'on a eu une journée harassante, que l'on subit le chômage...Bref!

La France est un pays très élitiste, sans doute autant que le Royaume-Uni, qui lui l'assume. Que veut dire s'élever dans la société en France, le fameux ascenseur social? Faire des études générales, avoir un métier intellectuel, qui paye bien si possible, accéder à la culture..." avoir le souci de l'avenir de ses enfants " c'est cela! Car tout le reste, notamment le travail manuel, est dévalorisé. Forcément, cela avantage certaines catégories sociales et j'ai cité l'exemple suisse à dessein...