Traduction d'un passage du Moniage Guillaume (vers 93-145)

Chers/ chères messieurs/dames,
  J'aurais besoin d'un coup de main dans ma traduction des vers 93 à 145 de la seconde rédaction du Moniage Guillaume dans l'édition de Cloetta. Je vais poster un vis à vis du texte et de ma traduction en indiquant en rouge les phrases qui me posent problème. Merci d'avance à tous (oui je le redirai de nombreuses fois je le sens) !

V93 : Li quens descent del destrier abrievé,
Le comte descend du cheval fougueux/ lancé à vive allure
V94 : Droit au mostier estes le vous alé,
    Vous êtes allés droit au monastère.
Ici, je ne comprends pas la place que le le pourrait tenir dans la phrase.
V95 : Tout le covent a devant lui mandé.
    (Il) A demandé devant lui tout le couvent/ toute la communauté du couvent
V96 : Hui mais orrés de Guillaume au cort nés
Aujourd’hui, désormais,/ à partir d’aujourd’hui/ au jour d’aujourd’hui (vous) entendrez de Guillaume au court nez
V97 : Comme il fu moines benëis et sacrés,
Comment il fut moine bénis et sacré
V98 : Comme il ala as poissons a la mer,
    Comment il alla aux poisons à la mer,
V99 : Com li larron le vaurent desreuber.
    Comment les voleurs le virent s’échapper.
V 100 : Guillaumes est a Aignienes venus,
    Guillaumes est venu à Aignienes.
Si quelqu’un sait à quelle ville/village/commune Aignienes correspond.
V 101 : Entre en la porte pensis et irascus,
    Il entre, pensif et agité, par la porte,
V 102 : Sovent reclaime le vrai pere Jhesu.
    (Il) Sollicite souvent le vrai père Jésus.
V 103 : Et li portiers en fu tous esperdus :
    Et le portier en fut complètement déconcerté.
V 104 : « Dieus, » dist il, « peres, qui el ciel mains lassus,
    « Dieu », dit-il, « père, qui demeure là-haut dans le ciel,
Ici je ne comprends pas la personne avec laquelle est utilisé mains (2ième personne du singulier) alors que la phrase réclame une 3ième personne du singulier (idem au vers 138).
V 105 : De quels maufés est sifais hom venus ?
    De quel diable un tel homme est venu ?
V 106 : Ainc mais ne vi home si fust corsus,
Seule solution que un relatif qui au cas sujet masculin singulier dont l’antécédent est home ait été omis car tous les adjectifs qui suivent (corsus, assis, grans, membrus, ne peuvent être qu’au cas sujet singulier ou régime pluriel et que le second n’a aucun sens).
    Jamais (je) ne vis homme qui fut si corpulent,
V 107 : Si mal assis, si grans ne si membrus.
    Si mal pourvu, si grand ni si membru !
V 108 : Vés quels espaules, et quels bras et quel bu !
    Voyez quelles épaules, quels bras et quel buste !
V 109 : Jou quit qu’il est del puis d’infer issus,
    Je crois qu’il est issu des abîmes de l’enfer.
V 110 : Ou chou en est li maistres Belgibus.
Où le maître est Belgibus/Belzebuth / où le maître Belgibus/ Belzebuth réside.
V 111 : Car fust il ore as puis de Montagu !
Or as : je n’arrive pas à le traduire.
V 112 : Ja mais chaiens ne seroit enbatus.
Je ne comprends le sens de cette phrase.
V 113 : Sainte Marie, ou fu tels hom nascus ? »
     Sainte Marie, où un tel homme fut né ?
V 114 : Li quens Guillaumes l’a mout bien entendu,
    Le comte Guillaume l’a très bien entendu/ compris
V 115 : Tous cois se taist, n’a un mot respondu.
    Tout silencieux, il se tait, il n’a pas répondu (un) mot.
V 116 : Al moustier est li marcis descendus.
Le marquis est descendu au monastère
V 117 : Mais il n’ert mie si povrement venus
    Mais il n’était pas venu si pauvrement/ dépouillé.
V 118 : Qu’il n’ait boins dras qui sont a or batu,
Qu’il n’ait (ses/des) bons draps d’or battus,
V 119 : Cendaus de soie et pailes de bofu,
    (des) étoffes de soie et (des) draps de boffu. 
V 120 : Et si aporte mil mars d’argent ou plus,
    Et ainsi (il) apporte mille mars d’argent ou plus,
V 121 : Son elme a or et son branc esmolu-
    Son heaume d’or et son épée affilée,
V 122 : Ce fu Joiouse qui Karmelaine fu,
    C’était Joyeuse qui appartint à Charlemagne,
Je ne trouve pas de source qui m’indique que Karmelaine soit une forme de Charlemagne mais je sais qu’il posséda une épée de ce nom.
V 123 : Dont il ot mort maint paien mescrëu- ;
Dont il obtint (la) mort (de) nombreux païens mécréants
V 124 : Tout ot torsé sor un soumier crenu.
    Il eut/ avait tout attaché sur un cheval à longs crins.
V 125 : Le covent mande, devant lui est venus,
    (Il) demande le couvent (et/, il) est venu devant lui.
V 126 : Vint i li abes, qui fut vieus et cenus.
L’abbé y vint, qui était vieux et tout blanc, 
V 127 : Virent le conte jus a pié descendu ;
    (Ils) virent le comte descendu à pied vers le bas.
V 128 : Quant il le voient, si fort sont esperdu,
    Quand ils le voient, ils sont tellement troublés.
V 129 :Mal soit de cel qui li rendist salu.
    Malheur soit de celui qui lui rendait son salut.
V 130 : En fuies tornent, n’i sont plus arrestu,
Nécessaire de préférer la leçon D1 : ne si sont arrestut, car l’adverbe y demande un verbe réfléchi pour avoir une phrase cohérente : Ils ne s’y sont plus arrêtés/ ils n’y sont plus arrêtés.
    Ils partent en fuite/ dans l’autre sens, ils ne s’y sont plus arrêtés. 
V 131 : Ainc n’i remest ne caus ne cavelus.
    Ni chauve, ni chevelu ne lui remet jamais.
Je n’arrive pas à traduire le i .
V 132 : Parmi ces croutes sont li auquant repus ;
    Parmi ces cavernes, un grand nombre sont cachées.
V 133 : Dist l’uns a l’autre : « Tout avomes perdu,
Dit l’un à l’autre : « Nous avons tout perdu,
V 134 : C’est Antecris qui ci est enbatus.
    C’est (l’)Antéchrist qui ici (s’)est diverti.
V 135 : Par lui serons destruit et confondu. »
    Par lui (nous) serons détruits et engloutis. »
V 136 : Quant li quens a cel afaire vëu,
    Quand le comte a vu cette difficulté
V 137 : Que tout li moine s’en füirent por lui :
    Que tous les moines s’enfuyaient à cause de lui, 
V 138 : « Dieus, » dist Guillaumes, « qui el ciel fais vertu
    « Dieu », dit-il, « qui dans le ciel fait (le) bien
Idem qu’au vers 104
V 139 : Quel vif dïable ont cil moine vëu ?
    Quel diable vivant ont vu ces moines ?
V 140 : Mien entïent, il sont del sens issu.
    Mon avis (est qu’ils/,) ils sont issus de la perception.
V 141 : A male hart soient il tot pendu ! »
    À la corde soient-ils tous pendus ! »
V 142 : Et puis a dit, quant s’est apercëus :
    Et puis (il) a dit, quand (il) s’est aperçu :
V 143 : « Dieus, c’ai jou dit ? jou sui tous decëus !
    Dieu, cela j’ai dit ? Je suis tout déçu !
V 144 : Dieus, moie coupe, jou voel estre rendus,
    Dieu, ma punition, je veux être moine.
Je n’arrive pas à définir le cas de ma coupe
V 145 : Mais que mi frere m’ont tot mon sens tolu.
    Mais que mes frères m’ont enlevé toute mon intelligence.

2 (Modifié par Yvain 17/08/2016 à 07:16)

Traduction d'un passage du Moniage Guillaume (vers 93-145)

V93 : Li quens descent del destrier abrievé,
Le comte descend du cheval fougueux/ lancé à vive allure
- Surtout pas « lancé à vive allure » : Guillaume descend d’un cheval à l’arrêt !

V94 : Droit au mostier estes le vous alé,
    Vous êtes allés droit au monastère.
Ici, je ne comprends pas la place que le le pourrait tenir dans la phrase.
- E, es ou este est une particule présentative ; elle est fréquemment accompagnée d’un pronom de 2ème personne au « datif éthique » visant à capter l’attention de l’auditeur. Quant à le, c’est le « régime » de ce présentatif. On a donc : « Le voici [qui] vous [est] allé tout droit au monastère ».

V95 : Tout le covent a devant lui mandé.
    (Il) A demandé devant lui tout le couvent/ toute la communauté du couvent
- « mandé » est mal traduit.

V96 : Hui mais orrés de Guillaume au cort nés
Aujourd’hui, désormais,/ à partir d’aujourd’hui/ au jour d’aujourd’hui (vous) entendrez de Guillaume au court nez
- « Huis mais (ou maishui) = « dès aujourd’hui ».

V97 : Comme il fu moines benëis et sacrés,
Comment il fut moine bénis et sacré
- Faux-sens sur « sacré ».

V98 : Comme il ala as poissons a la mer,
    Comment il alla aux poisons à la mer,
- « aux poissons »
(allusion à la tâche dont se chargera Guillaume pour l’abbaye ; au retour, il rencontrera des voleurs).

V99 : Com li larron le vaurent desreuber.
    Comment les voleurs le virent s’échapper.
- Contresens : « vaurent » vient de « voloir » et « desreuber » n’a pas le sens que vous lui donnez.

V 100 : Guillaumes est a Aignienes venus,
    Guillaumes est venu à Aignienes.
Si quelqu’un sait à quelle ville/village/commune Aignienes correspond.
- Il s’agit de l’abbaye d’Aniane, à 25 km au Nord-Ouest de Montpellier, près de Saint-Guilhem-le-Désert.

V 101 : Entre en la porte pensis et irascus,
    Il entre, pensif et agité, par la porte,
- Pourquoi ne pas respecter l’ordre des mots ?

V 102 : Sovent reclaime le vrai pere Jhesu.
    (Il) Sollicite souvent le vrai père Jésus.
- Non : Jésus n’est pas le Père dans l’ordre des personnes de la Trinité. Quelle peut être la fonction de « Jesu » ?

V 103 : Et li portiers en fu tous esperdus :
    Et le portier en fut complètement déconcerté.

V 104 : « Dieus, » dist il, « peres, qui el ciel mains lassus,
    « Dieu », dit-il, « père, qui demeure là-haut dans le ciel,
Ici je ne comprends pas la personne avec laquelle est utilisé mains (2ième personne du singulier) alors que la phrase réclame une 3ième personne du singulier (idem au vers 138).
- Il est normal que l’on ait la 2ème personne puisque Guillaume s’adresse à Dieu. L'usage du relatif n'implique pas automatiquement la 3ème personne ; cf : « Notre Père, qui es (ou êtes) aux Cieux »…

V 105 : De quels maufés est sifais hom venus ?
    De quel diable un tel homme est venu ?

V 106 : Ainc mais ne vi home si fust corsus,
Seule solution que un relatif qui au cas sujet masculin singulier dont l’antécédent est home ait été omis car tous les adjectifs qui suivent (corsus, assis, grans, membrus, ne peuvent être qu’au cas sujet singulier ou régime pluriel et que le second n’a aucun sens).
    Jamais (je) ne vis homme qui fut si corpulent,
- Oui, le relatif est élidé, cas fréquent en AF. Attention : « qui fût… »

V 107 : Si mal assis, si grans ne si membrus.
    Si mal pourvu, si grand ni si membru !
- « mal pourvu » fait faux-sens. Le mot signifie que Guillaume n’a pas les proportions de l’homme ordinaire, il est « disproportionné ».

V 108 : Vés quels espaules, et quels bras et quel bu !
    Voyez quelles épaules, quels bras et quel buste !

V 109 : Jou quit qu’il est del puis d’infer issus,
    Je crois qu’il est issu des abîmes de l’enfer.

V 110 : Ou chou en est li maistres Belgibus.
Où le maître est Belgibus/Belzebuth / où le maître Belgibus/ Belzebuth réside.
- « chou en est (trait picard) : « ou que c’est… ». Faux-sens sur « maîstres ».

V 111 : Car fust il ore as puis de Montagu !
Or as : je n’arrive pas à le traduire.
- "Car" est une particule qui renforce l’expression du regret. L’imparfait du subjonctif exprime ce regret « Que ne fût-il… », « Si seulement il était… »  Quant aux « puis » ou aux « pons » de Montaigu, c’est une expression proverbiale pour désigner un lieu très lointain.

V 112 : Ja mais chaiens ne seroit enbatus.
Je ne comprends le sens de cette phrase.
- « chaiens = céans (trait picard) ; « embattre » = « s’introduire ».

V 113 : Sainte Marie, ou fu tels hom nascus ? »
     Sainte Marie, où un tel homme fut né ?
- En FM, on dit obligatoirement « où est né… ».

V 114 : Li quens Guillaumes l’a mout bien entendu,
    Le comte Guillaume l’a très bien entendu/ compris
- Plutôt « écouté ».

V 115 : Tous cois se taist, n’a un mot respondu.
    Tout silencieux, il se tait, il n’a pas répondu (un) mot.

V 116 : Al moustier est li marcis descendus.
Le marquis est descendu au monastère

V 117 : Mais il n’ert mie si povrement venus
    Mais il n’était pas venu si pauvrement/ dépouillé.
- « Il n’était pas venu si pauvrement [vêtu] qu’il n’ait… L’expression signifie que la pauvreté de sa mise a de sérieuses limites !!!

V 118 : Qu’il n’ait boins dras qui sont a or batu,
Qu’il n’ait (ses/des) bons draps d’or battus,
- « de bons… » ; trouvez un autre mot que « draps » à cause du vers suivant.

V 119 : Cendaus de soie et pailes de bofu,
    (des) étoffes de soie et (des) draps de boffu. 
- Il faudrait traduire « bofu », mais c’est délicat, vu qu’il s’agit là encore de soie…

V 120 : Et si aporte mil mars d’argent ou plus,
    Et ainsi (il) apporte mille mars d’argent ou plus,
- « Et si » = « Et d’autre part » ; « marcs ».

V 121 : Son elme a or et son branc esmolu-
    Son heaume d’or et son épée affilée,

V 122 : Ce fu Joiouse qui Karmelaine fu,
    C’était Joyeuse qui appartint à Charlemagne,
Je ne trouve pas de source qui m’indique que Karmelaine soit une forme de Charlemagne mais je sais qu’il posséda une épée de ce nom.
- Karlemaine (ici Karmelaine par métathèse) est la forme picarde de Charlemagne.

V 123 : Dont il ot mort maint paien mescrëu- ;
Dont il obtint (la) mort (de) nombreux païens mécréants
- « morir » est un verbe qui peut être transitif en AF : « avec laquelle il eut tué = il tua »

V 124 : Tout ot torsé sor un soumier crenu.
    Il eut/ avait tout attaché sur un cheval à longs crins.
- « avait » ; «  soumier » est plus précis que « cheval » : efforcez-vous de respecter la diversité – et la propriété - du vocabulaire médiéval, comme avec les habits.

V 125 : Le covent mande, devant lui est venus,
    (Il) demande le couvent (et/, il) est venu devant lui.
- Cf v. 95.

V 126 : Vint i li abes, qui fut vieus et cenus.
L’abbé y vint, qui était vieux et tout blanc, 

V 127 : Virent le conte jus a pié descendu ;
    (Ils) virent le comte descendu à pied vers le bas.
- « jus a pié » : expression pléonastique qu’il faut rendre de meilleure façon !!!

V 128 : Quant il le voient, si fort sont esperdu,
    Quand ils le voient, ils sont tellement troublés.

V 129 :Mal soit de cel qui li rendist salu.
    Malheur soit de celui qui lui rendait son salut.
- « Malheur soit à celui… » ; attention, « rendist » est à l’imparfait du subjonctif.

V 130 : En fuies tornent, n’i sont plus arrestu,
Nécessaire de préférer la leçon D1 : ne si sont arrestut, car l’adverbe y demande un verbe réfléchi pour avoir une phrase cohérente : Ils ne s’y sont plus arrêtés/ ils n’y sont plus arrêtés.
    Ils partent en fuite/ dans l’autre sens, ils ne s’y sont plus arrêtés. 
- « Ils prennent la fuite » ; « n’i sont plus arestu » est l’exact équivalent du FM « sans plus tarder ».

V 131 : Ainc n’i remest ne caus ne cavelus.
    Ni chauve, ni chevelu ne lui remet jamais.
Je n’arrive pas à traduire le i .
- C’est parce que vous n’avez pas identifié « remest », PS de « remaindre », « rester ». Traduisez aussi « ainc » (ainz) même si c’est malaisé.

V 132 : Parmi ces croutes sont li auquant repus ;
    Parmi ces cavernes, un grand nombre sont cachées.
- « croute » ou « crute » = « crypte ». Y a-t-il des cavernes dans un monastère ?

V 133 : Dist l’uns a l’autre : « Tout avomes perdu,
Dit l’un à l’autre : « Nous avons tout perdu,
- "L'un dit à l'autre..."

V 134 : C’est Antecris qui ci est enbatus.
    C’est (l’)Antéchrist qui ici (s’)est diverti.
- Cf. v. 112 pour « enbatre ».

V 135 : Par lui serons destruit et confondu. »
    Par lui (nous) serons détruits et engloutis. »
- "engloutis" n'est guère heureux.

V 136 : Quant li quens a cel afaire vëu,
    Quand le comte a vu cette difficulté
- « afaire » = « situation ».

V 137 : Que tout li moine s’en füirent por lui :
    Que tous les moines s’enfuyaient à cause de lui, 
- Faute de tps.

V 138 : « Dieus, » dist Guillaumes, « qui el ciel fais vertu
    « Dieu », dit-il, « qui dans le ciel fait (le) bien
Idem qu’au vers 104
- « qui fais… ». Je pense que « fais vertu » est une autre manière de dire « qui règnes », mais je n’en suis pas sûr.

V 139 : Quel vif dïable ont cil moine vëu ?
    Quel diable vivant ont vu ces moines ?
- « vif diable » = « diable en personne » ; « veü » n’est guère satisfaisant, certains mss ont « eü » = « possédé ». 

V 140 : Mien entïent, il sont del sens issu.
    Mon avis (est qu’ils/,) ils sont issus de la perception.
- Non compris : « issir » = « sortir » : essayez de retraduire.

V 141 : A male hart soient il tot pendu ! »
    À la corde soient-ils tous pendus ! »
- Essayez de traduire « male ».

V 142 : Et puis a dit, quant s’est apercëus :
    Et puis (il) a dit, quand (il) s’est aperçu :
- « (s’)apercevoir » = « se rendre compte », « revenir à lui ».

V 143 : « Dieus, c’ai jou dit ? jou sui tous decëus !
    Dieu, cela j’ai dit ? Je suis tout déçu !
- Faux-sens sur « c’ » et sur « deceüs ».

V 144 : Dieus, moie coupe, jou voel estre rendus,
    Dieu, ma punition, je veux être moine.
Je n’arrive pas à définir le cas de ma coupe
- Cas sujet ; c’est l’équivalent du latin « mea culpa », « c’est ma faute ».

V 145 : Mais que mi frere m’ont tot mon sens tolu.
    Mais que mes frères m’ont enlevé toute mon intelligence.
- « Mais que » = « même si » ; traduction maladroite.

3 (Modifié par YUK17 16/08/2016 à 14:52)

Traduction d'un passage du Moniage Guillaume (vers 93-145)

Je vous remercie infiniment pour tous ces éclaircissements, je m'en vais corriger de ce pas !

Voilà mes corrections sont finies, je vais ici vous soumettre mes interrogations et soumettre mes modification à votre expertise :

Pour la traduction du verbe mander, je l’ai traduit par appeler ainsi cela donne :
    V95 : Tout le covent a devant lui mandé.
    (Il) A appelé devant lui tout le couvent/ toute la communauté du couvent
    V 125 : Le covent mande, devant lui est venus,
    (Il) appelle le couvent (et/, il) est venu devant lui.

J’ai traduit sacré par saint :
    V97 : Comme il fu moines benëis et sacrés,
    Comment il fut moine bénis et saint.

J’ai modifié comme suit le vers 99 :
    V99 : Com li larron le vaurent desreuber.
    Comment les voleurs voulurent le dépouiller.

Pour le vers 102, mon hypothèse est le complément du nom :
    V 102 : Sovent reclaime le vrai pere Jhesu.
    (Il) Sollicite souvent le vrai père de Jésus.

Pour le vers 110, j’ai changé la traduction de maître en seigneur :
    V 110 : Ou chou en est li maistres Belgibus.
    Où que c’est Belgibus/Belzebuth le seigneur.

J’ai traduit les vers 111 et 112 :
    V 111 : Car fust il ore as puis de Montagu !
    Si seulement il était maintenant aux ponts de Montaigu/ aux confins du pays
    V 112 : Ja mais chaiens ne seroit enbatus.
    Mais il ne se serait pas introduit maintenant en ce lieu où nous sommes,

Pour le vers 118, j’ai changé la traduction drap par habit :
    V 118 : Qu’il n’ait boins dras qui sont a or batu,
    Qu’il n’ait (ses/des) bons habits d’or battus,

Pour le vers 127 j’ai essayé de rendre au mieux l’expression pléonastique :
    V 127 : Virent le conte jus a pié descendu ;
    (Ils) virent le comte descendu à pied, à bas de sa monture.

J’ai modifié les vers 130 et 131 :
    V 130 : En fuies tornent, n’i sont plus arrestu,
    Ils prennent la fuite sans plus tarder.
    V 131 : Ainc n’i remest ne caus ne cavelus.
    Jamais n’y reste ni chauves, ni chevelus.
J’avais plutôt identifié Ainc comme venant de Oncques, adverbe de temps dans l’expression ainc ne (Godefroid volume 5 p599), qu’en pensez-vous ?

J’ai également modifié les vers 134 et 135 :
    V 134 : C’est Antecris qui ci est enbatus.
    C’est (l’)Antéchrist qui ici (s’)est introduit.
    V 135 : Par lui serons destruit et confondu. »
    Par lui (nous) serons détruits et vaincus. »

J’ai un problème avec votre proposition de traduction des vers 137 et 139 :
    V 137 : Que tout li moine s’en füirent por lui :
    Que tous les moines s’enfuirent à cause de lui,
J’avais mis l’imparfait pour une traduction d’avantage littéraire qui est permise généralement même si ici il n’est pas précisé si cette situation s’étend dans la durée. Mais ici l’usage du passé simple n’est clairement pas adéquat. Qu’en pensez-vous ?
    V 139 : Quel vif dïable ont cil moine vëu ?
    Quel diable en personne ont vu ces moines ?
Problème si je suis la traduction de eü, la traduction Quel diable en personne ces moines ont possédé est erronée. Aviez-vous une autre tournure en tête ?

J’ai corrigé le vers 140 :
    V 140 : Mien entïent, il sont del sens issu.
    Mon avis (est qu’ils/,) ils sont nés de la perception.

Enfin j’ai encore des doutes dans la traduction des vers 141 et 143 :
    V 141 : A male hart soient il tot pendu ! »
    À la corde soient-ils tous pendus ! »
Male hart est renseigné (Godefroid volume 5 p105) comme désignant la corde à pendre. Pensiez-vous à une traduction complète (mais répétitive à la corde à pendre soient-ils tous pendus ! ) ou à une autre possibilité ? 
    V 143 : « Dieus, c’ai jou dit ? jou sui tous decëus !
    Dieu, cela j’ai dit ? Je suis entièrement trompé/ fautif !
J’hésite entre deux traductions possibles pour decëus. Si c’ n’est pas un pronom démonstratif alors mon hypothèse serait qu’il s’agit du pronom relatif que élidé. Dieu, qu’ai-je dit ?  Cela vous paraît-il correct ?   

Un énorme merci à vous pour l’aide que vous m’avez déjà apportée !

4 (Modifié par Yvain 18/08/2016 à 08:05)

Traduction d'un passage du Moniage Guillaume (vers 93-145)

YUK17 a écrit :

Pour la traduction du verbe mander, je l’ai traduit par appeler ainsi cela donne :
    V95 : Tout le covent a devant lui mandé.
    (Il) A appelé devant lui tout le couvent/ toute la communauté du couvent
    V 125 : Le covent mande, devant lui est venus,
    (Il) appelle le couvent (et/, il) est venu devant lui.

Non : "mander" = "faire venir", "convoquer".

J’ai traduit sacré par saint :
    V97 : Comme il fu moines benëis et sacrés,
    Comment il fut moine bénis et saint.

Surtout pas. Je pensais à "consacré", mais c'est impropre. Gardez "sacré" dans le sens "voué à la vie religieuse".

J’ai modifié comme suit le vers 99 :
    V99 : Com li larron le vaurent desreuber.
    Comment les voleurs voulurent le dépouiller.

B.

Pour le vers 102, mon hypothèse est le complément du nom :
    V 102 : Sovent reclaime le vrai pere Jhesu.
    (Il) Sollicite souvent le vrai père de Jésus.

B.

Pour le vers 110, j’ai changé la traduction de maître en seigneur :
    V 110 : Ou chou en est li maistres Belgibus.
    Où que c’est Belgibus/Belzebuth le seigneur.

"ou que c'est... le seigneur (ou le maître, tout simplement)".

J’ai traduit les vers 111 et 112 :
    V 111 : Car fust il ore as puis de Montagu !
    Si seulement il était maintenant aux ponts de Montaigu/ aux confins du pays
    V 112 : Ja mais chaiens ne seroit enbatus.
    Mais il ne se serait pas introduit maintenant en ce lieu où nous sommes,

"puis" = collines (j'avais indiqué la variante "ponts", mais c'est un autre mot).
B.

Pour le vers 118, j’ai changé la traduction drap par habit :
    V 118 : Qu’il n’ait boins dras qui sont a or batu,
    Qu’il n’ait (ses/des) bons habits d’or battus,

Oui.

Pour le vers 127 j’ai essayé de rendre au mieux l’expression pléonastique :
    V 127 : Virent le conte jus a pié descendu ;
    (Ils) virent le comte descendu à pied, à bas de sa monture.

Oui, mais "descendu à pied" fait bizarre en FM ; on peut le supprimer.

J’ai modifié les vers 130 et 131 :
    V 130 : En fuies tornent, n’i sont plus arrestu,
    Ils prennent la fuite sans plus tarder.
    V 131 : Ainc n’i remest ne caus ne cavelus.
    Jamais n’y reste ni chauves, ni chevelus.
J’avais plutôt identifié Ainc comme venant de Oncques, adverbe de temps dans l’expression ainc ne (Godefroid volume 5 p599), qu’en pensez-vous ?

Non, c'est ainz ; "jamais" ne conviendrait pas ici.

J’ai également modifié les vers 134 et 135 :
    V 134 : C’est Antecris qui ci est enbatus.
    C’est (l’)Antéchrist qui ici (s’)est introduit.
    V 135 : Par lui serons destruit et confondu. »
    Par lui (nous) serons détruits et vaincus. »

"confondre" = "abattre", "détruire", "ruiner".

J’ai un problème avec votre proposition de traduction des vers 137 et 139 :
    V 137 : Que tout li moine s’en füirent por lui :
    Que tous les moines s’enfuirent à cause de lui,
J’avais mis l’imparfait pour une traduction d’avantage littéraire qui est permise généralement même si ici il n’est pas précisé si cette situation s’étend dans la durée. Mais ici l’usage du passé simple n’est clairement pas adéquat. Qu’en pensez-vous ?

Si, au contraire : l'auteur insiste sur l'achèvement de l'action.

    V 139 : Quel vif dïable ont cil moine vëu ?
    Quel diable en personne ont vu ces moines ?
Problème si je suis la traduction de eü, la traduction Quel diable en personne ces moines ont possédé est erronée. Aviez-vous une autre tournure en tête ?

Non, traduisez ce qui correspond à votre texte. Bien sûr en ce cas, c'est "moines" qui est le sujet de la phrase.

J’ai corrigé le vers 140 :
    V 140 : Mien entïent, il sont del sens issu.
    Mon avis (est qu’ils/,) ils sont nés de la perception.

?? "ils sont del sens issu" = "ils sont sortis du sens (commun) = "ils n'ont plus leur sens" ("ils sont devenus fous").

Enfin j’ai encore des doutes dans la traduction des vers 141 et 143 :
    V 141 : A male hart soient il tot pendu ! »
    À la corde soient-ils tous pendus ! »
Male hart est renseigné (Godefroid volume 5 p105) comme désignant la corde à pendre. Pensiez-vous à une traduction complète (mais répétitive à la corde à pendre soient-ils tous pendus ! ) ou à une autre possibilité ?

Le pb est de traduire "male" : "à la corde de malheur..."

    V 143 : « Dieus, c’ai jou dit ? jou sui tous decëus !
    Dieu, cela j’ai dit ? Je suis entièrement trompé/ fautif !
J’hésite entre deux traductions possibles pour decëus. Si c’ n’est pas un pronom démonstratif alors mon hypothèse serait qu’il s’agit du pronom relatif que élidé. Dieu, qu’ai-je dit ?  Cela vous paraît-il correct ?

Un pronom interrogatif, bien sûr. ; "deceüs" = "qui a commis une grosse faute", plus généralement "égaré, fourvoyé". Guillaume est dépité de s'être mis en colère alors qu'il doit maintenant pardonner à autrui !

5 (Modifié par 22/08/2016 à 10:44)

Traduction d'un passage du Moniage Guillaume (vers 93-145)

Merci infiniment pour votre aide !!

Je vais encore vous demander juste une petite précision parce que me voilà pris d'un doute, au vers 110 "Ou que c’est Belgibus/Belzebuth le seigneur" vous avez écrit le "ou" dans vos corrections sans l'accent, vous pensez donc qu'il s'agit de la conjonction et non de l'adverbe ? Et donc la supposition serait que Guillaume serait Belzebuth ...

Traduction d'un passage du Moniage Guillaume (vers 93-145)

Oui, pour les moines, Guillaume est le diable en personne.