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Traduction de l'ancien français du Moniage Guillaume (rédaction 2 v. 1232-1288)

Bonjour à tous !

Etudiante en langue et littérature françaises et romanes, je repasse le 22 août un examen d'ancien français en seconde session pour lequel je dois présenter au professeur une traduction du Moniage Guillaume. J'ai déjà entrepris de traduire l'entiereté de l'extrait, mais certains passages me posent encore quelques problèmes, j'ai peur de trop interpréter, ou de ne pas voir les bonnes nuances.
Je me suis inscrite sur ce forum avec l'espoir d'être éclairée et aidée ! Plusieurs têtes en valent mieux qu'une :-) ! 

J'indiquerai en rouge les vers sur lesquels je coince un peu. Si quelqu'un a le courage de vérifier l'entiereté du passage, je promets de lui envoyer des chocolats belges ! 

Merci à tous!



Voici l'extrait :  

Tous li plus maistres fu Gondrains apelés,
De tous, le plus redoutable fut appelé Gondrain,

N’ot plus felon dusc’a la Rouge Mer,
Jusqu’à la Mer Rouge, il n’y a pas plus cruel,

Ne larron nul qui mieus sëust enbler,
Et (il n’y a) aucun larron qui aurait mieux volé (que lui),

Et si n’ot onques de nul home pité,
Et il n’a jamais éprouvé de pitié/a jamais pitié pour aucun homme,

Dieus le confonde, li rois de mäiesté !
Que Dieu, le roi de grandeur, le frappe !

Li larron öent le famle deporter
Les larrons entendent le valet s’amuser,

Qui vait cantant tot le cemin ferré.
Qui traverse en chantant tout le chemin pierreux,

Dist l’uns a l’autre coiement et souef
L’un dit à l’autre à voix basse et doucement :

« Li vif diable ont cestui encanté. »
« Les démons en personne ont ensorcelé celui-ci." (le chemin ou le valet?)

Et le troisième dit : « Vous dites la vérité,
Et dist li tiers : « Vous dites verité,

Par malheur, il est ainsi les mains levées."
A mal ëur soit il si main levés"

Et le quatrième dit : « Il a vécu assez. »
Et dist li quars : « Il a vescu assés. »

Et le cinquième dit : « Ensuite/Donc (consécutive ou temporelle?), allons tous le tuer. »
Et dist li quins : « Si l’alons tost tüer. »

Le sixième répond : « Il ne peut pas s’échapper. »
Respont li sistes : « Il n’en puet escaper. »

« Non », dit le septième « il n’y a qu’une chose à faire, le voler »
« Non, » dist li semes, « s’il a que desreuber. »

Le huitième dit : « Par Dieu, tenez-vous tranquilles ! » ('laisser ester' = expression 'rester immobile/tranquille' )
Dist li witisme : « Por Dieu, laissiés ester ! »

Je sais/J’ai la conviction que cela est un jongleur,
Mien entïent que chou est uns joglers,

Qui vient d’un bourg, d’une ville ou d’une cité,
Qui vient de borc, de vile ou de cité,

Là où il a chanté en la place publique.
La ou il a en la place canté.

Vous pouvez acquérir un jongleur avec peu,
A jougleor pöés poi conquester,

J’ai vu beaucoup de leur habitude/ manière de vivre : 
De lor usage ai jou vëu assés :

Lorsqu’ils ont rassemblé trois, quatre ou cinq sous,
Quant ont trois saus, quatre ou cinc assanblés,

Ils courent à la taverne les dépenser,
En la taverne les keurent alöer

Ils en profitent avec une grande joie aussi longtemps qu’ils (les sous) peuvent durer,
S’en font grant joie tant com püent durer,

Aussi longtemps qu’ils durent, ils (les jongleurs) ne se relâcheront pas (par rapport à leur travail?)
Tant come il durent ne feront lasqueté ;

Et quand il a savouré le bon vin,
Et quant il a le boin vin savouré

Et les nourritures qui lui sont à son goût,
Et les viandes qui lui sont a son gré,

Tant qu’il ne peut finir, il restera bien là.
S’i est bien tant que il ne puet finer.

Lorsque l’hôte voit qu’il a tout dépensé,
Quant voit li ostes qu’il a tout aloué,

Il lui adresse la parole comme vous pourrez entendre :
Dont l’aparole con ja öir porrés :

« Frère, dit-il, « cherche ailleurs le gîte,
« Frere, » fait il, « querrés aillors ostel,

Car des marchants doivent loger ici ;
Que marcëant doivent ci osteler ;

Donnez-moi un gage de ce que vous me devez. »
Dounés moi gage de chou que vous devés. »

Et celui-ci (le jongleur) lui laisse sa/la chausses ou son/le soulier,
Et cil li laisse le cauche ou le soller,

Ou bien sa vieille, quand il ne peut faire autrement/autre chose, 
Ou sa vïele, quant il n’en puet faire el,

Ou alors il lui offre son serment de promettre
Ou il li offre sa foi a afïer

Qu’il reviendra s’il préfère/a l’intention de lui donner du répit.
Qu’il revenra, s’il li veut respiter.

Dans tous les cas/Toujours, il fait tellement qu’on le laisse partir.
Tous dis fait tant que on le lait aler :

Lorsqu’il il est à/mis la porte, il prend la route,
Quant est a l’uis, il se prent a l’errer

Et s’en va trouver où il peut se loger,
Et si vait querre ou se puist recovrer,

Auprès d’un chevalier, d’un prêtre ou d’un abbé.
A chevalier, a prestre ou a abé.

Certes les jongleurs ont une bonne habitude :
Boine coustume, certes, ont li jogler :

Il chante aussi bien quand il n’y a pas de quoi manger,
Ausi bien cante quant il n’a que disner,

De même que s’il avait trouvé quarante Marc (monnaie) ;
Con s’il ëust quarante mars trouvés ;

Ils restent toujours joyeux aussi longtemps qu’ils sont en bonne santé,
Tous tans font joie tant comme il ont santé ;

Pour l’amour de Dieu, laissez-le passer/poursuivre son chemin. »
Por amor Dieu, laissiés l’outre passer. »

Le neuvième dit : « A présent, vous avez bien parlé ;
Dist li nuevimes : »Or avés bien parlé ;

Celui qui l’assaillira, qu’il ait la haine de Dieu/qu’il soit maudit ».
Qui l’asaura, ses cors ait mal dehé. »

Et tous les autres se sont mis d’accord.
Et tout li autre s’i sont bien acordé.

Gondrain le redoutable les a bien écouté,
Gondrains li maistres les a bien escoutés

Et il a remué la tête par colère.
Par mautalent en a le cief crollé,

Il les appelle et ensuite il leur a adressé la parole :  (ses= si+les contraction)
Il les apele ses a araisonés :

« De quel diable osez-vous me sermonner/ faire la leçon ? (‘or’=particule exhortative)
« De quel dïable m’avés or sermoné ?

Allez-y tous et puis dépouillez-le ! (soit ?)
Alés i tost et si soit desreubés ! »

Par le saint apôtre de notre seigneur, (< Elie de Saint-Gilles ; litt. « Par cet apôtre que l’on cherche à Noiron Pré)
Par cel apostle c’on quiert en Noiron Pré,

?
Ja jouglerie ne l’en avra tensé

A moins qu’il ne perde tout ce qu’il a gagné. (ne = explétif ?)
Que tout ne perde quanqu’il a conquesté.

2 (Modifié par Yvain 13/08/2016 à 15:17)

Traduction de l'ancien français du Moniage Guillaume (rédaction 2 v. 1232-1288)

Pas mal dans l'ensemble.

Tous li plus maistres fu Gondrains apelés,
De tous, le plus redoutable fut appelé Gondrain,
- Je ne pense par que « tous » soit le complément du superlatif ; c’est plutôt l’adverbe to(u)t (accordé, comme c’est souvent le cas). Mais « tous » est corrigé en « et » dans certaines éditions.
- Dites simplement : « s’appelait » ; le parfait ne peut être conservé en FM.

N’ot plus felon dusc’a la Rouge Mer,
Jusqu’à la Mer Rouge, il n’y a pas plus cruel,
- Faute de tps.

Ne larron nul qui mieus sëust enbler,
Et (il n’y a) aucun larron qui aurait mieux volé (que lui),
- Oui, mais vous n’assurez pas la continuité de la construction.
- « qui sût… »

Et si n’ot onques de nul home pité,
Et il n’a jamais éprouvé de pitié/a jamais pitié pour aucun homme,
- Vous n’avez pas traduit « si ».

Dieus le confonde, li rois de mäiesté !
Que Dieu, le roi de grandeur, le frappe !

Li larron öent le famle deporter
Les larrons entendent le valet s’amuser,


Qui vait cantant tot le cemin ferré.
Qui traverse en chantant tout le chemin pierreux,
- Traduisez « va cantant » plus fidèlement.
- chemin ferré  = « grand chemin », effectivement empierré, au contraire des autres.

Dist l’uns a l’autre coiement et souef
L’un dit à l’autre à voix basse et doucement :

« Li vif diable ont cestui encanté. »
« Les démons en personne ont ensorcelé celui-ci." (le chemin ou le valet?)
- Le jeune homme, bien sûr ; cf le dialogue qui suit !

Et dist li tiers : « Vous dites verité,
Et le troisième dit : « Vous dites la vérité,

A mal ëur soit il si main levés"
Par malheur, il est ainsi les mains levées."
- Non : "main" = "matin" !

Et dist li quars : « Il a vescu assés. »
Et le quatrième dit : « Il a vécu assez. »

Et dist li quins : « Si l’alons tost tüer. »
Et le cinquième dit : « Ensuite/Donc (consécutive ou temporelle?), allons tous le tuer. »
- Conséquence (en fait, mot de liaison « à tout faire » !)
- Attention, « tost » = « tôt », « promptement ».

Respont li sistes : « Il n’en puet escaper. »
Le sixième répond : « Il ne peut pas s’échapper. »
- Traduisez « en » en changeant de verbe.

« Non, » dist li semes, « s’il a que desreuber. »
« Non », dit le septième « il n’y a qu’une chose à faire, le voler »

Dist li witisme : « Por Dieu, laissiés ester ! »
Le huitième dit : « Par Dieu, tenez-vous tranquilles ! » ('laisser ester' = expression 'rester immobile/tranquille' )

Mien entïent que chou est uns joglers,
Je sais/J’ai la conviction que cela est un jongleur,
- « mien entiënt (ou enscient) que » = « mon avis est que… »
- « que c’est… »

Qui vient de borc, de vile ou de cité,
Qui vient d’un bourg, d’une ville ou d’une cité,

Là où il a chanté en la place publique.
La ou il a en la place canté.
- Ou la « grand place »

A jougleor pöés poi conquester,
Vous pouvez acquérir un jongleur avec peu,
- Contresens : la discussion qui suit va faire comprendre pourquoi il n’est pas intéressant de dérober un jongleur.

J’ai vu beaucoup de leur habitude/ manière de vivre : 
De lor usage ai jou vëu assés :
- Évitez de proposer plusieurs traductions : il faut choisir !

Quant ont trois saus, quatre ou cinc assanblés
Lorsqu’ils ont rassemblé trois, quatre ou cinq sous,

Ils courent à la taverne les dépenser,
En la taverne les keurent alöer

S’en font grant joie tant com püent durer,
Ils en profitent avec une grande joie aussi longtemps qu’ils (les sous) peuvent durer,

Tant come il durent ne feront lasqueté ;
Aussi longtemps qu’ils durent, ils (les jongleurs) ne se relâcheront pas (par rapport à leur travail?)
- « ne faire lascheté » = « ne pas être dans le besoin ».

Et quant il a le boin vin savouré
Et quand il a savouré le bon vin,

Et les viandes qui lui sont a son gré,
Et les nourritures qui lui sont à son goût,
- On ne peut conserver « lui » en FM.

S’i est bien tant que il ne puet finer.
Tant qu’il ne peut finir, il restera bien là.
- Non, « tant que » marque la conséquence. Suivez le mouvement de la phrase, vous arriverez au sens.

Quant voit li ostes qu’il a tout aloué,
Lorsque l’hôte voit qu’il a tout dépensé,

Dont l’aparole con ja öir porrés :
Il lui adresse la parole comme vous pourrez entendre :
- Vous n’avez pas traduit « dont ».

« Frere, » fait il, « querrés aillors ostel,
« Frère, dit-il, « cherche ailleurs le gîte,

Que marcëant doivent ci osteler ;
Car des marchants doivent loger ici ;

Dounés moi gage de chou que vous devés. »
Donnez-moi un gage de ce que vous me devez. »

Et cil li laisse le cauche ou le soller,
Et celui-ci (le jongleur) lui laisse sa/la chausses ou son/le soulier,
- Il faut choisir !

Ou sa vïele, quant il n’en puet faire el,
Ou bien sa vieille, quand il ne peut faire autrement/autre chose, 
- Sa « vielle » (instrument de musique bien connu).

Ou il li offre sa foi a afïer
Ou alors il lui offre son serment de promettre
- Sens ?

Qu’il revenra, s’il li veut respiter.
Qu’il reviendra s’il préfère/a l’intention de lui donner du répit.
- Choisissez !

Tous dis fait tant que on le lait aler :
Dans tous les cas/Toujours, il fait tellement qu’on le laisse partir.
- Choisissez !

Quant est a l’uis, il se prent a l’errer
Lorsqu’il il est à/mis la porte, il prend la route,
- «  a l’uis » équivaut à « dehors ».

Et si vait querre ou se puist recovrer,
Et s’en va trouver où il peut se loger,
- Faux-sens sur « trouver » ; recovrer n’est pas « se loger ».
- Traduisez « si », même si c’est une cheville.

A chevalier, a prestre ou a abé.
Auprès d’un chevalier, d’un prêtre ou d’un abbé.

Boine coustume, certes, ont li jogler
Certes les jongleurs ont une bonne habitude :

Ausi bien cante quant il n’a que disner,
Il chante aussi bien quand il n’y a pas de quoi manger,
- "quand il n'a pas..."

Con s’il ëust quarante mars trouvés ;
De même que s’il avait trouvé quarante Marc (monnaie) ;
- « quarante marcs ».

Tous tans font joie tant comme il ont santé ;
Ils restent toujours joyeux aussi longtemps qu’ils sont en bonne santé,

Por amor Dieu, laissiés l’outre passer. »
Pour l’amour de Dieu, laissez-le passer/poursuivre son chemin. »
- Choisissez !

Dist li nuevimes : »Or avés bien parlé ;
Le neuvième dit : « A présent, vous avez bien parlé ;

Qui l’asaura, ses cors ait mal dehé. »
Celui qui l’assaillira, qu’il ait la haine de Dieu/qu’il soit maudit ».
- Vous oubliez "ses cors" ; mot à mot : « Que sa personne ait la malédiction ».

Et tout li autre s’i sont bien acordé.
Et tous les autres se sont mis d’accord.
- Mot à mot : « Se sont bien accordés avec cela »

Gondrains li maistres les a bien escoutés
Gondrain le redoutable les a bien écouté,


Par mautalent en a le cief crollé,
Et il a remué la tête par colère.
- « Il a secoué » plutôt.

Il les apele ses a araisonés :
Il les appelle et ensuite il leur a adressé la parole :  (ses= si+les contraction)
- « apeler » = « interpeller ».
- Oui, ses = si + les

« De quel dïable m’avés or sermoné ?
« De quel diable osez-vous me sermonner/ faire la leçon ? (‘or’=particule exhortative)
- « or » = « ore »
- « de quel diable » = « de la part de quel démon… »

Alés i tost et si soit desreubés ! »
Allez-y tous et puis dépouillez-le ! (soit ?)
- sur « tost », cf supra.
- Traduisez plus fidèlement la forme verbale.

Par cel apostle c’on quiert en Noiron Pré,
Par le saint apôtre de notre seigneur, (< Elie de Saint-Gilles ; litt. « Par cet apôtre que l’on cherche à Noiron Pré)
- Traduisez fidèlement : traduire n’est pas gloser.

Ja jouglerie ne l’en avra tensé
?
- « tencer » = « garantir », « empêcher » : essayez de traduire.

Que tout ne perde quanqu’il a conquesté.
A moins qu’il ne perde tout ce qu’il a gagné. (ne = explétif ?)
- « que » se rattache à tansé.
- Oui, "ne est" explétif.

3 (Modifié par seandre15 13/08/2016 à 22:40)

Traduction de l'ancien français du Moniage Guillaume (rédaction 2 v. 1232-1288)

Tout d'abord, un très grand merci !    Vos corrections m'ont véritablement éclairée, cela fait sans doute trop longtemps que mes yeux parcourent ces vers, sans ne plus y voir d'évidences.  Cependant, certains passages me préoccupent encore... 

- Le premier vers se traduirait alors : "Le plus redoutable de tous s'appelait Gondrain" ? Je ne vois pas comment traduire autrement ce "tous"...

- "Qui vait cantant tot le cemin ferre" --> "Qui va en chantant tout le grand chemin" ; puis-je insérer "tout le long du grand chemin", afin que cela soit plus acceptable en FM?

- J'ai traduit "A mal ëur soit il si main levés" par "Il s'est levé ce matin par malheur". Cela vous semble-t-il correct? C'est le "soit" qui me pose problème, s'agit-t-il d'une subordonné introduite par "si", et dès lors faut-il traduire par une formule type "Qu'il se soit levé ... " ? (comme plus loin "Alés i tost et si soit desreubés! "Allez-y vite et qu'il soit détroussé!")

- Je ne vois comment traduire autrement "escaper". Les dictionnaires me proposent "échapper" ou "s'enfuir (pour éviter un danger)". Peut-être que "il ne peut s'en enfuir" convient-il. Que proposez-vous ? 

- "Ou il li offre sa foi a afïer" --> Si je traduis littéralement, la formule semble en effet trop lourde. Puis-je raccourcir la traduction par "Ou alors, il lui offre son serment qu'il reviendra". N'est-ce pas trop interventionniste de supprimer cet infinitif "afïer"?

- Dans le glossaire de l'édition ( Wilhelm Cloetta, disponible sur Gallica) sur laquelle nous devons nous baser pour l'examen, je trouve que "recovrer" signifie "se loger", "héberger" au vers correspondant. Qu'avez-vous à proposer?

- Je suis parvenue à traduire les deux derniers vers par : "Jamais la jonglerie ne lui aura empêché De ne pas perdre tout ce qu'il a gagné", mais le sens qu'ils dégagent me semble flou, j'ai l'impression que quelque chose m'échappe encore...

Merci de votre réponse 

Traduction de l'ancien français du Moniage Guillaume (rédaction 2 v. 1232-1288)

Vous excuserez ce que l'usage du gras et des points d'exclamation peut avoir eu de péremptoire. Ce n'était pas un signe d'agacement ! 

5 (Modifié par seandre15 14/08/2016 à 14:08)

Traduction de l'ancien français du Moniage Guillaume (rédaction 2 v. 1232-1288)

Pas de problème ! C'est plus clair comme cela.

Traduction de l'ancien français du Moniage Guillaume (rédaction 2 v. 1232-1288)

Je n'avais pas vu vos corrections : je vous réponds demain.

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Traduction de l'ancien français du Moniage Guillaume (rédaction 2 v. 1232-1288)

D'accord, merci 

8 (Modifié par Yvain 15/08/2016 à 09:15)

Traduction de l'ancien français du Moniage Guillaume (rédaction 2 v. 1232-1288)

seandre15 a écrit :

- Le premier vers se traduirait alors : "Le plus redoutable de tous s'appelait Gondrain" ? Je ne vois pas comment traduire autrement ce "tous"...
+ Oui, on ne peut faire autrement. Comme je l'ai dit, tous ne sert qu'à renforcer le superlatif, comme dans l'expression "le tout premier". Vous pouvez dire aussi "De loin le plus redoutable s'appelait...", mais c'est une équivalence, non une traduction.

- "Qui vait cantant tot le cemin ferre" --> "Qui va en chantant tout le grand chemin" ; puis-je insérer "tout le long du grand chemin", afin que cela soit plus acceptable en FM?
+ vait, en dépit des apparences, n'a pas son sens propre ; c'est un semi-auxiliare qui forme une expression modale avec le participe présent, comme en FM. Donc : "qui va chantant tout le long du grand chemin"

- J'ai traduit "A mal ëur soit il si main levés" par "Il s'est levé ce matin par malheur". Cela vous semble-t-il correct? C'est le "soit" qui me pose problème, s'agit-t-il d'une subordonné introduite par "si", et dès lors faut-il traduire par une formule type "Qu'il se soit levé ... " ? (comme plus loin "Alés i tost et si soit desreubés! "Allez-y vite et qu'il soit détroussé!")
+ C'est un subjonctif de souhait : "Que ce soit pour son malheur qu'il s'est levé si matin".

- Je ne vois comment traduire autrement "escaper". Les dictionnaires me proposent "échapper" ou "s'enfuir (pour éviter un danger)". Peut-être que "il ne peut s'en enfuir" convient-il. Que proposez-vous ?
+ "Il ne peut en réchapper", tout simplement !

- "Ou il li offre sa foi a afïer" --> Si je traduis littéralement, la formule semble en effet trop lourde. Puis-je raccourcir la traduction par "Ou alors, il lui offre son serment qu'il reviendra". N'est-ce pas trop interventionniste de supprimer cet infinitif "afïer"?
+ L'AF aime les formules redondantes à fin d'expressivité : "il lui offre d'engager sa parole que..."

- Dans le glossaire de l'édition ( Wilhelm Cloetta, disponible sur Gallica) sur laquelle nous devons nous baser pour l'examen, je trouve que "recovrer" signifie "se loger", "héberger" au vers correspondant. Qu'avez-vous à proposer?
+ Alors, prenez ce sens ; ne soyons pas plus royalistes que le roi Loöys !

- Je suis parvenue à traduire les deux derniers vers par : "Jamais la jonglerie ne lui aura empêché De ne pas perdre tout ce qu'il a gagné", mais le sens qu'ils dégagent me semble flou, j'ai l'impression que quelque chose m'échappe encore...
+ "Jamais l'état de jongleur n'aura pu faire qu'il ne perde..."
Pour Gondrain, le fait que le jeune homme soit jongleur, donc pauvre, ne l'empêchera pas d'être dérobé.

Deux remarques :
- le pré Noiron, c'est le pratum Neronis ("pré de Néron"), lieu supposé du supplice de Saint-Pierre à Rome. C'est cet apôtre qui est invoqué, ici comme ailleurs dans l'œuvre.
- Si vous devez commenter ce texte, faites bien ressortir son originalité. Cette apologie de la jonglerie est à mettre au compte de l' "auteur" - ou du récitant - qui entend sensibiliser ses auditeurs aux difficultés de son état. Ce genre de confidence indirecte, assez rare dans la chanson de geste, fait penser aux fabliaux de la génération suivante (charnière des XIIème - XIIIème siècles). 

9 (Modifié par seandre15 15/08/2016 à 21:45)

Traduction de l'ancien français du Moniage Guillaume (rédaction 2 v. 1232-1288)

Encore un très grand merci pour votre réponse !  Votre aide m'a été très précieux.

Oui, je dois rédiger un commentaire sur ce passage, mais le professeur aime particulièrement les analyses lexicales. J'ai donc fondé mon commentaire sur une analyse divisée en champs lexicaux et fais des liens entre eux (le principal étant celui de la jonglerie et de ses habitudes, j'y ai donc lié celui de l'argent, la taverne, l'errance etc. ). Ensuite, j'ai distingué celui de la violence des voleurs, en identifiant également les termes qui décrivent Gondrain,... J'ai pris également soin d'indiquer la valeur qu'a tel mot et ce qu'elle apporte au texte, l'effet voulu, etc. C'est ce que le professeur demande. En première session, je n'avais pas dégagé le sens à partir des mots, mais à partir des idées que dégage le texte, et c'est cela qui m'a pénalisée  .

En ce qui concerne l'originalité du texte, il est vrai que je n'avais pas pensé à cet aspect des choses ! J'y voyais plutôt une critique des jongleurs, qui sont décrits ici comme dépensiers (c'était d'ailleurs leur réputation: ils étaient appelé des "lecheor": "à la fois gloutons, parasites et débauchés") et gourmands. En effet, il me semble que l'auteur insiste bien sur le fait qu'ils dépensent tout jusqu'au dernier sous (redondance du verbe "durer" et les formules types "tant que"). L'auteur cherche-t-il donc à sensibiliser le lecteur à cette condition de pauvreté qui par conséquent, les obligeaient à être mauvais ménagers de leurs biens ? Ou bien s'agit-t-il d'une critique ? Je me pose à présent la question !

Traduction de l'ancien français du Moniage Guillaume (rédaction 2 v. 1232-1288)

Disons que les deux aspects sont mêlés, mais il ne faut pas oublier que l'un des larrons plaide en faveur de ce pauvre jongleur. Du reste, ce passage fait aussi ressortir la cruauté de Gondrain, insensible à ces arguments.
Mais faites comme on vous le demande, j'ai une vision trop personnelle des chansons du cycle de Guillaume...