Espace poétique

Après quelle réponse, Ricardo ? Je ne trouve pas.

52 (Modifié par ricardo 26/05/2017 à 17:43)

Espace poétique

Oui, j'ai omis de préciser qu'il s'agissait de l'édition de mon message (48) précédant ta réponse.

Espace poétique

Peut-on placer des rimes, en dehors d'une fin de ligne, ce que j'ai tenté de faire ?

Il existe effectivement ce qu'on appelle des rimes intérieures.
Mais elles se trouvent ordinairement dans un poème où il existe déjà des rimes en fin de vers.
https://www.etudes-litteraires.com/prosodie.php

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Espace poétique

Merci beaucoup de cette annonce et pour le lien que je ne manquerai pas de lire.
Je ne suis pas spécialement attiré par la création, mais j'aime bien lire, de temps en temps, des poèmes, ou tout simplement de beaux écrits.
J'aime ce qui est beau, ou plus humblement, ce qui me parait beau, que ce soit des phrases, une architecture, des fleurs ou même des nuages.

55 (Modifié par unpseudolitteraire 26/05/2017 à 18:57)

Espace poétique

Un peu de légèreté...

Un édifice ventru
Se soulève et s'affaisse.
Un abbé de province,
D'une gorge encombrée,
N'émet que sifflements,
Ronflements de paresse.
Deux petits seins dodus
Surmontent un second chef :
Une panse coulante,
Ce midi dilatée,
Fixant quatre moignons,
Abattis amputés.
D'une chaise à bascule,
Trois gouttelettes d'huile,
Longuement distillées,
Ruissellent sur le ventre,
De notre bon abbé.
Sieur l'abbé gesticule
Il requiert la volaille,
Qu'on la lui serve preste,
Et n'oubliez pas l'ail !

56 (Modifié par Laoshi 26/05/2017 à 19:15)

Espace poétique

Cher ricardo,
Moi aussi. Nous sommes des gens simples qui apprécions ce qui nous ravit  les yeux ou les oreilles. La semaine dernière, j'ai vu un double arc-en-ciel qui m'a mise en joie.
http://www.linternaute.com/science/envi … image2.jpg

Mais je crois que je sors un peu du sujet de ce fil.
Unpseudolittéraire a eu la bonne idée de poster un texte pendant que je m'égarais.

57

Espace poétique

@ unpseudolitteraire

J'aime beaucoup ton poème.

Si je peux me permettre, de quel image ou abbé bien réel t'es-tu inspiré ?

Avais-tu en tête l'image d'un abbé actuel ou ancien, façon curé d'Ancien Régime ou sorti du M-A qu'on observe dans certaines représentations picturales ?

58 (Modifié par unpseudolitteraire 04/06/2017 à 22:15)

Espace poétique

@OlivierVictor

C'est à la lecture d'un article sur l'étymologie du mot abbé que j'ai composé ce poème.

Certaines expressions du XVIe s. reprises par Rabelais me semblaient très visuelles : un pas d'abbé, une face d'abbé, une table d'abbée...

59 (Modifié par 04/09/2017 à 07:01)

Espace poétique

Je découvre ...

Avec ivresse profonde les mots m’ont accueilli.

Il ne suffisait pas seulement de prendre la parole.

mais me tenir avec eux dans les marges du texte

fut désormais possible.

Possible également de montrer à tous

ce qui se cache dans la caverne du langage.

Voyez ô voyez ! Comme les mots tremblent

et geignent ! Orphelins qui dans le noir

cherchent une autre famille


Franck Venaille, Requiem de guerre


Lu ce matin :

Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre !
L’air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs !
Envolez-vous, pages tout éblouies !
Rompez, vagues ! Rompez d’eaux réjouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs !

Paul Valéry Le Cimetière marin - Charmes-


À double tour

je suis si loin des voix

Des rumeurs de la fête

Le moulin d’écume tourne à rebours

Le sanglot des sources s’arrête

L’heure a glissé péniblement

Sur les grandes plages de lune

Et dans l’espace tiède étroit sans une faille

je dors la tête au coude

Sur le désert placide du cercle de la lampe

Temps terrible temps inhumain

Chassé sur les trottoirs de boue

Loin du cirque limpide qui décline des verres

Loin du chant décanté naissant de la paresse

Dans une âpre mêlée de rites entre les dents

Une douleur fanée qui tremble à tes racines

je préfère la mort l’oubli la dignité

je suis si loin quand je compte tout ce que j’aime

Pierre Reverdy

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Une traduction du poème/élégie en Vieil Anglais  "The Seafarer" ou "Le Marin" du Livre d'Exeter. (10ème siècle).

Traduit par Betrand Bellet.

"
Je puis faire de moi-même un récit véritable,
dire comme en mes voyages, en mes jours de labeur,
j’ai souvent souffert des moments de peine,
enduré dans ma poitrine d’amers chagrins,
reconnu par la quille maintes rares épreuves ;
l’affreux roulement des vagues m’a souvent détrempé
dans l’angoissante veille de nuit à la proue du vaisseau,
quand il cinglait près des falaises. Mes pieds étaient
transis de froid, liés par le gel
de fers glacés. Alors les chagrins s’exhalaient
brûlants près de mon cœur, la faim déchirait de l’intérieur
mon courage las de la mer. L’homme qui se prélasse
bellement sur la terre ne peut savoir comment
j’ai passé, misérable sur la mer glaciale,
un hiver en exil, privé de mes parents,
Cerné sous les glaçons, dans les averses de grêle.

Il n’y avait rien là qu’on entende, sinon
le fracas de la mer, de la vague glaciale.
Parfois du chant du cygne je me faisais un jeu,
du cri du fou de Bassan et du son du courlis,
qui tenaient lieu du rire des hommes,
et le chant de la mouette était la miessée.
Là, les tempêtes battaient les falaises rocheuses ;
la sterne aux plumes glacées répondait ; souvent, autour,
l’aigle aux plumes de rosée glatissait ;
     nul parent protecteur
ne pouvait réconforter mon sens désolé.
Mais il ne comprend guère, celui qui vit en joie,
demeure dans les bourgs, libre des infortunes,
fier et réjoui de vin, comment j’ai souvent dû
arpenter épuisé la route de l’océan.
La nuit s’enténébrait, la neige venait du nord,
le givre saisissait la terre, et la grêle tombait au sol
en grain glacial. Et pourtant maintenant,
de connaître moi-même la haute houle,
le jeu des vagues salées, les pensées me pressent le cœur ;
le désir de mon esprit à chaque instant m’incite
à partir en voyage, à chercher loin d’ici
le pays, la demeure de gens étrangers.

Et pourtant, il n’est point sur terre d’homme si fier,
si doué de qualités,
     si fringant de jeunesse,
si courageux en actes,
     et si cher à son sire,
qui n’aie toujours tourment en son voyage en mer
de ce que le Seigneur voudra faire de lui.
Il ne songe ni au jeu de harpe, ni au don des anneaux,
ni au plaisir de femme, ni à la joie du monde,
ni à rien d’autre sinon le roulement des vagues ;
car qui parcourt les eaux est toujours à languir.
Les buissons fleurissent, les bourgs embellissent,
les prés prospèrent, et le monde s’affaire ;
tous incitent l’esprit d’humeur vaillante
au voyage, et lui font penser
à partir bien au loin sur le chemin des flots.
De même le coucou l’incite de sa parole plaintive,
chante en gardien d’été, annonce le tourment
dans l’arche de la poitrine. Il ne sait, le guerrier,
le brave bien nanti, ce que certains endurent
qui suivent le plus loin les sentiers de l’exil.

Et pourtant ma pensée parcourt la geôle de mon cœur,
mon humeur maintenant avec le flot de mer
par le domaine de la baleine parcourt de long en large
la surface de la terre ; puis elle me revient
frémissante et avide ; et le cri du planeur
pousse mon cœur mal défendu sur la route de la baleine,
sur l’étendue marine. Car je me sens plus de chaleur
dans les joies du Seigneur que dans cette vie morte,
passagère ici-bas. Je ne crois nullement
que sa richesse terrestre sera là pour l’éternité.
Chacune toujours de ces trois choses
reste incertaine, avant que n’advienne son temps :
si la maladie, l’âge, ou les tranchants de haine
enlèveront la vie à l’homme voué au trépas.

C’est pourquoi, pour chacun, la meilleure louange,
ce qui restera dit de lui par les vivants,
est qu’il puisse accomplir avant de s’en aller
des prouesses sur terre contre la malice ennemie,
des actes de bravoure à l’encontre du diable,
afin que le célèbrent les enfants des hommes,
qu’avec les anges vive à jamais son éloge
par les âges à venir, en béatitude dans la vie éternelle,
en joie parmi leurs troupes. Les jours sont bien passés
de la magnificence du royaume terrestre :
il n’est plus désormais de rois ni d’empereurs
ni de donneur d’or comme il en fut jadis,
accomplissant entre eux les plus hauts faits
et vivant de la façon la plus seigneuriale.
Toute cette troupe a chu,
     les joies en sont passées,
de plus faibles subsistent et détiennent ce monde
et en jouissent par la besogne. La gloire est abaissée,
la noblesse sur terre vieillit et se dessèche
comme tout homme maintenant en cette terre nôtre.
L’âge s’en vient sur lui ; son visage blêmit ;
cheveux chenus, il se lamente, sait ses amis d’antan,
enfants de princes, voués à la terre.
Son habit de chair ne peut,
     quand la vie lui échappe,
plus goûter de douceur ni sentir de douleur,
ni mouvoir une main ni songer en pensée.
Et bien qu’un frère désire de son parent
couvrir la tombe d’or, l’enterrer chez les morts
avec divers trésors, ils ne pourront l’accompagner ;
car pour l’âme toute emplie de péchés,
l’or que l’on a caché pendant que l’on vivait
n’est de nul soutien face à la terreur de Dieu.

Grande est la terreur de Dieu,
     car la terre en est transformée ;
c’est lui qui établit de solides fondations,
les surfaces de la terre et la voûte des cieux.
Fol est qui ne craint son Seigneur ;
     la mort lui vient sans sommation.
Bienheureux qui vit humblement ;
     cette faveur lui vient des cieux,
Dieu lui constitue ce courage,
     parce qu’il croit en Sa puissance.
L’on doit se gouverner d’un ferme courage,
     s’y bien tenir,
être sûr pour les hommes, et pur dans ses façons ;
chacun de nous devrait conserver la mesure
envers celui qu’il aime comme celui qu’il hait,
lui souhaitât-il d’être rempli de flamme
ou dût-il voir brûlé sur le bûcher
l’ami qu’il aura fait. Le destin est plus fort,
Dieu plus puissant qu’on le peut concevoir.

Pensons donc où nous avons notre demeure,
songeons ensuite comment nous parviendrons là-haut.
Tâchons également de pouvoir accéder
à l’éternelle félicité, où l’on trouve
une vie infinie dans l’amour du Seigneur
et la joie dans les cieux. Grâces pour cet honneur
soient rendues au Très-Saint, au Prince de gloire,
au Seigneur Éternel, dans les siècles des siècles.

Amen. "