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Espace poétique

Regarde, sous mes yeux tout change de couleur

Et le plaisir se brise en morceaux de douleur,

Je n'ose plus ouvrir mes secrètes armoires

Que vient bouleverser ma confuse mémoire.

.../...

Mais avec tant d'oubli comment faire une rose,

Avec tant de départs comment faire un retour,

Mille oiseaux qui s'enfuient n'en font un qui se pose

Et tant d'obscurité simule mal le jour.

Jules Supervielle

Espace poétique

La mise en quarantaine

Encore amarré sur un quai de la Tamise
A la proue du vaisseau se tient le capitaine
Il narre à ses marins les provinces lointaines
Où le destin des gars pourrait doubler leur mise
Si Dieu le veut ainsi ! Puis l'équipage part
Le temps passe en silence au fil de longues peines
Chacun connaît son but qui ne diffère à peine
Il s’attelle à la tâche en convoitant sa part
Tel Malbrough ils s'en vont mironton  mirontaine
Tous oublient quelque chose ou quelqu'un dans leur ombre
Pour mieux les retrouver aux heures les plus sombres
Mais soudain un vent neuf fait vaciller l'antenne
Le pacha cette fois pense trop à sa belle
Les hommes sont nerveux ira-t-il jusqu'au bout
Quand le regard hagard seul il reste debout
Errant parmi ces fous qui déjà se rebellent
L'attaquent dans le dos et vont le mettre aux fers
Le bel âge est un loup dont l'exquise bedaine
Lui font fuir la jouvence éviter sa fontaine
Le captif voit pourtant la fin de son enfer
Au premier déluge ils prient sa mine hautaine
D'enfin sortir du grain ces poussins déplumés
Heureux dans la tempête il dit ça m'a plu mais
Elle n'a pas fait long feu cette quarantaine

Espace poétique

Merci ! 

194 (Modifié par emmanuellela 03/04/2019 à 01:04)

Espace poétique

"Je n'imagine que toi et ses controverses incessantes...
Plus honnête que mes langages interdits, je prie d'amour
et crache le suc de mes démangeaisons amoureuses!

Mon corps habite seulement tes ombres
ces temples infernaux qui suscitent l'intention...
Rouler et dérouler la souple ardeur de ton regard...

La Beauté dit une deuxième fois ton nom

Et je vois plus qu'un illuminé chant de vertige et d'éclat
la plus belle étrangeté du monde, celle de l'incommensurable volonté.
Confonds-moi dans les plus majestueuses intimités de l'homme
Éprends-moi, languissante destinée de feu et d'or...

Pour notre amour ascétique, je donnerai mon charme féal et corrosif.
Écoute les sons intrépides de mon cerveau fragile.
Pour la lueur de ce petit bout de vie
les fleurs se destituent de ma pompe sanguine.
Ce sont mes rires éclatés, nos souvenirs abondants.
C'est ma tête le souffle vide d' un coquelicot qui danse.

Adieu

Je savais

Je veux te voir un jour clignotant des chiffons carminés
miroitant dans les réalités aggravées.

Regarde -moi et dis-moi que ce n'est qu'un voyage
que la vie sans retour ne serait qu'un mirage.
Pour notre amour que je n'ai jamais su te dire
comme un navire noir déchargeant tes désirs
sur le pont maritime je laisserai en toi
tambouriner jusqu'à tes lèvres, s'exalter jusqu'au soir
la sève, le goût et les odeurs, le vent et la mer déchirantes allumées les odes de lilas de rubis et d'aimer."

NINA BOUHIER
(17 ans)

195 (Modifié par Yvain 03/04/2019 à 09:26)

Espace poétique

J'aiiiiiiiiiiiime !  

Ma journée va s'en trouver illuminée.

196 (Modifié par Plumeverte 23/05/2019 à 23:00)

Espace poétique

Le temps que je cerne



Mes yeux se plissent
Mes cils se brisent 
Mes larmes creusent 
Mes joues s’abîment
Ma vue s’épuise
Mon regard se voile
Mes paupières tombent 
Le temps que je cerne 
Où es-tu passé ?

Tes rides riaient
Sur ta peau froissée
Ta voix éraillée
S’accrochait à la joie
Rocailleuse, rouillée
Ton corps trapu
Robuste pour son âge
Dressé de fierté
Ta canne s’imposait
Faisant résonner
Chacun de tes pas
Contre le sol ferme
Où es-tu passé ?

Je cours après toi
Toujours en avance
Je poursuis ta trace
Ma vitesse l’efface
« La vie suit son cours »
Disent les passants
Sur le chemin retourné

Je cherche mon temps
Pour ne pas le perdre
Pour ne pas me perdre
Sans trouver le tien
Où es-tu passé ?

Mes yeux se plissent
Mes cils se brisent 
Mes larmes creusent
Mes joues s’abîment 
Ma vue s’épuise
Mon regard se voile
Mes paupières tombent 
Le temps que je cerne…

197 (Modifié par emmanuellela 24/05/2019 à 08:09)

Espace poétique

Merci  Plumeverte de faire vibrer cet espace poetique
Il me vient à la lecture de votre poème
ces quelques vers de Victor Hugo:
"car personne ici-bas ne termine et n acheve
les pires des humains sont comme les meilleurs
Nous nous réveillons tous au
même endroit du rêve."
(Tristesse d Olympio)

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Espace poétique

Merci à vous de le faire vivre aussi ! Très jolis vers de Victor Hugo que je ne connaissais pas

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Espace poétique

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Espace poétique

31 juillet 1914

Ils étaient usés à quinze ans
Ils finissaient en débutant
Les douze mois s'appelaient décembre
Quelle vie ont eu nos grands-parents
Entre l'absinthe et les grand-messes
Ils étaient vieux avant que d'être
Quinze heures par jour le corps en laisse
Laissent au visage un teint de cendres
Oui notre Monsieur, oui notre bon Maître

Pourquoi ont-ils tué Jaurès?
Pourquoi ont-ils tué Jaurès?

On ne peut pas dire qu'ils furent esclaves
De là à dire qu'ils ont vécu
Lorsque l'on part aussi vaincu
C'est dur de sortir de l'enclave
Et pourtant l'espoir fleurissait
Dans les rêves qui montaient aux yeux
Des quelques ceux qui refusaient
De ramper jusqu'à la vieillesse

Oui notre bon Maître, oui notre Monsieur
Pourquoi ont-ils tué Jaurès?

Pourquoi ont-ils tué Jaurès?

Si par malheur ils survivaient
C'était pour partir à la guerre
C'était pour finir à la guerre
Aux ordres de quelques sabreurs
Qui exigeaient du bout des lèvres
Qu'ils aillent ouvrir au champ d'horreur
Leurs vingt ans qui n'avaient pu naître
Et ils mouraient à pleine peur
Tout miséreux oui notre bon Maître
Couverts de prêles oui notre Monsieur

Demandez-vous belle jeunesse
Le temps de l'ombre d'un souvenir
Le temps du souffle d'un soupir
Pourquoi ont-ils tué Jaurès?
Pourquoi ont-ils tué Jaurès?

Jacques Brel