L'écriture de Madame Bovary relève-t-elle de l'inspiration ?

Bonjour / bonsoir tout le monde !
Je traîne sur ce forum depuis pas mal de temps maintenant, et il se trouve que je suis un peu en galère sur un devoir de littérature (TL) là maintenant... On travaille sur Madame Bovary, et pour la rentrée nous avons à répondre à la question type bac (sur 12) "L'écriture de Madame Bovary relève-t-elle de l'inspiration ?". J'y ai réfléchi, j'ai pas mal de pistes, le problème c'est que toutes vont à peu près dans le même sens, c'est-à-dire que ce serait plus une sorte d'exercice de style qu'une affaire d'inspiration (par rapport au fait que Mme Bovary soit plus une sorte de "cure anti-lyrisme", si on peut dire ça comme ça, après La Tentation de Saint Antoine, que le sujet vienne de faits divers, que Flaubert aille à l'opposé de ses penchants naturels au niveau du style -et qu'il s'en plaigne pas mal dans sa correspondance d'ailleurs-, qu'il s'appuie beaucoup sur des observations méticuleuses et des recherches...)
Du coup je suis un peu perdue, ça me parait bizarre de répondre uniquement dans un sens, j'ai bien cherché une alternative mais ça fait très tiré par les cheveux et je crains de tomber dans le hors-sujet voire l'incompréhension totale de la question. Je me demande s'il n'y a pas quelque chose que j'ai manqué dans ma lecture ou que j'ai mal compris par rapport à cette idée d'inspiration... En bref, je bloque un peu là. 

Donc voilà, si vous avez des pistes, des idées, des corrections à apporter sur ce que j'ai écrit plus haut, je vous serais super méga reconnaissante de m'éclairer un petit peu. ^^

Merciiii ! 

2 (Modifié par Yvain 10/04/2016 à 07:50)

L'écriture de Madame Bovary relève-t-elle de l'inspiration ?

Flaubert écrit ceci dans une lettre à Louise Colet (24/4/1852) :
J'en conçois pourtant un, moi, un style qui serait beau, que quelqu'un fera quelque jour, dans dix ans ou dans dix siècles, et qui serait rythmé comme le vers, précis comme le langage des sciences, et avec des ondulations, des ronflements de violoncelle, des aigrettes de feu ; un style qui vous entrerait dans l'idée comme un coup de stylet, et où votre pensée voguerait sur des surfaces lisses, comme lorsqu'on file dans un canot avec bon vent arrière.

Ce programme me semble assez bien rempli dans l'écriture de Madame Bovary.

3 (Modifié par Jean-Luc 09/04/2016 à 20:15)

L'écriture de Madame Bovary relève-t-elle de l'inspiration ?

Regarde ces pages du site, tu pourrais y trouver des éléments de réponse :
www.etudes-litteraires.com/madame-bovary.php

et il faut absolument aborder la question de l'ironie comme correctif aux excès, comme retour à un équilibre...

L'écriture de Madame Bovary relève-t-elle de l'inspiration ?

Merci beaucoup pour ces réponses !

Jacquesvaissier, merci beaucoup pour cette citation que je vais garder sous le coude. Elle rend en bien compte de l'importance du style chez Flaubert, en effet...
Jean-Luc, j'avais déjà lu cette page (qui m'a été très utile d'ailleurs), mais merci ! Il y a juste quelque chose que j'ai du mal à saisir : nous avons travaillé sur l'ironie en cours, mai je ne comprends pas vraiment ce que vous entendez par "retour à un équilibre"...

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L'écriture de Madame Bovary relève-t-elle de l'inspiration ?

Il est caractéristique du style de Flaubert que l'ironie ait une valeur correctrice d'antidote.
Quand son imagination s'enflamme et se perd dans les rêveries romantiques, il en vient brusquement à dévaluer sa vision par une mise à distance. Par exemple dans la chambre où Emma rejoint Léon la rêverie sentimentale est dénigrée par la présence d'un infâme chromo de la Tour de Nesles.
A l'inverse, quand il ne supporte plus les platitudes désespérantes du réel, il s'évade dans le fantastique : voir la fin des noces campagnardes ou l'agonie d'Emma (l'écoeurante énumération des symptômes est sublimée par la vision du mendiant)...
Ainsi Flaubert cherche-t-il un équilibre entre ses "deux bonshommes" intérieurs.

L'écriture de Madame Bovary relève-t-elle de l'inspiration ?

Je m'aperçois que j'ai écrit Louise Labé au lieu de Louise Colet !
Je corrige.

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L'écriture de Madame Bovary relève-t-elle de l'inspiration ?

à Louise Colet :
« Chère Louise, tu n'as point, je crois, l'idée du genre  ce bouquin ; autant je suis débraillé dans mes autres livres, autant dans ce lui-ci je tâche d'être boutonné et de suivre une ligne droite géométrique. Nul lyrisme, pas de réflexions, personnalité de l'auteur absente. Ce sera triste à lire ; il y aura des choses atroces de misère et de fétidité. »
Le 13 juin 1852 : « Bovary m'ennuie : Cela tient au sujet et aux retranchements perpétuels que je fais ».
Le 22 juillet 1852 : « Quelle chienne de prose que la prose ! Ca n'est jamais fini ; il y a toujours à refaire. Une bonne phrase de prose doit être comme un vers, inchangeable, aussi rythmée, aussi sonore. »
Le  6  avril 1853: « Comme je vais lentement ! Et qui est-ce qui s'apercevra jamais des profondes combinaisons que m'aura demandées un livre si simple ? Quelle mécanique que le naturel, et comme il faut de ruses pour être vrai ! »

Voir les brouillons, les notes, les schémas ...
https://flaubert.revues.org/2171?file=1

8 (Modifié par Euphoriane 10/04/2016 à 11:53)

L'écriture de Madame Bovary relève-t-elle de l'inspiration ?

En passant ,est-ce que Flaubert était un auteur romantique avant d'écrire Mme Bovary ?

Car en écrivant Mme Bovary , il torpille volontairement le romantisme .

L'écriture de Madame Bovary relève-t-elle de l'inspiration ?

Jacquesvaissier : Je me suis doutée que c'était involontaire, en fait j'ai lu "Louise Colet" presque par automatisme... 

Floreale, merci beaucoup ! J'avais déjà utilisé quelques unes de ces citations dans ma réponse, mais c'est toujours utiles d'avoir le plus de références possibles ! 

Euphoriane, je me posais justement la question... Je ne connais de Flaubert que Madame Bovary, du coup ça m'intrigue un peu...

10 (Modifié par Yvain 11/04/2016 à 09:28)

L'écriture de Madame Bovary relève-t-elle de l'inspiration ?

Mais oui, il a admiré Hugo, Goethe, Byron... Il y a eu la Tentation de Saint-Antoine, etc... Toute sa vie, il a senti cette fameuse dualité qu'il exprime dans un passage célèbre. En fait, son réalisme n'exclut jamais la puissance du moi et son exaltation, même retenue et tempérée par un regard "chirurgical" sur les êtres et les choses. Ce qu'il bannit, c'est le romanesque, dont il se moque ou montre les limites, parfois d'une façon si cruelle. La mort d'Emma est, comme l'a dit Jean-Luc, une des scènes les plus "inspirées" (c'est votre sujet), la plus surréelle (et moi, je dis surréaliste) du roman. Finalement, c'est l'expression qui se substitue à l'action, la magie des mots qui nous donne à voir tout à fait autre chose que les pauvres anecdotes journalistiques qui ont servi de base au roman. Et cette opération de transmutation relève bien de l'inspiration ; le réalisme de Flaubert ne consiste pas à copier le réel (comme chez Duranty, Champfleury, ou le premier Huysmans), il est dans l'épaisseur ressentie d'un regard qui opère moins une expérimentation sur le monde que sur le langage lui-même. C'est finalement un réaliste de la sensation, d'où le gros travail de l'écrivain.