La réalité sans l'énergie disloquante de la poésie, qu'est-ce ?

Bonjour à tous,
Je dois rédiger une dissertation sur cette citation de René Char : "La réalité sans l'énergie disloquante de la poésie, qu'est-ce?"
Je dois me baser uniquement sur des exemples du recueil des illuminations de Rimbaud.
Pourriez vous m'aider à comprendre cette phrase de René Char?
Merci d'avance

2 (Modifié par floreale 05/03/2016 à 15:28)

La réalité sans l'énergie disloquante de la poésie, qu'est-ce ?

Quelques questions préliminaires :
Connais-tu l'admiration de René Char pour Rimbaud ? Son poème : Tu as bien fait de partir Arthur Rimbaud ?
Que veut dire "disloquer la poésie ? " Parle-t-il de la forme ? Du fond ?
Pourquoi une création qui bouleverse les canons établis génère -t- elle de l'énergie créatrice ?
Qu'a apporté Rimbaud ?

La réalité sans l'énergie disloquante de la poésie, qu'est-ce ?

J'ai lu ce poème et c'est d'ailleurs pour cela que nous devons nous servir uniquement des illuminations pour cette dissertation
Il me semble que disloquer revient pour la poésie à décomposer la réalité mais c'est tout ce que je sais...

4

La réalité sans l'énergie disloquante de la poésie, qu'est-ce ?

As-tu lu le poème de Char : Pour un Prométhée saxifrage ? Essaie d'y trouver des pistes en explorant le titre et le contenu.

5

La réalité sans l'énergie disloquante de la poésie, qu'est-ce ?

Quelques pistes :
Le dérèglement des sens
Renoncer aux clichés
Renoncer à une visée utilitaire
Le voleur de feu ou la découverte des mystères du monde
Le chaos rimbaldien...

6 (Modifié par Yvain 05/03/2016 à 15:30)

La réalité sans l'énergie disloquante de la poésie, qu'est-ce ?

Attention aux termes du sujet :
"La réalité sans l'énergie disloquante de la poésie, qu'est-ce?"
- C'est la notion de réalité qui est le point de départ de la discussion, non celle de poésie : ne pas aborder d'emblée une discussion sur les fonctions de la poésie.
- Bien analyser l'expression "énergie disloquante" ; ne pas la confondre avec des notions plus générales comme l'évasion, l'embellissement, etc...
- Bien distinguer la poésie des autres genres littéraires (au départ tout au moins).
Quelque chose de très important aussi : en littérature, il n'y a pas de réalité sans langage exprimant cette réalité. Dire en quoi la poésie briserait le langage ordinaire associé à cette réalité, en quoi elle opposerait un obstacle à la transparence du discours "non poétique" sur la réalité. On rejoint ce qu'a dit Jean-Luc à propos du cliché.

La réalité sans l'énergie disloquante de la poésie, qu'est-ce ?

Tout d'abord Merci beaucoup pour vos réponses

Jean-Luc a écrit :

Le dérèglement des sens

Pour le dérèglement des sens serait-il bien de se servir du poème Aube de Rimbaud?

8 (Modifié par floreale 05/03/2016 à 16:50)

La réalité sans l'énergie disloquante de la poésie, qu'est-ce ?

Pour le "dérèglement des sens", il faut relire la lettre du Voyant, lettre à Georges Izambard.
"Arriver à l'inconnu par le dérèglement de tous les sens".

La métaphore de la poésie "saxifrage" peut être intéressante. Cet œillet des rochers qui pousse dans les interstices. La poésie, dans les interstices du réel, dans la roche éclatée.

La réalité sans l'énergie disloquante de la poésie, qu'est-ce ?

Et qu'est ce qu'est l'énergie disloquante concrètement ?

La réalité sans l'énergie disloquante de la poésie, qu'est-ce ?

C'est la puissance du regard poétique qui désarticule le réel, le met en pièce pour le recomposer, même si cette nouvelle composition est fugace (voir la fin de Aube, de Ponts).
Le regard poétique fait éclater le réel un peu comme dans l'esthétique impressionniste (ne pas oublier que le titre Illuminations fait référence aux arts visuels, non à la voyance).
Dans Ponts, Villes, Métropolitain, le "réel" est suggéré par des notations, non un discours descriptif cohérent ; dans Enfances, c'est encore plus évident : de prime abord, on est dans un "chaos" d'évocations qui nous font passer du coq à l'âne (à la différence de Aube, très cohérent).
Vous trouverez sans peine d'autres exemples (n'oubliez pas non l'aspect social de Démocratie, avec sa mise en pièces de l'ordre bourgeois.
Mais il ne faudra pas s'en tenir là car dans Illuminations, ce qui frappe, c'est plus la recomposition onirique du réel que sa dislocation : cette phrase de destruction s'inscrit plus dans une démarche dialectique que dans la vérité du discours poétique. Les procédés de recomposition sont divers, allant de la superposition de thèmes (Marine, Fleurs) à la métamorphose progressive en une autre réalité (Ponts) ; cela peut aller jusqu'à la transmutation et à l'ailleurs un instant entrevu (Aube).